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Guerre des étoiles: SpaceX se sent discriminé par les européens face à Arianespace

Nouveau bras de fer commercial entre SpaceX et Ariane Espace

Nouveau bras de fer commercial entre SpaceX et Ariane Espace - AFP

Dans un courrier adressé au Département du commerce, le groupe américain accuse Arianespace de concurrence déloyale. SpaceX, qui bénéficie d'une priorité sur les contrats américains, réclame de l'Europe une totale impartialité.

SpaceX vs Ariane prend un virage inattendu. Dans un courrier adressé au département américain du commerce, le groupe fondé par Elon Musk se plaint des méthodes de concurrence déloyales d'Arianespace. Dans ce document rédigé en décembre dernier que Les Echos révèlent aujourd'hui, la société américaine partenaire de la Nasa pointe "les subventions de l'Union européenne et du gouvernement français" qui "réduisent artificiellement le prix des services de lancement d'Arianespace sur le marché international et permettent à leurs fusées d'être déloyalement compétitives". 

Cette offensive prend une dimension particulière depuis le dernier rapport de la Cour des comptes pointe le groupe européen de trop dépendre des aides de l'Agence spatiale européenne (ESA). Désormais, ce rapport pourrait devenir un élément à charge dans la guerre commerciale qui oppose Ariane à SpaceX.

Le "Buy American Act" qui profite à SpaceX

Dans son courrier, le groupe d'Elon Musk estime qu'entre 1998 et 2021 Ariane aurait reçu 13,2 milliards d'euros. Il reproche aussi les financements publics pour la base de Kourou. Pour SpaceX, Ariane économise les investissements dans des infrastructures et donc de ne pas les facturer. L'Américain réclame que le gouvernement américain prenne des mesures. "Il faudrait un accord qui garantisse qu'Arianespace ne reçoive pas de traitement préférentiel et que les membres de l'Union ne discriminent pas les fournisseurs non européens", demande SpaceX.

La salve du groupe américain a de quoi surprendre. D'abord, parce que ses relations avec l'agence spatiale américaine lui donne une priorité aux contrats avec la Nasa. Comme le rappelle Jean-Yves Le Gall, patron du CNES, les Etats-Unis ont adopté le Buy American Act, qui "interdit à tout opérateur américain d'utiliser une fusée étrangère, dès lors qu'un satellite a 51 % de sa valeur made in USA". 

Manque de clarté

Cette disposition serait impossible en Europe. La commission Européenne est inflexible sur les règles de concurrence à respecter. Cette doctrine est d'ailleurs sous la protection de Margrethe Vestager dont la réputation n'est plus à faire sur la question. C'est d'ailleurs ce que pointe la Cour des comptes: "même si l'ambitieux calendrier de développement d'Ariane 6 est respecté, il y a un risque important que le lanceur ne soit pas durablement compétitif face à SpaceX, qui continue de progresser" en regrettant que contrairement à son concurrent américain Arianespace ne bénéficie pas d'une commande publique "comparable à celle de SpaceX".

Enfin, selon Les Echos, le groupe américain, leader mondial dans les lanceurs, manque de clarté dans ses conditions commerciales. Il revendique 60 lancements déjà réalisés et un carnet de commandes d'une quarantaine de tirs pour un chiffre d'affaires de "plus de 12 milliards de dollars de contrats", soit un prix moyen de 120 millions de dollars par lancement. Dans ses brochures, SpaceX avance un tarif de 60 millions de dollars. De quoi peut-être inciter une commission sénatoriale à s'interroger sur les mécanismes financiers du groupe qui a révolutionné le secteur en créant contre toute attente des lanceurs réutilisables. 

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco