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Travailler dans la ville de demain, Total teste le télétravail

Le télétravail, une solution à la fatigue et au stress liés aux déplacements

Le télétravail, une solution à la fatigue et au stress liés aux déplacements - Pascal Laurent - Total

Comment travaillerons-nous dans la ville de demain? Quels sont les enseignements des expériences réalisées? Comment faire en sorte que les salariés des entreprises soient toujours plus motivés? Le Groupe Total s’est intéressé au sujet.

Plusieurs constats font l’unanimité:

L’activité des entreprises est de plus en plus internationale avec pour conséquence directe un développement du travail à distance.

Le trajet entre le domicile et le lieu de travail est souvent coûteux en temps et en énergie, avec un impact réel sur les performances des salariés. L’étude "Enquête: conditions de transport & santé des salariés et des entreprises-Technologia-2010" résume assez clairement la situation:

  • "Les transports ferroviaires non soumis à une réservation de places {…} "fatiguent", "énervent" et "stressent". En voici quelques causes:
  • multiplicité des correspondances et taux de fréquentation des transports en commun 

transports en commun souterrains

fréquence des incidents techniques et/ou humains

  • sur-stimulation visuelle et sonore 
  • ambiance thermique (les courants d’air froid et chaud, etc.)
  • comportements non respectueux des autres. 
  • Il faut prendre en considération la pénibilité du trajet. Les quelques facteurs de pénibilité décrits ci-dessus sont souvent cumulés et peuvent être à l’origine d’une fatigue accrue et de l’apparition de stress. Cette contrainte liée aux transports, conjuguée avec d’autres contraintes spécifiques du travail, peuvent générer une moindre productivité et/ou qualité dans le travail mais aussi une irritabilité accrue. 
  • En dehors de ces contraintes "extérieures", il faut aussi prendre en considération les effets psychiques plus intériorisés que la situation peut entrainer: la diminution de la motivation due en partie à une fatigue physique et mentale, voire la fragilisation de l’organisme, l’exposition plus forte aux germes pathogènes. Les principales manifestations du risque sont les suivantes:
  • L’incertitude

Le stress

Le jugement venant des autres suite à un retard: "les transports comme alibi"

Fatigue, usure: les personnes arrivent sur leur lieu de travail déjà en état de fatigue

  • A long terme, "épuisement professionnel
  • Les générations les plus jeunes ne conçoivent plus le travail de la même façon. Ainsi, la génération Y se caractérise comme:
  • Connectée
  • Ayant besoin de "sens" dans le travail
  • Mobile et multitâches

Cherchant la reconnaissance

Privilégiant l’équilibre vie pro/vie perso et la qualité de vie. 

Le schéma du 9h00-18h00 au bureau n’est plus systématiquement adapté.
Le schéma du 9h00-18h00 au bureau n’est plus systématiquement adapté. © Pixabay

Le 9h-18h au bureau n'est donc plus le schéma systématiquement adapté.

Parallèlement, les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) évoluent constamment et élargissent le champ des possibles: les ordinateurs portables, les outils de télécommunication et outils collaboratifs les téléphones portables et wifi généralisés mis à disposition des employés rendent la présence physique au travail de moins en moins nécessaire. 

Il est clair que le travail dans la ville de demain doit tenir compte de ces évolutions et de cette prise de conscience. Dès aujourd’hui, des expériences sont menées. Un article du Figaro de juillet 2014 relatait une étude de l’Observatoire de la parentalité. On pouvait y lire :

"89% des personnes interrogées affirment en effet que l'équilibre entre vie familiale et vie professionnelle est un sujet de préoccupation important, pourtant 69% considèrent que leur entreprise ne fait pas beaucoup de choses pour les aider dans ce domaine. (…) Rendre l'entreprise et ses salariés plus mobiles pour que le travail ne se résume plus uniquement à un lieu semble évident. De plus en plus, les entreprises vont devoir faciliter le quotidien de leurs employés, pour que ces derniers n'aient pas à choisir entre leur famille et leur travail, mais également pour éviter que les deux parties -l'entreprise et l'employé- soient victimes de facteurs extérieurs que nous ne pouvons pas contrôler. Des mesures simples et rapides peuvent être mises en place par les entreprises, sans que cela ne perturbe l'organisation interne: par exemple autoriser les employés à télétravailler depuis chez eux une ou deux demi-journées par semaine peut déjà faire une grande différence pour l'équilibre vie pro/vie perso."

C’est ce que le Groupe Total a voulu expérimenter en France en 2012, en réalisant un pilote d’un an sur le télétravail. Expérimentation réussie, puisqu’un accord entre partenaires sociaux a été signé en février 2013, contribuant ainsi à la pérennisation et au développement du télétravail chez Total en France. Entre 2012 et 2013, trois enquêtes ont été menées auprès des télétravailleurs, de leurs collègues et responsables hiérarchiques.

Le télétravail a reçu un accueil enthousiaste

Plus de 95% des répondants sont satisfaits et ont trouvé l’expérience très positive pour l’entreprise. 90% d’entre eux souhaitent poursuivre sur ce mode. 

Organisation du télétravail : quelques observations

L’ensemble des catégories socioprofessionnelles en bénéficie: 14% des télétravailleurs occupent des postes de management

85% des salariés concernés sont en télétravail un jour par semaine

Le télétravail concerne des métiers supports mais aussi techniques: acheteur, ingénieur, assistant administratif, contrôleur de gestion, géophysicien, juriste, technicien géologue, etc.

Pour illustrer ce propos, nous avons interrogé Marie Le Breton, direction des Ressources Humaines, direction des Relations sociales, Observatoire social de Total : 

  • 1- Est-ce que les résultats de cette enquête offrent de nouvelles perspectives pour le télétravail chez Total?
  • La phase pilote de 2012 a été évaluée par deux enquêtes (quantitatives et qualitatives) conduites auprès des télétravailleurs, leurs collègues ainsi que leurs responsables hiérarchiques. Les résultats positifs de ces enquêtes ont permis de recueillir, en 2013, la signature de l’ensemble des Organisations Syndicales ayant participé à la négociation, pour, cette fois-ci, un accord à durée indéterminée. Ces résultats factuels ont alimenté notre dispositif de communication interne mondial, incitant chaque collaborateur à lutter contre les idées reçues associées au télétravail. Grâce à une approche humoristique un peu décalée, nous démontrons que "le télétravail, cela fonctionne !".
  • 2. Y-a-t-il d’autres déploiements en cours?

Oui, le télétravail a été mis en place dans d’autres entités du Groupe (Siège social, Centre de recherche, Raffinerie) en Belgique et aux Pays-Bas. 

3- Quels effets le télétravail a t-il sur l’efficacité des collaborateurs ?

La recherche d’efficacité est un enjeu critique pour les organisations. Pour un salarié, rechercher l’efficacité c’est re-questionner sa façon de travailler: identifier ce qui est prioritaire et utile, s’interroger sur ses déplacements domicile/lieu de travail, étudier les alternatives possibles grâce aux nouveaux outils, etc.

Le télétravail est une illustration des changements qui touchent le monde du travail. Equilibre vie pro/vie perso et efficacité ne sont pas à opposer mais se nourrissent mutuellement.

Conclusion

En interne :

Le télétravail est un succès. Pour les salariés, c’est aussi une preuve de confiance forte de l’employeur. Pour eux le bénéfice est double: une moindre fatigue liée à des temps de transports réduits (59% des télétravailleurs ont plus de 2 heures de trajets A/R pour se rendre sur leur lieu de travail) et un meilleur équilibre vie pro/vie perso (95% des télétravailleurs ont observé un impact positif sur celui-ci). Pour eux, le télétravail accroit leur motivation et donc leur efficacité. 

Pour l’externe :

La ville pourrait y gagner. Lors des pics de pollution, le gouvernement demande déjà aux entreprises de faciliter le télétravail. Même si les bénéfices environnementaux restent à prouver scientifiquement, le fait de décongestionner les villes aux heures de pointe reste une démarche positive.
Y.C.