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Leader mondial de son secteur, cette PME de l'Isère prouve que la métallurgie a sa place en France

Winoa fabrique de la grenaille abrasive, minuscules billes d'acier projetées sur des pièces métalliques pour les débarrasser de leurs imperfections.

Winoa fabrique de la grenaille abrasive, minuscules billes d'acier projetées sur des pièces métalliques pour les débarrasser de leurs imperfections. - Jean-Pierre Clatot - AFP

Winoa détient un savoir-faire unique dans la fabrication des grenailles abrasives. En plus de son site historique basé en Isère, le groupe possède onze usines dans le monde. Il souhaite désormais se développer en Chine et en Inde.

De l'aveu même de son patron, ses produits ne sont pas "les plus sexys de la planète". Mais ils valent à la société française Winoa un rare statut de leader mondial, avec plus de 30% de part de marché. "Nous sommes deux fois plus gros que nos suivants immédiats, un Américain et un Japonais", souligne Pierre Escolier, rencontré par l'AFP dans son bureau donnant sur les parois enneigées de la Chartreuse.

Winoa fabrique de la grenaille abrasive, minuscules billes d'acier projetées sur des pièces métalliques pour les débarrasser de leurs imperfections ou pour y créer des rugosités afin que la peinture puisse accrocher. "C'est un processus critique pour nos clients: une pièce pas correctement grenaillée, c'est poubelle!", explique Pierre Escolier.

Une technicité qui permet de conserver ses marges

Pour chaque application, des billes différentes par leur taille, leur dureté ou leur forme: "il nous faut gérer un vrai niveau de complexité qui se retrouve dans le nombre de références", souligne celui qui, entré dans l'entreprise en 2004, en est devenu PDG dix ans plus tard.

Cette complexité permet à l'entreprise de défendre ses marges, en répercutant les hausses des prix de ses matières premières, contrairement à nombre de produits sidérurgiques qui sont de simples "commodités".

Devant le four à arc qui porte au point de fusion les 10.000 à 13.000 tonnes de ferrailles consommées chaque mois par l'usine du Cheylas (Isère), le directeur industriel Daniel Verdier illustre la difficulté de cette production: les billes se forment lorsque l'acier liquide explose au contact de l'eau sur laquelle il est versé. Tout l'art est d'agir sur le débit du métal et de l'eau et sur l'angle de déversement pour que les projections de métal soient les plus petites et les plus rondes possibles, sans qu'elles ne se consument ni s'agglomèrent. Ces billes, d'un diamètre allant de 0,2 à 15 millimètres, sont ensuite triées par tamisage puis subissent des traitements thermiques pour modifier leur résistance et/ou leur dureté.

Depuis son berceau historique du Cheylas, Winoa règne sur onze usines dans autant de pays: Afrique du Sud, Brésil, Canada, Corée du Sud, Espagne, Etats-Unis, Japon, Russie, Slovénie et Thaïlande. Et bien sûr la France où la société a été créée en 1961 dans cette vallée de vieille tradition métallurgique, attestée par la présence imposante, juste à côté, de la carcasse d'une ancienne usine Ascoval.

Des acquisitions à venir

A ses débuts, c'était une "joint-venture" entre Wendel, acteur historique de la sidérurgie française, et le constructeur américain de machines de grenaillage Wheelabrator. Wheelabrator-Allevard - la société n'a pris son nom actuel qu'en 2011 - enchaîne alors les acquisitions sur tous les continents. Pour atteindre cette année 320 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec un millier d'employés. Rachetée par LBO France en 2005, la société est ensuite cédée à d'autres fonds, KKR en 2014, puis KPS Capital Partners, spécialiste new-yorkais de l'industrie, en 2017.

"En forme", la société peut autofinancer ses investissements, comme construire une nouvelle usine en Russie ou en rebâtir une au Pays Basque espagnol (un investissement de plus de 20 millions d'euros). Elle souhaite désormais se développer, le plus probablement par acquisition, en Chine et en Inde, "où ses parts de marché sont très inférieures à celles dont elle dispose ailleurs". "Il faudra mettre une balle au fond en matière d'acquisitions" en 2019, lance Pierre Escolier.

Winoa veut aussi capitaliser sur son réseau mondial de 130 vendeurs dédiés pour aider d'autres spécialistes du traitement de surface à élargir leur clientèle. Winoa vient ainsi de signer un accord avec le Japonais Toyo Seiko, leader mondial de l'écrouissage (durcissement du métal par modification de sa structure interne) pour commercialiser ses produits.

"Nous voulons poursuivre et accélérer cette diversification en bâtissant sur notre expertise", ajoute Pierre Escolier.

Coralie Cathelinais avec AFP