BFM Business

Fusion rejetée Alstom et Siemens : Pourquoi Margrethe Vestager a raison

La commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager.

La commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager. - John Thys - AFP

En réalité, la critique de la politique de concurrence de la Commission européenne souffre de quatre faiblesses !

Il fallait s’y attendre : tous les nostalgiques du dirigisme inflationniste des années 50 sont montés au créneau pour dénoncer le veto de la Commission européenne à la fusion Alstom / Siemens. Détracteurs acharnés de Margrethe Vestager, la commissaire en charge de la concurrence, ils utilisent un argumentaire convenu et bien rodé où se conjuguent l’appel à une politique industrielle active et la dénonciation de la concurrence internationale qualifiée de « déloyale ». Cet argumentaire peut se résumer dans cet extrait du rapport Gallois de 2012 :

 « La politique de la concurrence de la Commission souffre de deux faiblesses : d’une part, elle intègre mal la dimension de la compétition mondiale à laquelle l’industrie européenne est confrontée et donne la priorité au consommateur par rapport au producteur ; d’autre part, les décisions relatives à la concurrence ne peuvent être remises en cause que devant la Cour de Justice Européenne ; elles sont donc très largement fondées sur des critères juridiques et prennent mal en compte la dimension économique, la taille du marché pertinent, les dynamiques des secteurs à moyen terme, les effets d’échelle ou les régimes d’aide dont bénéficient les concurrents. Nous ajoutons que les délais des procédures sont déconnectés de la réalité industrielle. La politique de la concurrence doit être davantage mise au service de l’industrie européenne et de sa compétitivité ».

Disons-le nettement : c’est la critique de la politique de concurrence de la Commission européenne qui souffre de quatre faiblesses !

La première est de ne pas voir que la Commission agit dans la droite ligne des principes fondateurs de l’Union européenne : la concurrence libre et non faussée figure dans le Traité de Rome.

La deuxième est d’afficher une foi inébranlable en la nécessité de constituer des « champions nationaux » ou européens (Alstom/Siements ici). Cette foi repose sur l’idée que plus une entreprise est grosse, meilleur est son avenir industriel. Ce que montre la théorie économique, c’est qu’il existe une taille optimale pour l’entreprise et donc qu’il existe un seuil au-delà duquel sa croissance amenuise son efficacité. Trop petite, elle a un problème de répartition de ses coûts fixes ; mais trop grosse, elle se heurte aux rendements décroissants.

La troisième est de montrer du doigt la concurrence chinoise sans voir que la Chine, dont l’excédent extérieur était de 10% du PIB en 2007, a à peine équilibré ses comptes extérieurs en 2018. Car si elle est un concurrent, elle est aussi un client, dont nous tirons des avantages.

Enfin, last but not least, la quatrième est ne pas comprendre que le but de l’économie, c’est le consommateur. Le producteur n’existe pas pour lui-même ; il est là pour satisfaire les attentes du consommateur, notamment en termes de pouvoir d’achat et donc de faible niveau des prix.