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Comment les croisiéristes veulent rendre leurs paquebots moins polluants

Depuis le 1er janvier 2020, la teneur maximale en soufre dans le carburant des paquebots et ferries a encore baissé en 2020, à 0,5%.

Depuis le 1er janvier 2020, la teneur maximale en soufre dans le carburant des paquebots et ferries a encore baissé en 2020, à 0,5%. - Miguel Medina-AFP

Le secteur de la croisière, attaqué à cause de son fort impact environnemental, est contraint d'innover pour moins polluer l'atmosphère. Les paquebots propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL), aux émissions moins polluantes que le fioul maritime, ont les faveurs des croisiéristes.

Depuis le 1er janvier 2020, la teneur en soufre des carburants marins est limitée à 0,5%, contre 3,5% auparavant, par l'Organisation maritime internationale. Une mesure destinée à obliger notamment les croisiéristes et les exploitants de ferries à réduire leurs émissions de polluants dans l'atmosphère, alors que le seul secteur de la croisière, en perpétuelle croissance, attend 32 millions de passagers en 2020.

Une ONG dénonce la pollution issue des croisiéristes

L'ONG Transport&Environnement a pointé dans une étude parue en juin 2019 les émissions de polluants de la flotte du numéro un mondial de la croisière, Carnival Corporation qu'elle a estimées. Ses 47 paquebots présents en Europe ont émis en 2017 dix fois plus d’oxyde de soufre (SOx) que l’ensemble des 260 millions de véhicules du parc européen. Son concurrent, le croisiériste Global Royal Caribbean Cruises se classe au deuxième rang des "pollueurs", émettant environ 4 fois plus de SOx que toutes les voitures européennes.

Régulièrement attaqués pour leurs émissions polluantes, ces croisiéristes ont commencé à réagir. Le 29 décembre dernier, le Costa Smeralda, géant des mers de 337 mètres de long et pouvant accueillir 6600 passagers, a effectué son escale inaugurale à Marseille après avoir été construit par le chantier naval de Turku, au sud de la Finlande. Sa spécificité? Être le deuxième paquebot de croisière au monde - sur les 250 en activité - à utiliser du gaz naturel liquéfié (GNL), carburant qui n'émet pas de dioxyde de soufre, réduit jusqu'à 20% les émissions de CO2, et de plus de 95% les particules fines, selon le groupe Costa.

Le GNL, un carburant fossile "propre" 

"Nous travaillons depuis des années sur cette technologie qui est un véritable défi. Le GNL est ce qui se fait de mieux aujourd'hui, c'est le carburant fossile le plus propre", résume Raffaele d'Ambrosio, vice-président Europe du Nord de Costa Croisières.

Actuellement, 26 paquebots destinés à être propulsés au GNL sont en construction ou en commande ferme dans les chantiers navals, soit 44% de l'ensemble des navires en projet dans le monde.

"Les réglementations sont de plus en plus strictes et les bateaux en construction les intègrent. Cette préoccupation de l'environnement ne concerne pas seulement l'armateur mais aussi le constructeur. Et l'objectif ultime de tous reste bien sûr le 'zéro émission' grâce à un 'mix technologique'", met en avant François Lambert, délégué général du Groupement des industries de construction et activités navales (Gican).

Un paquebot au GNL coûte un milliard d'euros

"Le GNL n'est qu'une technologie parmi d'autres pour améliorer l'existant, ou à tester sur ce qui se construit, comme les piles à combustible" pour stocker l'énergie, renchérit Erminio Eschena, président de Clia France qui regroupe les principales compagnies de croisière. Celui-ci déplore que le secteur subisse "une attention surdimensionnée" en matière de pollution, "alors que des efforts et des investissements sont consentis depuis des années: un paquebot au GNL coûte un milliard d'euros".

L'industrie de la croisière rappelle également que le transport maritime dans son ensemble n'est responsable que de 2 à 3% des émissions de CO2, alors qu'il assure plus de 85% du commerce mondial.

Mais les professionnels de la croisière ne veulent pas être les seuls à porter les efforts vers la transition écologique: "il faut que tout l'écosystème participe. Si on a des paquebots au GNL, il faut pouvoir les approvisionner", relève Erminio Eschena, président de Clia et également représentant du croisiériste MSC.

Un manque de structure d'approvisionnement en GNL

Il pointe le manque d'équipement dans les ports qui contraint les paquebots à laisser tourner leurs moteurs lors des escales pour permettre la vie à bord. "Nos navires sont équipés depuis des années pour se brancher sur l'électricité à quai, mais seuls 13 ports dans le monde proposent des branchements, et aucun en Europe".

Marseille devrait s'équiper d'ici 2025, une gageure technique car un géant des mers "consomme à quai l'équivalent en électricité de la ville de Toulon", soulignait récemment le président LR de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur Renaud Muselier. Une escale de paquebot de croisière dans un port ne dépasse pas en général une douzaine d'heures.

Le même problème se pose pour l'approvisionnement en GNL: en Europe, "les barges spécifiques sont présentes uniquement à Barcelone, donc tous les quinze jours" le Costa Smeralda et l'Aida Nova, premier paquebot GNL lancé fin 2018, doivent s'y rendre pour faire le plein.

corsica ferries s'engage à moins polluer les côtes niçoises

À partir du 18 janvier, les navires de Corsica Ferries qui font escale à Nice navigueront avec un fioul à faible teneur en soufre comme c'est aussi le cas à Cannes. C'est la conséquence directe d'un pacte conclu avec la métropole niçoise qui prévoit que cette compagnie utilisera un carburant à la teneur en soufre réduite à 0,1% (comme sur la Baltique et dans la Manche) à l’approche des côtes niçoises.

Cette mesure s'avère plus contraignante que la nouvelle réglementation internationale qui fixe le taux de soufre des carburants marins à 0,5 % depuis le 1er janvier 2020 en Méditerranée.

Le surcoût lié à ce carburant moins polluant est estimé à 1000 euros par escale, dont 650 euros financés par la métropole Nice-Côte d'Azur.

Frédéric Bergé avec AFP