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Le lubrifiant, cet inconnu de l’efficacité énergétique

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"Serge Dal Farra est directeur marketing de Total Lubmarine. C’est avant tout un marin, ancien officier de la marine marchande qui connaît les navires marchands depuis la machine jusqu’à la passerelle. Entré il y a vingt-cinq ans dans l’entreprise, il sait combien le lubrifiant joue un rôle majeur dans la performance globale des navires, y compris dans la performance environnementale."

Le transport maritime, maillon essentiel du commerce international et de la mondialisation

Le transport maritime est le reflet de l’économie mondiale et mondialisée. 90% des échanges de biens dans le monde vont passer, à un moment ou un autre, par la voie maritime.

Les chiffres sont éloquents : en 2015, plus de dix milliards de tonnes de marchandises ont été transportées par la mer à bord de quelque 100.000 navires, dont 60.000 habilités pour la haute-mer.

Parmi quelques grands acteurs de ce marché : le danois AP Mœller-Mærsk, le suisse MSC (Mediterranean Shipping Company), le chinois COSCO (China Ocean Shipping Company) et, un fleuron français, la CMA CGM. Leur métier est d’acheminer tous types de marchandises par conteneurs, tankers ou vraquier et tous sont clients de Total Lubmarine, qui détient 16% de parts de marché des lubrifiants marins.

Et le marché du shipping se porte bien. Ces dernières années, la croissance annuelle avoisinait les 4%. Cette année elle est plus proche des 2,5%. Deux facteurs sont venus en modifier la physionomie.

Le premier c’est le prix du pétrole. Il y a quelques mois, face à des prix record du baril, les armateurs et les chargeurs ont dû rechercher la meilleure efficacité énergétique possible pour leurs unités. Ils ont donc modifié des éléments tels que la taille des hélices, la forme, la capacité des navires -toujours plus grands- et la propulsion. Aujourd’hui, les prix du pétrole sont très bas, mais les investissements réalisés restent pérennes et contribuent à une meilleure compétitivité du transport maritime.

Le deuxième c’est la réglementation environnementale qui vise à réduire toujours plus les émissions de gaz à effet de serre -CO2 (dioxyde de carbone) ou NO2 (protoxyde d’azote)- et les polluants -tels que SOx (oxydes de soufre) et NOx (oxydes d’azote)- rejetés par les moteurs marins, qui tournent aujourd’hui au fioul lourd.

Il faut cependant noter que le transport maritime reste celui qui rejette le moins de CO2 en comparaison avec ses équivalents aériens ou routiers. Il représente moins de 5% des émissions globales.

Ces évolutions sont autant de challenges pour Total Lubmarine.

Le lubrifiant est pluriel

«À bord d’un navire, le lubrifiant est un composant à part entière» affirme Serge Dal Farra, «Total Lubmarine lubrifie tout ce qui en a besoin. Particulièrement, les gigantesques moteurs deux-temps, dits “cathédrales”, qui peuvent développer jusqu’à 100.000 chevaux, mais aussi les équipements auxiliaires que sont les moteurs de production électrique, les compresseurs d’air, la climatisation ou les systèmes hydrauliques, etc.».

De fait, le rôle du lubrifiant est pluriel, y compris dans le moteur. Il permet de limiter l’usure due aux frottements entre les pièces métalliques, nettoie les dépôts de combustion, garantit l’étanchéité des systèmes, limite l’oxydation et neutralise les productions d’acides liées à la combustion.

«Ces dernières années, pour des raisons d’efficacité énergétique, beaucoup de nouveaux navires sont entrés en flottes. L’augmentation significative de leur taille, de celle des hélices et des pressions de combustion, implique plus d’efforts effectués et nous avons anticipé ces évolutions» précise Serge Dal Farra.

«Notre savoir-faire, c’est de réaliser le bon assemblage entre huiles de bases et additifs qui doivent concilier performance, coût, conformité règlementaire, stabilité et faisabilité industrielle. C’est tout le défi de la formulation !»

Enjeux et pressions sur l’activité du transport maritime

Serge Dal Farra dessine un paysage avec «trois grandes parties prenantes pour lesquels les intérêts sont convergents».

Les clients, qui sont soit des armateurs -les propriétaires des navires-, soit des ships-managers, c’est à dire des entreprises qui opèrent pour le compte armateurs.

Les motoristes, qui doivent répondre aux attentes des armateurs «et avec qui nous collaborons étroitement» précise Serge Dal Farra ;

Le législateur, au sens large, qui édicte un ensemble de règles nationales et internationales. «Le plus influent», indique Serge Dal Farra, «c’est l’IMO (International Maritime Organization). Cet ONU du shipping fixe les caps en matière de réglementation, avec de nombreuses implications sur les moteurs, les fiouls et donc sur les lubrifiants que nous devons concevoir dans ce contexte donné».

«Il faut également noter le récent Vessel General Permit américain. Il conditionne l’accès aux eaux américaines à de plus en plus d’utilisation de produits respectueux de l’environnement. Et tout navire de haute mer passera un jour ou l’autre par les eaux américaines».

Si on ajoute le cours élevé du pétrole il y a quelques mois et les enjeux environnementaux, l’efficacité énergétique est le dénominateur commun qui rassemble toutes ces parties prenantes et les fait collaborer pour repenser le design global des moteurs. «Des risques de conformité, de capacité à opérer, mais aussi d’image sont en jeux» rappelle Serge Dal Farra, «mais ce sont des acquis de long terme qui feront le futur de cette industrie».

Total Lubmarine, acteur de la Better Energy

Les deux atouts principaux de Total Lubmarine sont l’agilité et l’innovation. «Nous sommes une petite structure qui évolue dans un grand groupe» note Serge Dal Farra, «Nous avons tous les avantages d’un management court et ceux de la structure du Groupe Total, notamment en termes de moyens dédiés à la recherche et développement et à la supply-chain».

De quoi permettre à l’entreprise d’avoir été la première à mettre sur le marché une «single oil», une huile flexible, compatible avec différents types de fioul.

«Nous aidons nos clients à être Better Energy. Que ce soit indirectement, par efficacité moteur, ou directement, en conduisant des programme dits fuel-eco, des lubrifiants qui permettent de consommer moins de fioul. Les moteurs sont plus efficaces et le lubrifiant est l’accompagnant de cette efficacité» se félicite Serge Dal Farra. Mais qui note que «le lubrifiant est le grand inconnu au milieu des moteurs ou des carburants. Notre rôle est donc d’être plus pédagogues avec nos clients pour expliquer le rôle de celui-ci, dans un métier qui se complexifie».

Dans un marché qui, même s’il souffre de surcapacité en ce moment, connaît une croissance annuelle régulière, l’ambition de Total Lubmarine à moyen et long terme est de «continuer à bien travailler, à innover et satisfaire ses clients pour continuer à en faire un activité profitable et durable pour le Groupe» conclut Serge Dal Farra.

Serge Dal Farra, directeur marketing de Total Lubmarine.

Pour contribuer à la nécessaire efficacité énergétique des navires de fret, la formulation des lubrifiants marins doit relever le défi de combiner performance, coût, conformité règlementaire, stabilité et faisabilité industrielle.

Des huiles biodégradables

Pour être autorisé à entrer sans les eaux américaines, il faut se conformer aux règles du Vessel General Permit. Édicté par l’EPA (United States Environmental Protection Agency), il a été élargi aux lubrifiant il y a deux ans, avec l’obligation d’utiliser des produits biodégradables pour tout ce qui concerne le oil to sea interface (ndlr : contact avec la mer). Cela ne concerne pas à la propulsion mais les auxiliaires.

Peu d’acteurs étaient en mesure d’offrir une gamme complète. Ce fut donc une belle opportunité pour Total Lubmarine de faire connaitre sa gamme et de proposer à ses clients, les premiers mois qui ont précédé la réglementation, des bioesters non toxiques et dont la biodégradabilité en milieu marin est garantie supérieure à 60% en 28 jours.

Marché de niche ? Non car potentiellement tout navire, dont la durée de vie est de plus de 20 ans, peut aller au cours de sa carrière aux USA. Ce marché reste significatif dans le portefeuille produits.

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