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Entrepreneurs : comment se préparer au Brexit ?

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Comment s’adapter et anticiper le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne alors que les termes de ce départ restent encore à définir ? Guide de bonnes pratiques avec le cabinet Gartner.

La perspective d’un Brexit sans accord se précise de plus en plus. Pour la France, les conséquences commerciales seront importantes, le Royaume-Uni représentant 6,6% de nos exportations et 4,3% de nos importations.

Conséquence, « si ce risque se matérialisait, il est évident que les échanges commerciaux entre la France et le Royaume Uni seraient très fortement perturbés. Même avec un accord pour la période de transition, les perspectives resteront incertaines sur les modalités de la relation future entre l’Union Européenne et le Royaume Uni, qui doit être négociée ultérieurement », commente Eric Dor, Directeur des Etudes Economiques IESEG School of Management, Université Catholique de Lille.

Pour Peter Aykens, Distinguished Research VP, chez Gartner, « les conditions de ce départ sont toujours en négociation, les entreprises et gouvernements doivent se préparer sans plus attendre et ce même en l’absence d’un accord de sortie officiel et consensuel entre le Royaume-Uni et l’UE ».

« En effet, il leur faut élaborer dès maintenant des stratégies pour faire face aux bouleversements et opportunités que le Brexit occasionnera. Ceux qui le font seront alors plus à même de contenir l’onde de choc annoncée, quelles que soient les modalités de l’accord que les deux parties concluront », poursuit-il.

Par où commencer ?

« Si ce n’est pas déjà fait, nous vous encourageons à constituer un groupe de travail transversal, chargé de planifier les conséquences du Brexit. Il ressort de notre récent sondage, conduit auprès de 267 responsables de la gestion des risques, des audits et de la conformité issus de grandes entreprises, qu’il est nécessaire d’associer divers métiers à cette approche. 49 % des répondants ont déjà créé un groupe de travail de ce type. Le vôtre devra compter des représentants des RH, de l’informatique, du service juridique, mais aussi des spécialistes des risques et de la chaîne logistique, car c’est dans ces domaines que les impacts du Brexit s’annoncent les plus forts », explique l’expert.

Concrètement, il s’agit :

• D’établir des comités dédiés à certaines activités, comme l’élaboration de mesures spécifiques au service informatique ou à la gestion de la chaîne logistique.

• De réaliser des évaluations des risques et des analyses d’impact, et de cartographier votre chaîne logistique afin d’identifier les menaces inattendues.

• De consulter à intervalles réguliers les « notes sur la préparation » élaborées par la Commission Européenne et le gouvernement britannique.

• D’informer vos salariés et vos clients de ce que vous prévoyez de faire pour maîtriser les difficultés liées au Brexit, de manière à déterminer s’il vous faut actionner d’autres canaux ou ressources pour leur faciliter la tâche.

• De demander à vos prestataires de services de préciser les mesures qu’ils comptent prendre pour vous accompagner durant cette période.

Du côté des groupes de travail transversaux, quelles sont les préconisations ?

• Composez-les en considérant plusieurs critères, comme le périmètre de travail, le degré d’impact géographique du Brexit et le niveau de prise de décision requis. Ne choisissez pas les membres d’un groupe uniquement en fonction de leur ancienneté.

• Plutôt que d’organiser des réunions selon une fréquence définie, adaptez-en le calendrier à l’urgence des problématiques et déterminez le degré de collaboration nécessaire.

• Clarifiez les responsabilités des membres du groupe de manière à ce que chacun sache précisément son rôle et ses obligations.

Comment analyser l’impact du Brexit sur le climat d’affaires ?

• Confrontez votre analyse à plusieurs reprises aux opinions des acteurs du secteur afin d’aboutir à un rapport suffisamment détaillé et pertinent.

• Demandez à un dirigeant ou à un comité de pilotage d’assumer le rôle de juge objectif chargé de livrer un éclairage sur la sévérité des questions soulevées.

• Associez tous les métiers et partenaires extérieurs afin de vous assurer que toutes les données et les risques sont pris en compte.

Reste que la situation est encore très confuse. Alors qu’un vote du parlement britannique est bien prévu, des rumeurs de décalage de la date de départ se multiplient. Pour Gartner, il faut « s’appuyer sur une analyse réaliste des scénarios » :

• Préparez votre scénario autour d’un évènement précis et non autour de son impact financier.

• Limitez le nombre de variables à un petit groupe constitué de celles qui ont des répercussions majeures et sont interconnectées.

• Restreignez la gamme des variables retenues à travers des tests itératifs menés auprès des acteurs du secteur.

« En complément des actions globales de planification de l’entreprise, les dirigeants chargés de résoudre les problèmes les plus sensibles devront prendre des mesures plus ciblées, à commencer par ceux qui évoluent dans l’IT, les RH et la logistique. Grâce à ces mesures porteuses de résilience, vous assurerez la résilience de votre entreprise, quel que soit l’issue des négociations du Brexit », conclut Peter Aykens.

Olivier CHICHEPORTICHE