BFM Business

Comment l'industrie aéronautique compte se sortir de la crise

Le PDG de Dassault Aviation et président du groupement des industries aéronautiques et spatiales (Gifas), Eric Trappier, a appelé de ses vœux début mai la mise en place de telles solutions de recapitalisation, estimant les besoins à plus d'un milliard d'euros.

Le PDG de Dassault Aviation et président du groupement des industries aéronautiques et spatiales (Gifas), Eric Trappier, a appelé de ses vœux début mai la mise en place de telles solutions de recapitalisation, estimant les besoins à plus d'un milliard d'euros. - Pixabay

Durement frappée par la crise, la filière aéronautique va, elle aussi, prochainement bénéficier d'un plan de relance échafaudé par l'exécutif.

Après le plan de soutien à 8 milliards d'euros destiné à la filière automobile, le gouvernement penche désormais sur un programme pour soutenir l'industrie aéronautique tricolore. Le secteur est en effet victime de l'effondrement du trafic aérien et des difficultés financières des compagnies aériennes, amenées à annuler ou reporter des commandes.

Ce plan, encore en cours d'élaboration avec la filière, doit être annoncé "avant le 1er juillet", selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

200.000 personnes concernées

L'enjeu est de taille pour un secteur qui emploie près de 200.000 personnes en France, notamment chez une myriade d'équipementiers, souvent des PME ou entreprises de taille intermédiaire à la trésorerie flageolante.

Airbus, qui emploie 48.000 personnes en France, a déjà annoncé une baisse d'environ un tiers de sa production d'avions commerciaux, entraînant des baisses de charge chez ses sous-traitants, et pourrait annoncer des mesures de restructuration.

Un fonds Aerofund IV

Outre les mesures déjà mises en place depuis le début de la crise (prêts garantis par l'Etat, chômage partiel, garanties export), ce plan comprendra un fonds d'investissement et de recapitalisation doté de "plusieurs centaines de millions d'euros", selon le ministère des Armées.

Ce fonds de soutien sectoriel Aerofund IV - trois autres avaient été créés en 2004, 2008 et 2013 - devrait réunir l'Etat via la banque publique d'investissement Bpifrance, les grands industriels du secteur (Airbus, Thales, Dassault, Safran) et des fonds d'investissement comme ACE Management présidé par Marwan Lahoud, ancien directeur de la stratégie de l'avionneur européen, selon plusieurs sources proches du dossier.

La participation des industriels à ce fonds, qui pourrait aussi aider à prévenir des prises de contrôle d'entreprises sensibles par des groupes étrangers, se fera "au titre de la solidarité de filière mais sera mineure", a affirmé l'une de ces sources. 

Sollicités par l'AFP, Airbus, Thales, Dassault et Safran n'avaient pas réagi dans l'immédiat, Bercy n'a pas fait de commentaire.

Le PDG de Dassault Aviation et président du groupement des industries aéronautiques et spatiales (Gifas), Eric Trappier, a appelé de ses vœux début mai la mise en place de telles solutions de recapitalisation, estimant les besoins à plus d'un milliard d'euros.

"Jeu de taquin"

Un second volet du plan portera sur l'innovation. "Le bras armé dans l'aéronautique pour aller vers un avion plus vert, c'est le Corac", le Conseil pour la recherche aéronautique civile qui regroupe tous les acteurs du secteur, a observé une source proche du dossier.

Son président Jean-Brice Dumont a été chargé de préparer des propositions d'axes de recherche, selon cette source, confirmant une information de La Tribune.

Un troisième volet de ce plan passera par le biais de la Défense, de nombreuses entreprises ayant à la fois une activité "duale", civile et militaire.

Une équipe d'une cinquantaine de personnes pilotée par l'ex-numéro de la Direction générale de l'armement (DGA) Vincent Imbert, effectue une "cartographie" d'environ 1.500 entreprises, considérées comme les plus critiques pour la défense française afin de déterminer le soutien dont elles pourraient avoir besoin.

Outre une aide capitalistique via Aerofund IV, elles pourraient bénéficier de la commande publique, observe-t-on au ministère des Armées, qui dispose d'un budget d'environ 12 milliards d'euros annuel pour les équipements militaires.

Or, avec la crise du coronavirus et les retards pris dans la production, les Armées "anticipent de moindres livraisons", ce qui implique moins de paiements et "permet de libérer quelques marges de manœuvre budgétaire", dont le montant n'a pas été précisé.

Cette somme a vocation à être utilisée pour avancer des commandes de matériels militaires qu'il était prévu d'acquérir plus tard dans la loi de programmation militaire (LPM).

Ces matériels seraient commandés à des entreprises qui font face à des baisses de charge et sont en mesure d'augmenter leur production, "avec un barycentre très déporté vers la filière aéronautique, selon la même source ministérielle, qui évoque un "jeu de taquin" car il s'agit de respecter le budget fixé dans la LPM.

JCH avec AFP