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Qu'est-ce qui va mal chez Areva?

L'EPR en construction de Flamanville accuse un énième retard, annonce EDF ce 18 novembre.

L'EPR en construction de Flamanville accuse un énième retard, annonce EDF ce 18 novembre. - Charles Platiau - Reuters

Un profit warning pour 2015 et 2016, un nouveau retard de livraison de l'EPR de Flamanville, des rumeurs sur des remèdes de cheval à administrer. Les mauvaises nouvelles se multiplient à propos d'Areva, qui dégringole en Bourse ce 19 novembre.

Areva n'est pas au mieux de sa forme, à en croire les déclarations officielles et les rumeurs de presse qui se sont multipliées. Le groupe français a annoncé mardi qu'il n'honorerait pas ses prévisions pour 2015 et 2016.

Quelques minutes plus tard, EDF a officialisé un nouveau retard de l'EPR de Flamanville, résultant, selon le communiqué de l'énergéticien, "de difficultés rencontrées par Areva sur les livraisons d'équipements tels que le couvercle et les structures internes de la cuve de la centrale".

Autant d'éléments qui ont broyé le cours de bourse de la société. Peu après l'ouverture du marché ce mercredi 19 novembre, le titre Areva chutait de 22% à Paris.

Un remède radical

Mardi, le site internet de Challenges annonçait également que le nouveau patron du groupe, Philippe Varin, arrivait avec un mandat pour tailler dans les effectifs, et envisageait d'administrer au groupe un remède radical tel que celui utilisé pour le Crédit Lyonnais.

Le groupe se garde de commenter ces dernières informations, mais elles paraissent fantaisistes à un connaisseur de l'entreprise, selon qui la situation d'Areva est loin d'être catastrophique. Le fleuron français du nucléaire reconnaît néanmoins faire face à des difficultés en cette fin d'année 2014. Des écueils qu'il n'avait pas anticipés.

Des annonces formulées à un moment charnière

Dans son communiqué, le groupe liste ainsi les quatre raisons qui vont l'empêcher de tenir ses objectifs. Il y a d'abord les retards de livraison de l'EPR finlandais qui pèsent sur sa trésorerie. Et qui minent ses relations avec son partenaire finlandais TVO, le futur opérateur du site, avec qui Areva est engagé dans une bataille judiciaire.

Deuxième problème: la reprise plus longue que prévu, et même hypothétique, des centrales japonaises. Le gouvernement nippon avait pourtant répété son intention de relancer au plus vite les réacteurs de l'Archipel, mis à l'arrêt au lendemain du drame de Fukushima. Finalement, aucun site ne devrait être redémarré avant la fin 2014, ce qui pénalise l'activité d'exploitation et de livraison d'uranium par Areva.

Le groupe français déplore en outre le peu de commande de réacteurs nucléaire dans le monde. Enfin, dernière cause de ses malheurs, l'atonie du marché des services. Areva, acteur intégré de la filière, fournit aussi maintenance et composants de rechange des centrales. Mais le marché ne repart ni dans le monde, ni en France. Dans l'Hexagone, le "grand carénage", c'est-à-dire la modernisation des centrales les plus anciennes par EDF, qui aurait provoqué un regain d'activité, reste incertain.

Ces annonces tombent à un moment charnière pour Areva. La direction du groupe est en plein bouleversement après le départ de Luc Oursel pour cause de maladie grave, et le remplacement de Pierre Blayau par Philippe Varin. L'ex-patron de PSA qui, en tant que nouvel arrivant, n'a pas à endosser la responsabilité de ces problèmes. 

Nina Godart