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Naval Group - Fincantieri : petite bataille navale entre amis

Les deux groupes ont scellé une alliance courant juin. Ce qui ne les empêche pas de s’affronter durement dans les appels d’offres en cours. « Les dommages sont plus politiques que réels » assure pourtant Hervé Guillou, le patron de Naval Group.

Les mariages franco-italiens sont décidemment des histoires compliquées. Après la guerre de gouvernance chez Essilorluxottica, l’échec du rapprochement entre Renault et Fiat ou encore les mésaventures de Vincent Bolloré avec Telecom Italia, c’est du côté des bâtiments de guerre qu’il faut se pencher pour la dernière bataille en date.

Mi-juin, le Français Naval Group s’alliait avec l’Italien Fincantieri pour former le fameux « Airbus de [entrez un secteur industriel] ». En l’occurrence, on parle ici des navires de guerre. Clairement, Naval Group surperforme ces dernières années, signant à tour de bras des contrats énormes dont le fameux contrat pour 12 sous-marins destinés à la marine australienne. De son côté, Fincantieri reste un acteur majeur avec un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros (contre 3,7 milliards pour Naval Group).

Sauf que ces deux géants restent loin derrière les Chinois et les Russes, d’où l’intérêt d’une alliance poussée par la France et l’Italie depuis 2017. Evidemment, la signature ne s’est faite sans heurts, surtout depuis le rafraichissement des relations diplomatiques entre les deux pays, à l’arrivée de la nouvelle coalition populiste en Italie.

« Prendre du recul »

Et cet accord n’empêche d’ailleurs pas les deux groupes de se tirer dans les pattes. En témoigne l’affaire des corvettes roumaines. Naval Group a remporté l’appel d’offres contre… Fincantieri. Si la bataille avait débuté avant leur alliance, elle s’est aussi prolongée après, puisque le groupe italien avait décidé de déposer un recours contre cette décision, contestant l’impartialité de la procédure. « Je leur ai dit très clairement ce que j’en pensais » lâche, en pesant soigneusement ses mots, Hervé Guillou, le patron de Naval Group sur BFM Business.

Comment expliquer cette rivalité ? « Quand deux industriels s’allient, il y a des campagnes qui sont encore en cours depuis des années voire des décennies » tempère Hervé Guillou. « On ne peut pas juste lâcher une compétition en route, sinon on peut être soupçonné de collusion. »

Faux départ pour l’alliance ? Sur la Roumanie et sur le Brésil (remporté finalement par l’Allemand TKMS), Naval Group et Fincantieri étaient ouvertement rivaux. « Il faut prendre du recul sur ce passé. La convergence de notre portefeuille commercial va mettre des années à se réaliser » martèle le PDG français qui assure que « les dommages sont plus politiques que réels ».

La page est donc refermée et l’alliance peut désormais se prévaloir de son surnom de « Airbus du naval ». A condition d’avancer à l’unisson…