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Interrogatoires après l'assaut de la flottille destinée à Gaza

A Jérusalem-Est, lors d'une grève des commerçants pour protester contre l'abordage meurtrier lundi par la marine israélienne d'un convoi maritime d'aide destinée à la bande de Gaza. Israël est montré du doigt par la communauté mondiale au lendemain de ces

A Jérusalem-Est, lors d'une grève des commerçants pour protester contre l'abordage meurtrier lundi par la marine israélienne d'un convoi maritime d'aide destinée à la bande de Gaza. Israël est montré du doigt par la communauté mondiale au lendemain de ces - -

JERUSALEM - La police israélienne a commencé mardi à interroger les centaines de passagers de la flottille à destination de la bande de Gaza...

par Jeffrey Heller

JERUSALEM (Reuters) - Sur la défensive après avoir été montré du doigt par la communauté mondiale, Israël a décidé d'expulser de son territoire tous les étrangers qui se trouvaient à bord de la flottille humanitaire pour Gaza, mais a rejeté les protestations internationales et confirmé le blocus naval de la bande côtière.

Les 680 militants pro-palestiniens présents à bord du convoi maritime pour Gaza avaient été acheminés vers la ville portuaire israélienne d'Ashdod, après l'assaut meurtrier, qui s'était soldé par la mort de neuf militants.

En annonçant leur libération, le gouvernement israélien accède à l'une des demandes formulées la veille par le Conseil de sécurité dans une déclaration adoptée non sans difficulté.

Dans le même temps, le cabinet restreint israélien, qui s'est réuni dans la soirée autour du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a estimé que la restriction du trafic maritime vers Gaza constituait "un acte d'autodéfense".

"Ce fut le cas avec l'opération de l'armée israélienne contre la provocation violente en mer", a indiqué le gouvernement, tout en regrettant "le fait qu'il y ait eu des morts dans cet incident." Les autorités israéliennes imputent néanmoins toute la responsabilité "sur ceux qui ont entrepris des actions violentes qui ont manifestement mis en danger la vie de soldats israéliens".

En signe d'avertissement, le gouvernement a ajouté qu'"Israël continuera à défendre ses citoyens contre la base terroriste du Hamas", allusion à la bande de Gaza.

C'est qu'un autre navire chargé d'aide humanitaire approche avec lui aussi l'intention de tenter de forcer le blocus naval de Gaza. Israël a clairement annoncé que sa marine était prête à intercepter ce bateau, le MV Rachel Corrie, qui a appareillé lundi de Malte avec 15 militants à son bord, dont l'Irlandaise Maired Corrigan-Maguire, lauréate du prix Nobel de la paix 1976.

Le Rachel Corrie transporte 1.200 tonnes de matériel médical, de fauteuils roulants, de fournitures scolaires et de ciment, matériau dont les autorités israéliennes interdisent la livraison dans la bande de Gaza.

RENCONTRE OBAMA-ABBAS MAINTENUE

Redoutant de nouveaux incidents, les Nations unies ont invité les parties concernées à la prudence au large de Gaza. Le Rachel Corrie, selon la radio de l'armée israélienne, est attendu mercredi dans les eaux de la bande de Gaza mais Greta Berlin, membre du mouvement Gaza libre, a indiqué qu'il pourrait ne pas arriver à destination avant le début de la semaine prochaine.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a elle aussi exhorté toutes les parties à faire preuve de prudence dans leur attitude après l'assaut meurtrier.

Quant à la Maison blanche, elle a confirmé que la rencontre prévue le 9 juin entre Barack Obama et son homologue palestinien Mahmoud Abbas était maintenue. Celle entre le président américain et Benjamin Netanyahu, prévue ce mardi, a été annulée à l'initiative des Israéliens, le Premier ministre, alors au Canada, souhaitant rentrer dans son pays au plus vite.

Au conseil des droits de l'homme de l'Onu à Genève, qui a débattu pendant trois heures de la situation, l'Etat juif est apparu isolé mardi, et même Washington, son plus proche allié, a déclaré espérer le déroulement d'une enquête crédible et transparente, dans la lignée de la déclaration adoptée par le Conseil de sécurité.

Au terme de plusieurs heures de tractations serrées, le Conseil de sécurité a "condamné" l'opération militaire israélienne. La déclaration, non contraignante, du Conseil a réclamé une enquête "rapide, impartiale, crédible et transparente" sur les "actes" qui ont conduit à ces violences.

RÉOUVERTURE DE RAFAH?

La rédaction du texte de l'Onu s'est révélée particulièrement ardue, la Turquie insistant pour stigmatiser sans détour Israël, alors que les Etats-Unis se sont efforcés avec succès de gommer du projet les termes les plus blessants pour leur allié privilégié au Proche-Orient.

L'affaire a, de fait, provoqué une multiplication des appels à la levée du blocus imposé à Gaza par Israël depuis la prise de pouvoir du Hamas, en juin 2007, et que l'Etat juif déclaré vouloir maintenir au moins jusqu'à la libération de son soldat Gilad Shalit, aux mains du mouvement islamiste depuis quatre ans.

"Israël devrait lever tout de suite cet embargo inhumain de Gaza. Tuer des innocents relève d'une épouvantable insouciance", a estimé le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, un des ceux qui a dénoncé avec le plus de virulence l'abordage sanglant de la marine israélienne, estimant qu'Israël devait être "puni".

Le Premier ministre turc a été en contact sur la question du blocus avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron. L'Union européenne, de même que la Russie, exige l'ouverture immédiate et sans limites des frontières de Gaza à l'aide humanitaire.

Mardi, le chef en exil du bureau politique du Hamas, Khaled Méchaal, avait engagé ses "frères égyptiens à saisir ce moment historique pour ouvrir le point de passage de Rafah".

De sources égyptienne et palestinienne autorisées, on précise que Le Caire lui a donné gain de cause en décidant la réouverture jusqu'à nouvel ordre du point de passage frontalier du sud de la bande de Gaza, le seul qu'Israël ne contrôle pas physiquement.

Une réouverture durable du terminal de Rafah serait une victoire diplomatique pour le Hamas et un revers pour l'Etat juif. Les convois d'aide venant d'Egypte seront autorisés à franchir la frontière pourvu qu'ils ne transportent que des vivres et des médicaments, précise-t-on de source égyptienne.

Marc Delteil et Eric Faye pour le service français