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Qualité de l'air: un enjeu de santé mais aussi économique

Mauvaise qualité de l'air intérieur: le coût est estimé entre 10 et 40 milliards d'euros

Mauvaise qualité de l'air intérieur: le coût est estimé entre 10 et 40 milliards d'euros - Observatoire de la qualité de l'air intérieur

Allergènes, amiante, particules, monoxyde de carbone, dioxyde d'azote, pesticides ...La liste est longue des produits nocifs pour la santé. L'air intérieur est 5 à 10 fois plus pollué que l'air extérieur. Nous passons 70 à 90 % du temps à l intérieur d'un environnement clos. La qualité de l'air intérieur préoccupe de plus en plus les entreprises et les collectivités. Mais comment agir ?

Les allergies respiratoires ont doublé en 20 ans. On compte pas moins de 18 millions de Français allergiques dont une part d'asthmatiques. Les conséquences peuvent être lourdes, du simple inconfort, aux infections comme la légionellose voire les pathologies respiratoires, cardiovasculaires ou tumorales. Le docteur Fabien Squinazi médecin biologiste, membre du comité scientifique de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur qui étudie la question depuis 30 ans dresse un état des lieux très précis. En France, c'est aussi un logement sur 2 qui doit faire face à des problèmes d'humidité. Dans le même temps Fabien Squinazi se félicite de l'évolution de la prise de conscience sur ces sujets. Le coût économique est lourd: il est estimé entre 10 et 40 milliards d'euros selon les études. Il pourrait être même encore plus conséquent. On estime ainsi à un milliard d'euros le coût du remboursement des médicaments anti-asthmatiques.

Et dans les lieux publics ?

Les entreprises commencent à s'emparer du sujet. Elles peuvent être portées par la réglementation. Le Grenelle de l'Environnement a ainsi abouti à l'étiquetage des produits de construction et de décoration. Ce sont les 10 composants organiques volatils (COV) les plus nocifs à long terme qui ont été retenus. L'ameublement n'est pas encore concerné même si la donne devrait changer. L'ensemble est incomplet mais a le mérite de mettre en lumière ces enjeux.

Que dire également de l'obligation de surveillance de la qualité de l'air intérieur dans les établissements publics ? Ségolène Royal a décidé d'assouplir le dispositif. L'obligation de mesure à partir de janvier 2015 dans les maternelles et les crèches est levée. Elle est remplacée par un guide de bonnes pratiques. Pour certains, c'est un dispositif avant tout politique destinée à calmer les esprits après la réforme des rythmes scolaires. La mesure devait dans tous les cas être progressive jusqu'à 2023. Des entreprises sont dans les starting-blocks. Il ne s'agit pas seulement de mesurer mais aussi de traiter les résultats et c'est bien là que le bât blesse dans certains cas. Le coût pourrait être encore plus lourd.

35 % de congés maladie en moins

Autant être transparent. "En matière de qualité de l'air, on ne nous demande pas encore grand chose", explique Maxime Trocmé responsable environnement et scientifique de Vinci .Le groupe a commencé à prendre ce sujet en charge dans sa politique environnementale à travers le label Attitude Environnement. Il y a aussi l'éco-engagement Oxygen afin de développer une méthodologie destinée à garantir la qualité de l'air.

Pour Vinci l'une des solutions est -contrairement aux idées reçues- l'étanchéité à l'air car les flux sont ainsi mieux maîtrisés dans le bâtiment. Certains professionnels s'interrogent à l'image de GSF 4ème acteur de la propreté industrielle. Pour son directeur adjoint de recherche et développement Laurent Prulière "assainir les locaux peut polluer". Une analyse précise a donc été menée sur les fameux COV. Des conseils pratiques sont donnés à travers un guide. Ne jamais oublier le principe de base: aérer.

A une époque où l'on parle beaucoup d'efficacité énergétique, il ne faut pas oublier que la santé restera la dimension primordiale. Et Thomas Kerting président d'Air Sûr, expert de la qualité de l'air et administrateur du comité 21, rappelle que la France dispose d'une filière constituée sur ces questions de qualité de l'air."Nous sommes en avance de 2 ans pour présenter l'air en 3D." De quoi créer de l'emploi dans cette filière de la croissance verte dont on parle si souvent. Un air plus propre, c'est aussi 35 % de congés maladie en moins.

Nathalie Croisé