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L’État soutient la patronne d’Engie

Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie

Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie - ERIC PIERMONT / AFP

Après les bons résultats 2016, Bercy a manifesté à Isabelle Kocher sa confiance. Pour mettre fin aux rumeurs de dissensions avec le président Gérard Mestrallet.

Le vent tourne chez Engie. Après deux années de remous, la gouvernance du groupe d’énergie se stabilise. Les résultats annuels 2016, présentés fin février dernier, ont signé la fin d’une période de doute. Malgré 400 millions d’euros de perte, les marchés ont salué l’entame d’un ambitieux virage stratégique et propulsant le cours de Bourse d’Engie à +8% le jour de l’annonce. Depuis, le cours a progressé de près de 20% bien qu’il soit encore bas. Les critiques à l’encontre de la patronne Isabelle Kocher se sont calmées. Et les bruits sur des dissensions avec le président Gérard Mestrallet se sont tus.

Depuis un mois, les soutiens à la patronne Isabelle Kocher se sont multipliés. Dernier en date, de taille, celui de l’État-actionnaire à 29%, jusqu’ici silencieux. Lors de la publication des résultats 2016, il a accordé à la directrice générale du groupe sa confiance. "L’État soutient pleinement Isabelle Kocher, confirme-t-on à Bercy. Le plan de transformation d’Engie demande de la patience car il prendra plusieurs années". Les résultats 2016 ont même été "au-delà des espérances" du ministère de l’Économie qui s’interrogeait sur la mise en œuvre de la stratégie du groupe.

Le doute est levé

Les plus hauts dirigeants d’Engie serrent aussi les rangs autour de leur patronne. "Le conseil d’administration est complètement derrière Isabelle Kocher qui délivre sa stratégie", explique un administrateur du groupe. Avant de reconnaître dans un aveu lourd de sens : "Il y avait des interrogations sur sa capacité à dérouler son plan mais maintenant ce doute est levé". Désormais, tous semblent faire bloc derrière la patronne d’Engie.

Des soutiens massifs qui interviennent après plusieurs mois de rumeurs de dissensions entre la directrice générale et son président, Gérard Mestrallet qui l’avait pourtant adoubé fin 2014. Malgré les démentis du groupe, un événement a marqué les esprits et cristallisé ces tensions. Début janvier, Isabelle Kocher évince son adjointe Sandra Lagumina, une figure de GRDF, un bastion de l’ancien GDF Suez. Un mois plus tard, début février, Gérard Mestrallet organise, en son nom, son pot de départ en réunissant le tout-Paris du monde de l’énergie. "Il a voulu en faire un événement de politique interne pour marquer son désaccord avec Isabelle Kocher sur l’éviction de Sandra Lagumina", décrypte un cadre du groupe.

La séparation des pouvoirs continuera

Gérard Mestrallet ne s’est pas non plus privé de manifester son désaccord en plein conseil d’administration mi-janvier. Mais pour la première fois, celui qui dirige le groupe depuis 25 ans s’est heurté à l’opposition du conseil, pourtant façonné à sa main. La présidente du comité de gouvernance, Françoise Malrieu, est intervenue pour défendre Isabelle Kocher, soulignant que la décision de se séparer de Sandra Lagumina relevait de la directrice générale et non du président. Preuve que l’ancien PDG n’est plus le seul maître à bord. Bercy s’agace aussi de ce "président qui continue à avoir des réflexes de PDG" et se mêle de toutes les affaires d’Engie.

Pourtant, le ministère de l’Économie songe déjà à revoir la gouvernance programmée pour 2018. Isabelle Kocher devait devenir PDG mais l’État privilégie une dissociation des fonctions de président et de directrice générale. "Dans les grands groupes internationaux ce n’est pas un luxe d’avoir deux personnalités pour tout gérer, explique-t-on à Bercy. Il ne s’agit pas de l’affaiblir". La seule femme patronne du CAC40 devrait encore cohabiter avec un président après 2018. "Contrairement à ce que tout le monde pense, Isabelle Kocher à toujours milité pour une séparation des pouvoirs, explique un de ses proches. Cela ne lui pose aucun problème". Les investisseurs institutionnels sont, aussi, favorables à cette séparation des pouvoirs. Reste à savoir qui remplacera Gérard Mestrallet à la présidence d’Engie l’an prochain.

Précision: après publication de notre article, le président du conseil d'administration d'Engie, Gérard Mestrallet, et Françoise Malrieu, présidente du comité de gouvernance, ont tenu à faire une mise au point sur l'intervention de cette dernière:

"Cette affirmation est totalement fausse. Le départ de Sandra Lagumina a été mentionné lors du conseil d’administration du 25 janvier 2017, par Isabelle Kocher, parmi d’autres mouvements du comité exécutif, sans débat, s’agissant d’une décision relevant des attributions du directeur général. Par ailleurs, lors du Conseil d’Administration du 1er mars 2017, les administrateurs ont unanimement exprimé leur satisfaction sur le fonctionnement du conseil dans le cadre de la nouvelle gouvernance dissociée."

Matthieu Pechberty