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"Quand on a vu arriver Elon Musk…": l'astronaute Michel Tognini raconte les débuts balbutiants de SpaceX

L'astronaute Michel Tognini, ancien de la NASA et de l'ESA, se souvient des premiers pas l'entrepreneur américain, en 1995, qui voulait déjà envoyer des hommes dans l'espace avec ses propres fusées.

Admiré ou critiqué, Elon Musk ne laisse plus indifférent. Un temps devenu l'homme le plus riche du monde grâce aux envolées en Bourse de Tesla, l'entrepreneur américain travaille avec autant d'énergie sur son rêve d'enfant: envoyer des hommes dans l'espace. Et il a réussi puisqu’en mai 2020, sa fusée Faclon-9 a envoyé deux astronautes américains dans la Station spatiale internationale, une première historique pour une entreprise privée.

Le défi était pourtant immense. "Quand on a vu arriver Elon Musk en 1995, j'étais à la NASA, on l'a vu arriver tout timide et il nous disait :'je veux faire des fusées pour envoyer des hommes dans l'espace'. On n'y croyait pas trop, personne n'y croyait vraiment" se souvient l'astronaute français Michel Tognini dans un stream réalisé sur Twitch avec BFM Business (à retrouver sur ce lien).

A cette époque, il fallait compter sur l'increvable fusée russe Soyouz, opérationnelle depuis les années 1960, ou la fameuse navette américaine qui devait être l'avenir de la mise en orbite.

Sur le pas de tir de Cap Canaveral, la navette Atlantis, dernière à être partie dans l'espace
Sur le pas de tir de Cap Canaveral, la navette Atlantis, dernière à être partie dans l'espace © -

Mais le "Space Shuttle orbiter" de la NASA ne fait pas l'unanimité. "Un décollage coûtait 500 millions de dollars" se souvient Michel Tognini, qui est d'ailleurs parti en orbite dans la navette Columbia en 1999. La sécurité fait aussi défaut: en 1986, la navette Challenger se désintègre quelques minutes après son départ. Columbia explosera lors d'un retour sur Terre en 2003. 14 morts et une mise à la retraite précipitée.

"Un moteur de fusée, il sait ce que c'est"

Pendant ce temps, Musk s'intéresse de près à la finance. Il fera partie des co-fondateurs de ce qui deviendra PayPal, une entreprise revendue en 2002 à eBay, et qui lui permet déjà de faire fortune. Surtout, il s'attelle à son projet de fusée.

"C'est quelqu'un qui avait un cursus intéressant puisqu'il était très bon dans la finance et il était ingénieur. Ces profils sont extrêmement rares" souligne Michel Tognini. "Donc quand on lui parle d'un moteur de fusée, il sait ce que c'est. Et quand on lui parle du coût pour une partie de la fusée, il sait ce que c'est. C'est vraiment extrêmement précieux."

"Un échec de plus et c'est la faillite"

Les débuts ont d'ailleurs été périlleux. Entre ses intentions de 1995 et le premier prototype de lanceur, Falcon-1, il faudra attendre 10 ans. Avec une ambition un peu folle : faire atterrir et récupérer le premier étage pour diminuer le coût de l'exploitation.

Falcon-1, c'est d'abord trois premiers échecs entre 2006 et 2008. "Un de plus, c'était la faillite et c'était fini pour SpaceX" explique l'ingénieure aérospatiale Laurène Delsupexhe, "très admirative d'Elon Musk et de "cette startup qui sortait de nulle part et qui a réussi à redonner de la vie au secteur du spatial."

Le talent de Musk, c'est aussi d'avoir fabriqué une machine à rêves en ne mégottant jamais sur les objectifs (atterrir sur Mars en 2024…), en proposant une cabine aux allures de vaisseau intersidéral et des combinaisons aux faux-airs de Star Trek.

L'équipage Crew-2 qui va s'envoler vers la Station spatiale internationale
L'équipage Crew-2 qui va s'envoler vers la Station spatiale internationale © Spacex

"C'est quelqu'un qui travaille bien, qui est efficace, qui a su surmonter ses échecs" résume Michel Tognini, qui loue aussi le "modernisme" de l'entreprise.

"Il a organisé son métier comme une startup" détaille l'astronaute. "Dans son grand hangar de Los Angeles, il n'y pas de parois: le motoriste travaille à côté du gars qui s'occupe de l'électronique… tout le monde travaille ensemble, comme un espace de coworking. Et ce modernisme, il est motivant, beaucoup de jeunes aiment travailler comme cela."

Résultat, un vol Made in SpaceX coûte dix fois moins cher que la Navette et permet à la NASA de dégager des fonds pour poursuivre l'exploration spatiale. Les Américains auraient-ils relancé les voyages sur la Lune sans Elon Musk ? En tout cas, c'est bien SpaceX que la NASA vient de choisir pour y envoyer des astronautes…

Thomas Leroy Journaliste BFM Business