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L'ingénierie écologique: un atout pour les entreprises

Depuis plus de 20 ans Biotope propose son expertise écologique aux entreprises: aménager des territoires peut s'avérer aussi très intéressant économiquement.

Depuis plus de 20 ans Biotope propose son expertise écologique aux entreprises: aménager des territoires peut s'avérer aussi très intéressant économiquement. - Biotope

La Fête de la Nature se déroule jusqu'au 24 mai. Durant 5 jours, 5000 animations dans toute la France pour mettre en avant la biodiversité. Les entreprises s'impliquent de plus en plus dans la préservation de la nature. Le pionnier dans le domaine de l'ingénierie écologique, c'est Biotope.

Quand Biotope a commencé son activité en 1992, peu d'entreprises s'intéressaient à la biodiversité. La loi de 1976 relative à la protection de la nature avait pourtant fixé les grandes règles. La France a été précurseur en la matière, il faut le rappeler. Mais les compétences n'étaient pas toujours au rendez-vous.

Biotope s'est donc imposée progressivement comme un leader de l'ingénierie écologique. Ce sont désormais 250 personnes qui travaillent dans cette entreprise totalement indépendante.

Son président Frédéric Melki est très fier de le dire. Selon lui "l'environnement doit participer à la conception d'un projet". C'est la clé aussi pour travailler plus efficacement et par voie de conséquence faire des économies. C'est ainsi que ses ingénieurs accompagnent les grands projets d'aménagement en France. L'objectif est simple sur le papier: limiter les impacts environnementaux, lutter contre l'emprise d'un chantier, rétablir des continuités écologiques ou encore mettre en place des suivis.

Une réglementation plus contraignante

Les exemples ne manquent pas en la matière. Sur le chantier de construction de la LGV Montpellier Perpignan, l'impact sur les outardes a été mesurée. Une thèse a même été rédigée sur ces oiseaux habitués des steppes qui apprécient les espaces assez dégagés.

Biotope agit aussi dans les aéroports où il a mis au point des radars un peu spéciaux. Destinés à la marine, ils ont été adaptés de façon à suivre les oiseaux. Les canards se déplacent régulièrement entre le lieu où ils se nourrissent et celui où ils dorment. Si le risque de collision devient trop important, pourquoi ne pas réaménager un étang de façon à maintenir cette population bien utile à la nature en évitant de dépenses des moyens supplémentaires pour les effrayer.

La réglementation fait évoluer les mentalités. Depuis 1976, de nombreuses lois plus contraignantes ont été votées: la loi sur l'eau, Natura 2000, la loi Littoral et bientôt le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité.

Frédéric Melki espère que l'agence française pour la biodiversité qui doit voir le jour dans le cadre de la loi en 2016 sera un grand maître d'ouvrage. Dotée d'une enveloppe de 226 millions d'euros, cette agence s'appuiera sur les 1.200 agents et sur les moyens de quatre structures existantes : l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema), l'Atelier technique des espaces naturels, l'Agence des aires marines protégées et l'établissement des Parcs nationaux de France.

Préserver les écosystèmes

Frédéric Melki espère que les enjeux seront bien compris. Il ne peut que constater le ralentissement de l'activité de Biotope en France depuis deux ans. Si depuis 10 ans, il affiche une croissance annuelle, c'est grâce à l'export. Parmi ses nouveaux marchés: la Chine. La demande est forte dans ce pays touché par la pollution.

Biotope travaille là-bas à très grande échelle: 300.000 hectares de milieux naturels dégradés à restaurer en Mandchourie, la plus grande zone de roseaux au monde. Fréderic Melki insiste sur la nécessité de préserver les écosystèmes.

L'idée est d'ailleurs mise en avant dans la nouvelle loi. Et de citer cet exemple aux États-Unis: toute une population de chauves-souris avait été dévastée il y a quelques années par une épidémie provoquée par un champignon, Geomyces destructans. Les insectes ont proliféré. Résultat: des récoltes moins bonnes et un recours massif aux pesticides. Les conséquences financières ont été très lourdes : le coût a été évalué à au moins 4 milliards de dollars par an.

Et si l'on tient compte des effets induits dont l'épuration de l'eau, le montant peut s'élever à 40 milliards de dollars. Pour Frédéric Melki, "il faut protéger un fonctionnement qui bénéficie aussi à l'homme au plan économique."

Nathalie Croisé