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4 ans après la fin des Gauloises made in France, un ex-ouvrier veut produire un tabac "breton"

Ancien de l'usine Seita de Carquefou (44) qui a fermé ses portes en 2015, Ludovic Colin a créé Breizh Tobacco, une marque bretonne de tabac qui a des ambitions nationales.

Ancien de l'usine Seita de Carquefou (44) qui a fermé ses portes en 2015, Ludovic Colin a créé Breizh Tobacco, une marque bretonne de tabac qui a des ambitions nationales. - Loic Venance - AFP

Ludovic Colin a fondé Breizh Tobacco et lance B5, une marque de tabac et de cigarettes. Son but: relancer une industrie locale de qualité dans l'un des secteurs les plus difficiles de France.

En France, la fin de la Seita a créé des vocations régionales. Après les Auvergnats de Ménétrol, les Lot-et-Garonnais de Traditab, c’est au tour d'un Nantais de créer Breizh Tobacco et de lancer B5, une nouvelle marque de tabac, comme vient de le dévoiler Ouest France. Le choix de ce nom est pour le moins bretonnant: B comme Bretagne et 5 pour chaque département breton, explique le fondateur. "La Loire-Atlantique est le 5ème département breton", affirme Ludovic Colin, qui a créé l’entreprise à Carquefou, à quelques kilomètres de Nantes.

Le choix de cette implantation est surtout lié à l’usine Seita d’Imperial Tobacco qui produisait les Gauloises et qui a fermé ses portes fin 2014, laissant près de 500 salariés sans emploi et des machines fonctionnelles à l’arrêt. Quant au nom, Breizh Tobacco, il a été choisi comme un pied de nez à Imperial Tobacco qui ferme actuellement son dernier site français. "Ils avaient promis de nous vendre les machines, ils ont préféré les envoyer à la casse. Pour le moment, nous nous fournissons en Belgique et réalisons le conditionnement aux Pays-Bas, mais notre ambition est à terme de produire en France", a expliqué Ludovic Colin à BFMBusiness.com. "Dès 2018, nous allons relancer la culture du tabac en Bretagne pour proposer des produits 'made in breizh' dès le début de l’année 2019".

S’inspirer de la stratégie de Breizh Cola

Il y a quelques semaines, les Bretons ont découvert B5, des tabacs déclinés sous formes de cigarettes, de tabac à rouler et à pipes. Pour le moment, ces produits ne sont distribués que dans 60 bureaux de tabac, de Joué-sur-Erdre (44) à Brest (29) en passant par Guingamp (22) et Hennebont (56). Toutefois, les ambitions de Breizh Tobacco ne se limitent ni à la Bretagne, ni aux Bretons. "Ce serait dommage de se limiter à un territoire ou à une communauté, si importante soit-elle quand nous pouvons faire plus", explique Ludovic Colin qui s’inspire de la stratégie de Breizh Cola, le soda breton qui a réussi à prendre de petites parts de marché aux deux leaders américains que sont Coca et Pepsi. "Comme eux, nous misons sur une identité, mais aussi sur la qualité des produits", promet le dirigeant qui admet ne pas pouvoir se battre sur les prix.

Est-ce un changement de cap pour l’ancien représentant des salariés de l’usine Seita qui a créé la section Sud de l'usine de Carquefou? "Pas du tout, je fais la différence entre les patrons payés par des groupes internationaux et des entrepreneurs qui prennent des risques. Je suis fils d’entrepreneur et je crois dans la valeur du travail". Et pour le prouver, il n’hésite pas à rappeler qu’il a investi "une bonne partie" de sa prime de licenciement ainsi que les 45.000 euros d'aides à la création d’entreprise versés par Imperial Tobacco pour se lancer dans un commerce où la publicité est interdite, qui est surchargé de taxes, qui affronte les campagnes anti-tabac, et qui impose des paquets neutres qui rendent difficile la différenciation avec les concurrents. Seul contre tous, ou presque, Ludovic Colin a décidé de relever le défi.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco