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La transition énergétique peut-elle être économiquement rentable?

Transition énergétique et rentabilité économique sont-elles compatibles?

Transition énergétique et rentabilité économique sont-elles compatibles? - -

Comment allier croissance et économies d’énergie? Les entreprises françaises peuvent-elles être rentables avec une énergie verte? Les experts se sont penchés sur ces problèmes à l’occasion de l’Université Total en partenariat avec BFM Business, ce lundi 25 novembre.

Peut-on être "vert" et rentable économiquement? Les avis sont encore largement partagés sur les conséquences positives ou non de la transition énergétique, comme le montrent les vifs débats de ce lundi 25 novembre. Mais tous les experts s’accordent sur un point: la transition énergétique doit être traitée à un niveau mondial.

Une transition aussi chère que la dette grecque

Le problème réside essentiellement dans le coût des énergies renouvelables et la fin du nucléaire. "Il me parait très ambitieux de gérer une économie dans laquelle on veut moins de carbone et moins d’atome", avance Emmanuel Lechypre, économiste et journaliste à BFM Business, avant de reconnaître que l’énergie nucléaire "n’est pas la panacée absolue".

En Allemagne, la sortie du nucléaire et la transition énergétique ont déjà creusé une dette de 400 milliards d’euros. "C’est supérieur à la dette de la Grèce!" explique Fernand Felzinger, président de l’IFIEC Europe et membre de l’UNIDEN, associations qui représentent les industries énergivores.

Pour Jan Horst Keppler, spécialiste de l’économie de l’énergie, "réduire la contribution du nucléaire à 50%, contre 75% aujourd’hui, avec des renouvelables aura forcément un surcout très important". Selon lui, "tout investissement, n’est pas rentable". Mais "il n’y a pas de que l’éolien et le solaire" rappelle Alain Grandjean, membre du comité stratégique de la fondation Nicolas Hulot.

Une société à deux vitesses?

Pour les ménages, le risque d’une société à deux vitesses est important. La transition énergétique va en effet impacter deux postes de dépenses: le transport et le logement. Or, pour les foyers plus modestes, ces dépenses pèsent lourdement dans leur budget, alors que leur part est plus faible chez les ménages aisés, qui sont pourtant les plus polluants, explique l’économiste.

Dans le bâtiment par exemple, les nouvelles normes environnementales alourdissent les coûts de construction "de 10% à 20%". Ce surcoût de l’efficacité énergétique rend l’accès à la propriété impossible pour près de 30% des Français, analyse Emmanuel Lechypre.

100 milliards d'investissements partis aux Etats-Unis

Pour les entreprises, le calcul est plus compliqué. "Peut-être que la transition énergétique va créer 12 millions d’emplois, mais combien cela va-t-il en détruire?" s’interroge Jan Horst Keppler.

Une énergie moins chère n’est pas non plus synonyme de compétitivité accrue. Ainsi, l’électricité coûte 20% plus cher en Allemagne qu’en France pour les industriels, mais ceux-ci restent compétitifs outre-Rhin car ils sont en grande partie exonérés des taxes écologiques.

Un avis que partage Fernand Felzinger: "le problème n’est pas tant le coût de l’électricité que les surcoûts, et les taxes" qui pèsent sur les sociétés. Selon l’industriel, plus de 100 milliards de dollars d’investissements dans le secteur de la chimie se sont déplacés de l’Europe vers les USA ces deux dernières années.

Besoin de coopération mondiale

Enfin, pour préserver la compétitivité, la transition énergétique doit définitivement être considérée au niveau mondial, explique Robert Durdilly, président de l’Union française de l’électricité. Un point de vue sur lequel tous les experts sont d’accord: "la transition énergétique, cela ne peut fonctionner que si tout le monde s’y met", martèle Emmanuel Lechypre.

Selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie, les deux tiers des besoins en énergie viendront des pays émergents, tandis que la France représente moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais l’échec de la conférence climatique de Varsovie ce week-end montre à quel point un accord mondial sur le sujet est encore loin...

A.D.