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Le grand bazar des engagements environnementaux de l'hôtellerie

De nombreux organismes proposent aux hôtels de valider leurs engagements des hôteliers pour réduire leur consommation d'eau ou d'énergie, leur production de déchets ou l'utilisation de substances nocives. Une multiplication préjudiciable: aucun label n'est connue du grand public.

De nombreux organismes proposent aux hôtels de valider leurs engagements des hôteliers pour réduire leur consommation d'eau ou d'énergie, leur production de déchets ou l'utilisation de substances nocives. Une multiplication préjudiciable: aucun label n'est connue du grand public. - stokpic.com

La multiplication des labels, publics et privés, validant les efforts auxquels s'engagent certains établissements a un gros inconvénient: aucun d'entre eux n'a émergé. Du coup, les consommateurs ne savent plus à quel saint se vouer. Et le seul à récupérer la mise pourrait être TripAdvisor.

Quand un consommateur veut acheter des yaourts bio ou du café issu du commerce équitable, c’est assez simple: la marque indique sur l’emballage le label qui valide son engagement et le consommateur achète en confiance dans la mesure où il connaît ce label. Mais pour l’hôtellerie, c’est loin d’être le cas. Il existe certes une norme officielle et spécifique aux hébergements touristiques depuis 2002. Mais cette norme européenne, censée être utilisée et reconnue dans les 28 pays de l’Union, n’a jamais rencontré le succès escompté.

En France, moins de 200 établissements ont demandé et obtenu cette certification. Et parmi eux figurent beaucoup de campings et de petits hôtels indépendants. Pourtant, se faire certifier pour obtenir cet "écolabel" ne coûte pas une fortune. Un hôtel indépendant s’en sortira avec 2.000 euros pour l’audit, 600 euros de frais d’admission et un peu moins de 800 euros de redevance annuelle.

La démarche n’est pas non plus très compliquée. L’établissement doit s’engager à réduire sa consommation d'eau et d’énergie, sa production de déchets. Il doit aussi privilégier les sources d'énergie renouvelables et les substances moins nocives pour l'environnement. Enfin il doit inciter ses clients à faire un effort en faveur de l’environnement: éviter de prendre des douches interminables et ne pas changer serviette et draps tous les jours. Pas vraiment la mer à boire.

Un label européen que personne ne connaît

Le seul vrai problème de ce label, c’est son manque de notoriété. Le grand public ne le connaît pas. En cause, la multiplication des labels environnementaux. Un grand nombre d’organismes privés proposent des certifications avec leurs propres critères. Et les groupes hôteliers qui ont envie de mettre en avant leur engagement écologique en choisissent un en fonction de critères qui leur sont propres.

Mövenpick, par exemple, a opté pour un organisme britannique, Green Globe. Et, aujourd'hui, quasiment tous ses hôtels sont certifiés. Le groupe assure qu'à ce jour aucun de ses concurrents n'est allé aussi loin dans le processus de certification proposé par Green Globe. Mais qui connaît ce label?

Ibis a préféré la norme ISO 14001. Le processus de certification de ses hôtels a débuté en 2004. A ce jour, 420 établissements ont été certifiés. Un record pour le secteur hôtelier, selon le groupe AccorHôtels, qui gère cette marque. Mais la norme ISO 14001 est critiquée par les défenseurs de l’environnement car elle valide seulement le fait que l'entreprise s'engage à atteindre des objectifs qu'elle s’est elle-même fixée. Cette multiplication des labels n’a permis à aucun d’entre eux de s’imposer.

TripAdvisor s'appuie sur les clients internautes

Du coup, le seul qui parvient à sortir du lot est celui qu’a créé TripAdvisor. Son nom ? Eco Leaders. Le site le plus regardé dans le monde par les consommateurs de voyages en fait clairement la promotion. Les consommateurs peuvent consulter la liste complète des pratiques éco-responsables d'un établissement en cliquant sur l’icône Eco Leaders (Green Leaders dans la version anglophone du site), tant sur l’appli que sur le site web de TripAdvisor.

"Tous s'engagent à respecter l'environnement, à protéger la nature, notamment en pratiquant le recyclage, en cuisinant avec des produits locaux et bio ou en proposant des stations de recharge pour les voitures électriques" explique TripAdvisor aux internautes. Outre la visibilité qu’il offre aux hôteliers, ce label a un autre avantage majeur: son prix… L’établissement n'a plus besoin de faire valider ses engagements par des organismes certificateurs. Ce sont les consommateurs qui vont s’en charger. La gratuité pour s’imposer, on a pas encore trouvé mieux.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco