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Coronavirus: comment les sous-traitants français s'activent pour la production du vaccin

L'entreprise tricolore Delpharm a été choisie pour produire une partie des vaccins de Pfizer contre le coronavirus. En juin dernier, c'est Novasep qui avait été sélectionné par le laboratoire AstraZeneca. Depuis plusieurs années, les sous-traitants sont devenus des pierres angulaires de la pharmacie. 

C'est donc à Saint-Rémy-sur-Avre, petite commune normande de 4000 habitants, que sera (en partie) produit le vaccin tant attendu contre le coronavirus. Jeudi, le groupe français Delpharm a annoncé dans un communiqué avoir conclu un accord avec BioNTech pour produire dès le mois d'avril prochain "plusieurs dizaines de millions de doses" du vaccin développé par la biotech allemande et le géant américain Pfizer. 

Delpharm ne sera pas seul fabricant du vaccin. Pfizer va mobiliser quatre usines dont trois aux Etats-Unis et une à Puurs, dans le nord de la Belgique tandis que BioNTech, dans une moindre mesure, pourra le produire dans ses installations allemandes de Mayence et de Marburg, comme l'explique le Financial Times. 

Sommairement, Delpharm devrait s'occuper de combiner le vaccin BNT162b2 de BioNTech avec des nanoparticules lipidiques, chargées de le protéger pour assurer son conditionnement. Puis il sera question de remplir les fameuses fioles, prêtes à être expédiées.  

Pour l'entreprise française, totalement inconnue du grand public, c'est la reconnaissance d'un impressionnant travail de l'ombre. Le CDMO (Contract Development and Manufacturing Organization), appelé aussi façonnier en français, a connu une croissance phénoménale ces dernières années comme sous-traitant pour les grands laboratoires, qui cherchent, depuis une vingtaine d'années, à externaliser leur production pour se concentrer davantage sur l'innovation. 

Concrètement, Delpharm produit plus de 700 millions de boîtes de médicaments par an et affiche un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros, ce qui en fait un des leaders européens. Ces dernières années, l'entreprise a même enchaîné les acquisitions dans le monde entier. Il y a encore un mois, le groupe reprenait l’usine de fabrication GSK de Poznan, en Pologne, après avoir déjà repris cinq sites de production du laboratoire Famar, en 2019. Au total, Delpharm possède désormais une vingtaine de site pour produire des comprimés ou des vaccins avec les principaux laboratoires (Sanofi, GSK, Merck…). Par exemple, le comprimé de paracétamol de Biogaran vient en grande partie de leurs usines. Le Dulcolax de Sanofi est fabriqué dans l'usine de Reims tout comme la Lysopaïne.  

"Chaîne vitale"

Delpharm n'est pas la seule pépite française du secteur. Le futur vaccin développé par le britannique AstraZeneca (qui devrait rapidement publier ses premiers résultats) sera fabriqué par un autre CDMO tricolore, Novasep, dans son usine belge de Seneffe. La biotech est spécialisée dans les vecteurs viraux, le principe actif du futur vaccin. "Nous allons produire la grande majorité de la substance active nécessaire à la fabrication de ce vaccin" se félicitait en août dernier son directeur général Michel Spagnol au journal belge L'Echo. "Le Covid-19 a confirmé que nous nous trouvions au cœur d’une chaîne vitale d’approvisionnement." 

De son côté, le géant français Sanofi a décidé d'internaliser la production de son futur vaccin puisque le remplissage et le conditionnement seront réalisés sur le site de Marcy-l’Étoile (Rhône), en Italie et en Allemagne.  

En juin dernier, le laboratoire avait promis de "faire de la France son pôle d’excellence mondial dans la recherche et la production de vaccins" mais aussi de devenir leader européen des principes actifs. De quoi stimuler davantage l'écosystème français et européen autour de la pharmacie.  

Thomas Leroy Journaliste BFM Business