BFM Business

TOUT COMPRENDRE - Pourquoi la facture d'électricité flambe en France (et partout en Europe)

Non seulement la France est autosuffisante en électricité, mais en plus, elle est à 93% décarbonée. Mais notre pays subit en fait les conséquences du mécanisme européen de fixation des prix basé sur les cours du charbon et du gaz et sur les prix de la tonne de CO2.

Pourquoi le consommateur français subit-il une hausse importante de ses factures d'électricité alors que notre pays n'importe pas cette énergie grâce à ses centrales nucléaires?

Pourquoi la France subit-elle comme tous les pays d'Europe cette flambée des cours de l'électricité (multiplication par deux depuis janvier) alors que nous sommes autosuffisants et produisons une électricité à 93% décarbonée? La faute à un mécanisme européen de fixation des prix qui désavantage franchement le consommateur final qu'il soit particulier ou entreprise.

• Le mécanisme est-il "obsolète"?

"Le marché unique européen de l'électricité ne marche pas, il est aberrant", estime le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, affirmant souhaiter débattre ce lundi avec ses homologues européens de la révision d'un système selon lui "obsolète".

"Il faut revoir de fond en comble le fonctionnement du marché unique de l'électricité: les Français en paient la facture d'une manière incompréhensible pour eux et totalement inefficace du point de vue économique", a déclaré le ministre sur Public Sénat.

• Comment est déterminé le prix de l'électricité?

Les prix de l'électricité sur le marché de gros suivent ceux des matières premières. Ils s'alignent donc sur la flambée des cours du gaz, qui assure aujourd’hui 20% de la production électrique de l’Union européenne, mais également sur l’augmentation du prix de la tonne de CO2 sur le marché du carbone européen, qui a doublé depuis le début de l’année pour atteindre 100 euros la tonne.

Comme une large partie de l’électricité est, dans l’Union européenne des 27, produite avec des énergies fossiles (près de 20% avec du gaz et 13% avec du charbon), toute augmentation des prix du gaz, du charbon et du CO2, se répercute mécaniquement sur le coût de production de l’électricité.

Comme l’électricité ne se stocke pas, son prix est déterminé en Europe par les coûts de la dernière centrale activée appelée pour assurer l’équilibre entre l’offre et la demande et donc la plupart du temps une centrale thermique qui fonctionne au charbon ou au gaz.

• Un paradoxe français?

"Et c'est donc le paradoxe que nous vivons: la France a un mix énergétique complètement décarboné et pour autant, le prix de marché européen est déterminé par cette centrale et auquel il faut ajouter le prix du CO2", expliquait sur BFM Business, Nicolas de Warren, Président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (UNIDEN) évoquant une véritable bombe à retardement.

De quoi créer des situations ubuesques. "Pour la livraison 2022, les prix de marché de l’électricité sont supérieurs en France à ceux de la Pologne, l’une des électricités les plus carbonées d’Europe, c’est un comble", note Frank Roubanovitch, président de l'association des grands consommateurs industriels et tertiaires français d’électricité et de gaz (CLEEE) cité par La Croix.

• Quelles marges de manoeuvre pour contenir ces hausses?

La volonté du gouvernement français de réformer le mécanisme européen de fixation des prix prendra forcément du temps. Or il y a urgence.

Le gouvernement peut agir sur un autre levier, celui de la TVA par exemple. Le taux actuel est de 5,5% sur l'abonnement et de 20% sur la part proportionnelle. Une baisse de cette taxe (comme en Espagne) pourrait être rapidement mise en place d'autant plus que la Commission européenne se dit ouverte à examiner ce type d'outil.

Autre piste, réclamée notamment par l'association UFC-Que Choisir?, augmenter le plafond du volume de l'électricité nucléaire d'EDF vendue à bon marché aux opérateurs alternatifs. Ce mécanisme baptisé Arenh (pour "accès régulé à l'électricité nucléaire historique") fixe à 30% le volume d'électricité nucléaire qu'EDF doit céder.

Problème, une augmentation du plafond est conditionnée à une hausse de prix payé par les alternatifs. Un relèvement de ce plafond serait donc contrebalancé à moyen terme "par une hausse sans doute irréversible et injustifiée du prix du nucléaire" et "il s'agirait alors d'un marché de dupe pour le consommateur", comme l'explique la CLCV, l'association de défense des consommateurs et des usagers. Le gouvernement écarte d'ailleurs pour le moment cette option.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business