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Ces villes françaises qui font le pari écolo mais coûteux du bus à hydrogène

La région Ile-de-France expérimente l'exploitation de deux bus à hydrogène dans les Yvelines, sur un trajet long de 12,5 kilomètres et emprunté quotidiennement par un millier de voyageurs.

La région Ile-de-France expérimente l'exploitation de deux bus à hydrogène dans les Yvelines, sur un trajet long de 12,5 kilomètres et emprunté quotidiennement par un millier de voyageurs. - Ile-de-France Mobilités

Les premiers bus électriques à hydrogène, une alternative "propre" aux bus à batteries, vont entrer en exploitation en Ile-de-France, à Pau et dans le Pas-de-Calais. Mais leur coût unitaire reste élevé et ils requièrent une infrastructure de recharge d'hydrogène spécifique.

Alors que les bus électriques à batteries séduisent de plus en plus de villes comme mode de transport "propre", quelques agglomérations vont mettre en service d'ici la fin de 2019 les premiers bus à l'hydrogène, à Pau, Versailles et à Bruay-La-Buissière et Auchel dans le Pas-de-Calais. Ces véhicules tirent leur énergie de l'hydrogène sous pression stockée à bord, ce gaz alimentant une pile à combustible produisant l'électricité nécessaire à leur motricité. Les émissions de ce mode de propulsion se limitent a priori à de la vapeur d’eau.

La plus récente présentation officielle de ce de type de bus à "énergie propre" a eu lieu à Pau (Pyrénées-Atlantique) le 19 septembre (cf illustration ci-dessous). Baptisé Febus, ce projet inclut l'achat de huit véhicules à hydrogène de 18 mètres de long fournis par le fabricant belge Van Hool. Ils ont été choisis pour circuler sur un trajet traversant la capitale du Béarn du nord au sud soit 6 km parcourus en 18 minutes environ.

Quelques jours auparavant, deux bus à hydrogène, également fabriqués par Van Hool, ont été présentés pour assurer une première liaison entre Versailles et Jouy-en-Josas, en Ile-de-France. Les autorités régionales présentent ce choix comme une expérimentation d'une durée de 7 ans. Exploités par le transporteur Savac, les bus desservent depuis peu la portion d'une ligne régulière (la "264") entre ces deux communes des Yvelines. Le trajet long d'environ 12,5 kilomètres est emprunté chaque jour par un millier de voyageurs.

Contrairement à leurs cousins électriques dotés de lourdes batteries lithium-ion, les bus à hydrogène embarquent un réservoir ou des bouteilles d'une capacité totale de 30 à 40 kg de gaz stocké sous pression. Leur atout essentiel vient du fait qu'ils ne nécessitent pas d’arrêts obligatoires en bout de ligne (comme les bus à batteries) pour être ravitaillés en énergie. Leur autonomie s'avère suffisante, de 300 km environ, pour assurer une journée de service sans recharge. Pour les collectivités, l'hydrogène a en plus l'avantage de permettre un temps de remplissage du réservoir, de l'ordre de 15 mn à 20 mn, bien plus rapide qu'un rechargement de batteries ion-lithium.

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- © La station de production et distribution d’ hydrogène a été inaugurée à Pau le 19 septembre dernier.La station est clôturée, sous surveillance vidéo permanente et munie de dispositifs anti-intrusion.

Mais les agglomérations ayant fait le pari de bus à hydrogène font encore largement figure de pionnières en France car le principal écueil au déploiement de ces bus propres reste leur coût élevé. Le prix d'un bus à hydrogène étant estimé à au moins 650.000 euros pièce (hors maintenance), soit le double d'un bus thermique classique. La raison en est simple: la technologie est en phase de pré-industrialisation. Les commandes ne sont pas suffisantes pour enclencher le cercle vertueux de la baisse des prix chez les industriels qui produisent encore de petites séries. Au coût des véhicules, il faut, en outre, inclure l'investissement dans une station d'hydrogène nécessaire au rechargement en gaz des véhicules.

À Pau, le projet Fébus représente un investissement de 10 millions d’euros pour les bus et 4,5 millions d’euros pour la station hydrogène (conçue par Engie et ITM Power) qui a été inaugurée le 19 septembre dernier. Ce projet est principalement financé par le versement Transport, une taxe versée par les employeurs de plus de 10 salariés, obligatoirement affectée au service public des transports urbains, précise l'agglomération paloise.

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bus à hydrogène 3.JPG © Les bus à hydrogène qui circulent en pays d'Artois dans le Pas-de-Calais sur le réseau Tadao, sont fournis par la société albigeoise Safra.

Ce choix d'investissement lourd sur une technologie encore "jeune" est aussi celui du syndicat Mixte des Transports Artois-Gohelle (Pas-de-Calais). Après des tests effectués cet été, une ligne régulière ("la Bulle 6"), exploitée par Transdev, utilisera six bus à hydrogène qui entreront en service commercial mi-octobre 2019 entre Bruay-La-Buissière et Auchel (Pas-de-Calais).

Le prix unitaire de ces bus est de 650.000 euros, auquel s’ajoute un contrat de maintenance de 200.000 euros (soit 850.000 euros) tandis que la station à hydrogène a coûté 9 millions d’euros, selon le site spécialisé busetcar.com. Les bus sont fournis par la société française Safra avec une pile à combustible de la start-up Symbio (filiale de Michelin) tandis que la station de production et de distribution d'hydrogène a été construite par Engie.

Enfin, les municipalités qui souhaitent intégrer la logique du mode de transport "propre" en amont, au niveau du mode de production de l'hydrogène, ont aussi un choix à effectuer. Les projets du Pas-de-Calais et de Pau se distinguent par le recours à l'hydrogène "vert" produit par électrolyse de l'eau, donc sans émission de gaz à effet de serre. 

À l'inverse, le gaz produit à la station d'Air Liquide de Loges-en-Josas près de Versailles est issu du reformage de méthane, technologie à base d'hydrocarbures qui produit 90% de l'hydrogène en France, mais génératrice de fortes émissions de CO2. L’utilisation de sources d'énergie renouvelables comme la biomasse, le biogaz (issu de la biomasse ou des déchets) permet toutefois de "verdir" le bilan carbone de ce mode de production.

Frédéric Bergé