BFM Business

Fin du RTC : un défi de taille pour les spécialistes des alarmes et des ascenseurs

-

- - -

La fermeture programmée des lignes téléphoniques analogiques va entraîner une transformation technologique sans précédent de ces secteurs. Mais aussi une opportunité de taille pour les prestataires.

Les patrons d’entreprise sont désormais conscients de ce virage important : la fin de la bonne vielle téléphonie fixe analogique appelée RTC, pour réseau téléphonique commuté. Depuis le 15 novembre, Orange a cessé de prendre des commandes de nouvelles lignes analogiques et leur commercialisation est arrêtée.

Ensuite, l’opérateur historique éteindra le RTC par lot de plaques géographiques à partir de la fin 2023 pendant plusieurs années (on évoque au mieux fin 2025). Traduction, les lignes téléphoniques associées cesseront de fonctionner.

Selon les spécialistes, 65% des entreprises utilisent aujourd'hui encore un standard téléphonique branché en RTC : ce sont donc des centaines de milliers de TPE/PME et des millions de lignes qui vont devoir migrer vers des technologies IP (téléphonie par internet).

Mais on ne parle pas que du téléphone : les alarmes dont celles installées dans les ascenseurs, les équipements de télésurveillance ou certains terminaux de paiement sont également concernés. Et le défi s’annonce de taille.

550.000 ascenseurs concernés

« L’obsolescence de ce système de transmission qui est utilisé dans beaucoup d’applications de communication Machine to Machine implique pour les entreprises impactées de migrer vers d’autres technologies comme l’IP. Une grande partie des terminaux de paiement bancaire, des systèmes de surveillance des ascenseurs, des alarmes et équipements de télésurveillance, des systèmes de télérelève de compteur fonctionnent encore via le réseau téléphonique commuté. La transition va être complexe pour les professionnels de ces secteurs qui vont devoir repenser leurs systèmes de communication », commente Karim Hamadi, directeur des ventes chez Matooma, un acteur des télécoms.

Exemple : environ 550.000 ascenseurs en France utilisent le RTC pour leurs systèmes d’alerte en cas de blocage de la cabine. « A l’échelle nationale, en raison de l’évolution des normes (notamment liées au déploiement de la fibre optique) et de l’arrêt programmé du RTC, ce sont tous les nouveaux ascenseurs, soit entre 11 000 et 12 500 par an, qui opteront désormais d’emblée pour les réseaux mobiles. Il n’en demeure pas moins que la migration du parc installé va prendre du temps. En fonction des métiers et des installations, cette réversibilité liée à l’obsolescence de la technologie RTC peut avoir un impact financier si l’objet connecté doit être remplacé pour fonctionner en IP. En revanche, les coûts d’exploitation et de communication seront optimisés », poursuit le spécialiste.

Services à valeur ajoutée

Comme pour les entreprises, la migration consiste à adopter des équipements IP pour les communications. « Le choix de l’utilisation des réseaux cellulaires dans les applications Machine to Machine offre de nombreux avantages techniques et financiers. En pondérant le coût de l’abonnement d’une ligne cuivre et le coût des communications, une ligne mobile est 2 à 3 fois moins chère qu’une liaison RTC. Au niveau des équipements nécessaires à la collecte des données, la mise en place d’un serveur IP est plus simple et moins coûteuse que l’installation de batteries de modems RTC », explique Karim Hamadi.

Et de préciser : « Le passage en IP a de nombreux avantages. Il permettra tout d’abord de rationaliser les coûts liés aux infrastructures réseaux à mettre en place dans les opérations de collecte des données et d’accès à distance. La technologie RTC fonctionne à l’aide de câblages en cuivre avec des coûts d’abonnement élevés et des communications facturées au temps d’appel. La lenteur de la collecte des données en RTC demande, pour télé-relever un parc important de modems, la multiplication des équipements au niveau de la supervision. A l’inverse, la technologie IP permet de bénéficier d’une facturation au volume de data transféré et de gérer plusieurs connexions en simultané. Cela réduit drastiquement les coûts de communication et de matériel car un seul serveur permet de collecter l’ensemble des données terrain ».

Outre les économies, les solutions IP offrent de nouvelles possibilités techniques ou serviciels qui pourront être proposées par les prestataires afin d'accélérer la transformation numérique des entreprises : monitoring et accès à distance en temps réel 24/7 aux équipements, possibilité d’initier plusieurs communications simultanément de manière sécurisée... « L’utilisation du réseau IP permettra également aux fournisseurs de collecter davantage de données et de les partager plus facilement à l’aide de plateformes en ligne afin de proposer des services d’optimisation des consommations à leurs clients ».

De quoi générer pas mal d’activité pour les spécialistes télécoms pour entreprises et un moyen de se démarquer d’Orange et de SFR qui dominent outrageusement le marché des télécoms B2B. Un fournisseur confirme une « effervescence monstre chez les acteurs télécoms mais pas seulement ». Bruneau, le spécialiste des fournitures de bureau qui compte 200.000 entreprises clientes vient ainsi de lancer une offre télécoms globale post-RTC...

Olivier CHICHEPORTICHE