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La Chine, le Kazakhstan et le Japon entrent en force chez Areva

Ils injecteront un peu plus d’un milliard d’euros et détiendront 33% du géant de l’atome. Ils pourront même choisir des administrateurs au conseil.

Inimaginable il y a encore un an, l’entrée des chinois, des japonais et des kazakhs chez Areva se précise. Ces derniers jours, le schéma de l’augmentation de capital de 5 milliards d’euros s’est cristallisé. Selon plusieurs sources proches du groupe, le chinois CNNC, le japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI) et Kazatomprom injecteront chacun environ 400 millions d’euros dans le géant du nucléaire. Et recevront, en contrepartie, 11% du capital aux côtés de l’État français qui en conservera 67%. Les pouvoirs publics financeront le solde, soit un peu moins de 4 milliards d’euros.

Le président d’Areva, Philippe Varin, aura l’occasion d’évoquer cette augmentation de capital mercredi matin lors de son audition devant les députés. Notamment son calendrier alors que les offres fermes des trois investisseurs sont attendues d’ici une semaine pour présenter un plan ficelé à la Commission européenne début décembre. Le gouvernement a indiqué mardi à Reuters que "les discussions continuaient avec l'objectif de conclure d'ici deux à trois semaines". Bruxelles devrait ensuite autoriser le sauvetage d’Areva d’ici les fêtes de Noël. L’État doit enfin l’officialiser avant fin janvier, date butoir du prêt relais de 1,1 milliard d’euros accordé in extremis par les banques françaises en février dernier. Faute de quoi, Areva sera en dépôt de bilan.

Concessions sur la gouvernance

Après six mois de négociations, l’Agence des participations de l’État (APE) a dû ménager les rivalités entre chinois et japonais pour trouver un équilibre à deux, puis à trois après l’arrivée des kazakhs. Une concurrence qu’elle a su mettre à profit pour récupérer le montant inespéré d’un milliard d’euros. Mais Bercy a toutefois dû faire des concessions sur la gouvernance d’Areva.

Au départ, les pouvoirs publics étaient farouchement opposés à l’entrée des investisseurs au conseil d’administration. Ils ont trouvé un compromis, plutôt à la faveur des chinois, japonais et kazakhs. Selon nos informations, ceux-ci ne disposeront pas de représentants directs mais pourront proposer chacun un administrateur indépendant. Nul doute que ces faux-nez leur permettront de disposer de suffisamment d’informations et d’influence pour peser dans les décisions stratégiques. À côté d’un autre administrateur "vraiment indépendant" et de deux administrateurs salariés, l’État disposera finalement de moins des deux tiers des sièges au conseil, soit moins que sa participation au capital. En parallèle, un comité consultatif sera aussi créé pour recueillir les voix du trio d’investisseurs étrangers. "Ils auront un poids important dans la gouvernance, reconnaît une source proche du gouvernement. Ils ne voulaient pas que tous les organes de direction soient dans les mains de l’État".

Sortie de la Bourse

En parallèle, Areva mène avec ses futurs partenaires des discussions pour signer des accords commerciaux. Notamment avec Kazatomprom pour sceller l’accès à leurs gisements d’uranium. De son côté, l’État planche aussi sur un rachat des parts des actionnaires minoritaires actuels qui pèsent environ 13% du capital. Au premier rang desquels le Koweit (4,82%), EDF (2,24%), les salariés (1,23%), Total (0,95%) et les 4% d’actions cotées. Une opération qui conduira à un retrait de la Bourse, cinq ans après y être entré, et coûtera une centaine de millions d’euros.

Matthieu Pechberty