BFM Business

Pourquoi les États réclament un prix du carbone

"Éludé lors des négociations de l’accord de Paris sur le climat, le débat portant sur le coût du carbone vient d’être relancé par François Hollande et Angela Merkel."

Évoquée brièvement en décembre 2015 lors de la COP21, la mise en œuvre d’une taxe carbone à l’échelle internationale est rapidement passée à la trappe afin de ne pas froisser… les pays les plus pollueurs.

Quatre mois après l’accord sur le climat obtenu à Paris, le chef de l'État et la chancelière allemande récidivent. Soutenus par la Banque mondiale, ils viennent de lancer un appel international pour fixer un prix au carbone. 

Pour François Hollande, une telle mesure est nécessaire afin de limiter les émissions polluantes. C’est en frappant au portefeuille que l’on pourra "réorienter les investissements et modifier les choix des entreprises" les plus polluantes, a-t-il déclaré depuis la tribune des Nations Unies. 

L’exemple de l’Union européenne

Aujourd’hui, plusieurs puissances économiques ont déjà mis en place leur propre marché du carbone. L’Union européenne possède le sien. Sur son territoire, le prix de la tonne de carbone se situe dans une fourchette comprise entre 5 et 10 euros la tonne. Un mécanisme vertueux qui montre cependant ses limites.

Le prix fixé est bien trop bas pour dissuader les industriels d’investir dans les énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon qui restent très bon marché. Il faudrait donc instaurer un prix plus "dissuasif". Des experts estiment qu’un cours fixé à 30 euros la tonne serait suffisamment élevé pour forcer les acteurs économiques à se tourner vers les énergies bas carbone.

Pour être efficace, ce mécanisme de taxe doit également être accompagné d’autres mesures. Certains acteurs réclament par exemple la fin des subventions attribuées aux combustibles fossiles. 

Le secteur privé a pris de l'avance

Faute d’un cadre international précis et consensuel, le secteur privé a pris de l’avance dans ce domaine. Nombre d’entreprises intègrent déjà le prix implicite du carbone dans leurs stratégies et investissements. En France, 39 grands groupes industriels ont signé fin 2015 un "manifeste pour le climat", témoignant de leur intérêt pour un tel mécanisme.

Parmi ces grands noms de l'industrie, de la distribution ou des services, 11 grandes entreprises, cotées au CAC40, ont décidé de jouer le jeu. 

Selon leurs dirigeants, cela permet au quotidien "d'infléchir les décisions d’investissement ou d’accélérer la réduction des émissions". Le géant de la chimie Solvay "échange" par exemple chaque tonne de carbone contre 25 euros.

Pour tenter d'harmoniser les pratiques françaises, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, également présidente de la COP21, a créé début avril une commission nationale sur le prix du carbone, dirigée par Gérard Mestrallet, l'actuel président d'Engie.

Antonin Moriscot avec Sidonie Watrigant