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Les téléphones mobiles usagés, une vraie mine d'or mal exploitée

Les téléphones portables usagés sont une véritable mine d'or et un gisement d'emplois qui sont sous-exploités, déplore un rapport sénatorial.

Les téléphones portables usagés sont une véritable mine d'or et un gisement d'emplois qui sont sous-exploités, déplore un rapport sénatorial. - Rapport d'information de Mme Marie-Christine BLANDIN.

On ne collecte que 15% des téléphones mobiles vendus et 100 millions d'appareils dorment dans les tiroirs, déplore un rapport sénatorial. Or, ils sont une vraie "mine urbaine": une tonne de cartes électroniques issues de ces appareils peut contenir jusqu'à 1 kg d'or et 6 kg d'argent.

Les millions de téléphones mobiles usagés sont un gisement minier au sens propre et une réserve d'emplois, qui restent mal exploités en France. "La collecte des téléphones portables usagés reste largement insuffisante par rapport au gisement disponible: on ne collecte qu'environ 15% des téléphones portables mis sur le marché et on estime que 100 millions de téléphones dorment dans les tiroirs de nos concitoyens" explique la sénatrice Marie-Christine Blandin (Écologiste) dans un rapport qui vient d'être rendu public.

Cette collecte très limitée s'explique notamment par les "freins psychologiques au geste de tri chez le consommateur ou encore par l'absence de contrôle effectif du respect par les opérateurs de leurs obligations de reprise des téléphones usagés", selon ce document.

La carte électronique du mobile concentre les matériaux de valeur

Or, les portables sont en effet "une véritable mine urbaine", dont une meilleure exploitation et valorisation créerait à la fois de la valeur et des emplois. La carte électronique des téléphones portables concentre les matériaux de valeur. Une tonne de cartes électroniques peut comprendre de 200 grammes jusqu'à 1 kilogramme d'or et de 2 à 6 kilogrammes d'argent.

À elle seule, la concentration d'or dans les cartes des téléphones mobiles collectés témoigne de l'intérêt économique du recyclage des téléphones portables. "On évalue la concentration d'une très bonne mine à 5 grammes d'or par tonne de minerai, tandis qu'elle est en moyenne de 200 grammes d'or par tonne de cartes électroniques" souligne Marie-Christine Blandin.

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Pour tous les équipements électriques et électroniques (EEE), l'Ademe estime que sur 37.000 tonnes de cartes électroniques produites en France à l'état de déchets en 2012, "le traitement de seulement 10.000 tonnes a conduit à une perte de valeur de 124 millions d'euros pour l'or, faute de recyclage" déplore la sénatrice écologiste.

Cette perte pour l'économie nationale vient du fait que les téléphones usagés prennent aussi souvent le chemin de l'étranger, après avoir été rachetés par des "brokers". Résultat: l'essentiel de la valeur des déchets, concentrée dans les cartes électroniques, échappe à la filière française. Elle est récupérée par trois grands affineurs européens: Umicore en Belgique, Aurubis en Allemagne, Boliden en Suède.

Pourtant, "le recyclage des composants et matériaux issus des téléphones portables constitue, sous réserve d'une massification de la collecte des équipements usagés, une opportunité pour créer une filière française d'excellence" précise le rapport.

Cibler le traitement de métaux rares récupérés 

"Il semble plus opportun et pragmatique de concentrer les développements français sur certaines activités, comme le désassemblage, la production de concentrés et le traitement final ciblé sur certaines matières rares ou critiques" ajoute le document. Et de citer les métaux rares que sont le tantale et l'indium, "pour lesquelles les procédés de récupération dédiés n'existent pas et qui sont caractérisés par une disponibilité limitée, dans des conditions environnementales et sociales acceptables".

Parmi ses 26 propositions, le rapport suggère enfin de "définir les priorités d'une stratégie nationale de développement du recyclage des métaux pour guider le soutien public apporté aux projets de recherche et d'unités de traitement: identification des faiblesses de la filière, ciblage sur des métaux rares ou stratégiques, choix sur le degré de désassemblage et de neutralisation des substances dangereuses, inventaire des sites industriels reconvertibles"

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco