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Précarité énergétique: quelles solutions dans les pays développés?

La précarité énergétique affecte confort et mobilité de nombreux ménages des pays développés.

La précarité énergétique affecte confort et mobilité de nombreux ménages des pays développés. - © Pierre-Henry Muller boreally.org

Avec l’augmentation des prix de l’énergie, les pays riches voient se développer de nombreux cas de précarité énergétique. Véritable fracture sociétale aux conséquences multiples, ces nombreux ménages sont, depuis peu, regardés avec une approche marché, qui pourrait bien être plus pérenne que la simple solidarité.

Une des caractéristiques qui définissent les sociétés développées, c’est l’existence d’un réseau énergétique -que ce soit pour le confort domestique ou la mobilité- auquel les habitants ont un accès aisé sur l’ensemble du territoire.

Pourtant, depuis quelques années, le phénomène de précarité énergétique se développe dans ces pays. Des millions de ménages bénéficient de l’accès mais se privent de la consommation pour des raisons financières.

On observe en général trois grands facteurs qui amènent vers cette précarité:

  • Le prix des énergies: sur les dix dernières années, elles ont toutes augmenté, surtout celles indexées sur le prix du pétrole.
  • Le niveau de ressources des ménages: ce sont les revenus modestes qui sont concernés, notamment les familles monoparentales et les propriétaires avec petites retraites.
  • La qualité de l’habitat et des équipements de chauffage ou de mobilité: mauvaise isolation, équipements énergivores et mal adaptés.

Ainsi, ce sont 40 millions de personnes aux États-Unis, entre 50 et 125 millions en Europe dont 3,4 millions (13%) en France qui sont entrent dans cette catégorie.

Luc Payen, spécialiste de cette question chez Enea Consulting, situe les premiers symptômes de la précarité énergétique en France au début des années 2000. "La Croix Rouge Française a vu arriver des gens spécifiquement pour cette raison, sans savoir quoi leur répondre…" précise-t-il.

Il ne s’agit pas que d’avoir un peu froid l’hiver ou de devoir marcher plus. La privation énergétique constitue un cercle vicieux qui tend à isoler la personne qui la subit.

  • Lien social : une maison froide ou humide est une maison où on ne reçoit pas
  • Santé: souvent les vitres sont calfeutrées, entrainant un manque d’aération et plus d’humidité
  • Sécurité: des appareils dangereux peuvent être utilisés (réchauds à alcool)
  • Économique: chercher du travail est quasi-impossible pour qui n’a pas accès à la mobilité automobile, notamment dans les milieux ruraux

Pour briser ce cercle vicieux, il existe dans ces pays, un ensemble d’outils de solidarité. Mais, il faut l’admettre, le risque est d’installer les précaires dans une situation sans trouver de réelles solutions.

Pourtant, celles-ci existent. Elles ont l’avantage d’être rentables, efficaces, pourvoyeuses d’emploi local et bénéfiques pour le climat. Exemples.

Certinergy isole les combles pour 1 € !

Certinergy est une société de services spécialisée dans les économies d’énergies. Comme aime à le rappeler son fondateur, Frédéric Utzmann, "les économies d’énergie, c’est rentable. C’est même ce qu’il y a de plus rentable!", convaincu que "c’est une aberration de ne pas exploiter tous les gisements existants".

Même si l’entreprise intervient majoritairement auprès des grands industriels, là où les retours sur investissements (ROI) sont les plus spectaculaires, "de quelques mois à 2 ou 3 ans maximum" précise Frédéric Utzmann, il existait une conviction que quelque chose pouvait -et devait?- être fait pour les ménages modestes. "Nous ne pouvons pas tout faire. Notre objectif c’est de maximiser le nombre de bénéficiaires et le volume d’économies d’énergie par bénéficiaire. Pour cela, nous nous sommes concentrés sur l’opération la plus rentable, les combles perdus non isolés pour des maisons individuelles occupées par des ménages modestes. Il en existe 1 à 2 millions en France". C’est avec cette optique que Certinergy a mis en œuvre une véritable logique industrielle pour permettre ces travaux à des ménages qui ne les auraient jamais faits.

La recette est basée sur une conjonction d’actions :

  • Être maitre d’œuvre des travaux. C’est Certinergy qui paye les entrepreneurs en charge des travaux d’isolation. Grâce à cette caution, les entreprises du bâtiment sont moins réticentes à travailler avec des ménages modestes.
  • Baisser le coûts des travaux. Avec une logique industrielle d’économies d’échelles, Certinergy anime un réseau de fournisseurs à qui l’entreprise trouve de nouveaux marchés.
  • Utiliser les Certificats d’économie d’Énergie (CEE)*. Les CEE obtenus par Certinergy sont revendus aux fournisseurs d’énergie qui sont les financeurs principaux de cette opération. C’est un principe de tiers payant pour l’énergie.

Résultat, des projets qui n’auraient jamais été envisagés par des ménages modestes, sont réalisés pour une contribution de… 1 euro. Les ménages gagnent soit du confort -environ 4°C en hiver-, soit du pouvoir d’achat, soit un peu des deux. "Ce ne sont pas les seuls gagnants", précise Frédéric Utzmann, "les entreprises d’énergies satisfont à leurs obligations, les entreprises locales développent de nouveaux marchés et c’est moins d’émissions de CO2 pour le climat".

Quant à Certinergy, l’activité devrait être bénéficiaire cette année avec un objectif 1.000 chantiers par mois. Quand on demande à Frédéric Utzmann quelle est la principale difficulté au développement de son modèle économique, il répond: "paradoxalement, c’est notre prix,1 euro pour les ménages, qui semble trop beau pour être vrai!".

Total favorise la mobilité inclusive

Le budget moyen de la mobilité en France, c’est 4.300 euros par an. Soit 12 euros par jour. Conséquence, 7 millions de nos concitoyens ont des problèmes de mobilité. "Dans nos stations-services, il n’est pas rare de voir des personnes qui ne mettent que 5 euros de carburant dans leur véhicule" indique Thierry Pflimlin, secrétaire-général de la branche Marketing et Services de Total, en charge des questions de mobilité. Et de préciser que "la mission de notre groupe, c’est de fournir de l’énergie au plus grand nombre".

Mais, comme pour Certinergy, il n’est pas question de pure philanthropie. "Permettre à ces personnes d’accéder à un travail grâce à la mobilité, c’est aussi gagner des clients à terme" précise Thierry Pflimlin.

Action sans doute difficile à mesurer, mais qui s’est traduite concrètement par un partenariat avec Wimoov, dont la mission principale est d’accompagner tous les publics en situation de fragilité (personnes en situation de handicap, personnes en insertion professionnelle, seniors,…) vers une meilleure mobilité. Autrement appelée la mobilité inclusive.

Résultats, l’ouverture de 5 plateformes a permis d’accompagner 7.500 personnes, dont la moitié à trouvé un travail leur permettant de sortir de la précarité. 

Partant de cette base, Total a créé son propre laboratoire de la mobilité inclusive avec Wimoov, voulu comme "un espace de réflexion pour faire avancer le débat". En réunissant en son sein des entreprises (PSA, Michelin, Keolis), des associations, l’ADEME, Pôle emploi et des fonds sociaux d’action solidaires, le laboratoire s’est fixé pour but de réfléchir à la problématique de la mobilité aujourd’hui et de ce qu’elle sera demain.

"Les mutations urbaines ou sociales remettent en cause nos modèles économiques. Ce laboratoire nous permet d’avancer dans notre réflexion long terme" précise Thierry Pflimlin.

Il est vrai que dans des villes plus denses et moins accueillantes pour les voitures, le rôle d’un distributeur d’énergie comme Total est interrogé. "Ce sont de nouveaux cycles de consommation, que nous ne pouvons pas ignorer" complète Thierry Pflimlin.

L’association de la marque avec Blablacar en étant sans doute une des premières conséquences. 

Ces initiatives semblent conforter le fait qu’une approche BoP (ndlr: bas de la pyramide) se dessine en France. Luc Payen analyse: "au départ, les entreprises énergéticiennes sont mues par les CEE, mais elles se sont rapidement rendu compte que ces ménages précaires constituaient un marché à part entière et que, si les profits ne sont pas tangibles à court terme, elles ont tout à gagner à ce qu’ils puissent payer leurs factures, -les impayés sont un poste de coût pour l’entreprise-, et rester fidèles à leurs fournisseurs".

* dispositif réglementaire obligeant les fournisseurs d'énergie à réaliser des économies d'énergie en entreprenant différentes actions auprès des consommateurs. Plus d’informations sur le site de l’ADEME.

Découvrez la réponse TOTAL

Programme «Habiter mieux», une réponse à la précarité énergétique

Les pays en voie de développement font face à de nombreux challenges liés à l’accès à l’énergie, mais les pays développés ont eux aussi leurs propres challenges en matière d’énergie. L’un d’entre eux : la précarité énergétique. Des initiatives, dont le Groupe Total est partenaire, sont mises en place en France pour faire face à cette problématique. Découvrez la vision du Groupe à travers le témoignage de Philippe Pacaud, Responsable Social Business France / Précarité Energétique et Mobilité inclusive chez Total.

Yves Cappelaire