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L’énergie, booster de développement

L'accès à l'énergie conditionne le développement économique, sanitaire, culturel, social. C'est un des enjeux majeurs du millénaire.

L'accès à l'énergie conditionne le développement économique, sanitaire, culturel, social. C'est un des enjeux majeurs du millénaire. - Pixabay

Dans le monde, une personne sur cinq n’a pas accès à une énergie fiable, sûre et régulière. On pourrait se contenter de le regretter si les conséquences n’étaient pas aussi nombreuses et graves. Au moment où climat, migrations et objectifs de développement font l’actualité, il y a urgence à trouver et mettre en œuvre des solutions viables, réplicables et efficaces.

En 2015, près de 1,3 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité -principalement en Afrique- tandis que 2,7 milliards utilisent encore la biomasse de manière traditionnelle pour cuisiner. Cette situation pèse lourdement sur la santé et le bien-être au quotidien pour les franges les plus pauvres et les plus vulnérables.

Chaque année, 4,3 millions d’êtres humains* meurent prématurément du fait de la pollution liée à l’utilisation de la biomasse dans les foyers, c’est à dire les fumées intérieures. Une mortalité très comparable à celle de fléaux plus connus tels que tuberculose, SIDA ou malaria.

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Il faut noter aussi que le temps passé à collecter cette biomasse, -le bois principalement-, est dévolu principalement aux femmes et aux enfants. Ce qui limite d’autant leur participation à d’autres activités productives -et rémunératrices-, ainsi que la scolarisation des enfants. Approvisionnement qui, dans des environnements peu sûrs, s’accompagne de risques de violence, criminalité et traumatismes divers.

Le constat est similaire pour ceux qui utilisent des lampes au kérosène pour s’éclairer. D’autres impacts sanitaires, -brûlures, traumatismes ou empoisonnement par ingestion de combustible-, sont également observés. Le manque d’éclairage constituant également un frein à d’autres possibilités en matière de santé et de développement, notamment l’étude ou l’artisanat, qui nécessitent un éclairage suffisant, dans des pays où la nuit tombe vite.

Pour terminer ce tableau rapide et peu reluisant du manque d’accès à l’énergie, il faut ajouter les particules de suie et le méthane, émis par les foyers de cuisson inefficaces, qui sont de puissants polluants contribuant au dérèglement climatique.

Conséquence, l’Indice de Développement Humain mesuré par l’UNDP, fait une corrélation directe entre l’index de développement énergétique (EDI), c’est à dire le nombre de kilowatts consommés par an et par habitant et l’indice de développement (HDI).

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- © IEA

(Source)

Conséquences sanitaires, sociales, culturelles, économiques, comme une société qui serait en panne…

Mais aussi de stabilité géopolitique

L’accès à une énergie fiable, sûre et régulière est donc le premier levier de développement humain. Ce même développement qui permet aux populations de se développer, s’épanouir et se fixer sur leurs territoires originels.

Mais tous les développements ne sont pas égaux en vitesse. Ainsi, Jean-Louis Borloo note dans son édito en ligne sur le site de sa fondation Énergies pour l’Afrique que "L’avenir de l’Afrique est aujourd’hui le facteur déterminant et l’évènement le plus important pour l’avenir de l’Europe et du monde, en termes de stabilité, de démographie, d’immigration massive non contrôlée ou de relais de croissance. Si le continent africain connaît une croissance de plus de 5% par an, ce chiffre moyen est trompeur car cette croissance n’est pas équitablement répartie. Celle-ci est en effet chaotique, car 65% des Africains n’ont pas accès à l’électricité. L’électricité est le facteur fondamental de toute croissance, de tout équilibre du territoire. À l’exception d’une faible partie de l’Asie du Sud-Est, de l’Inde, l’accès à l’électricité est universel sauf en Afrique. C’est la grande caractéristique aujourd’hui de ce continent".

Rien que ça ? Serait-on tentés de dire. Mais l’analyse est juste. Et l’Afrique est aujourd’hui le continent vers lequel tous les regards se tournent. Que ce soit pour des raisons économiques -relais de croissance-, écologiques -c’est la deuxième forêt mondiale-, ou intérieures aux États -immigration non contrôlée-, chacun trouve un intérêt à un développement plus harmonieux de ce continent. Développement qui passe par un accès à l’énergie ambitieux. "Un plan Marshall pour l’accès universel à l’électricité" comme le nomme l’ancien Ministre.

Les pays développés ne sont pas épargnés

S’intéresser à l’Afrique, à l’Asie du Sud-Est ou à l’Amérique Latine ne doit pas détourner le regard des problèmes intérieurs aux nations développées. Car, dans des pays où l’accès à l’énergie est assuré, la précarité est un problème de plus en plus préoccupant. Certains foyers pauvres se voient contraints de restreindre leur consommation d’énergie, qu’elle soit de réseau -gaz ou électricité-, ou de mobilité -les carburants. Les conséquences de cette précarité sont, elles aussi, multiples: isolement, appauvrissement, dégradation du lien social, risques sanitaires et impossibilité d’accéder à un emploi par manque de mobilité. Un cercle vicieux à l’échelle d’une famille ou d’une personne.

Et les chiffres sont éloquents. Aux États-Unis on estime à 40 millions le nombre de citoyens ayant des problèmes d’accès à l’électricité. En Europe, les travaux de l'EPEE** de 2009 estiment qu'entre 50 et 125 millions d’européens confrontés à la précarité énergétique. Et, en France, selon les dernières évaluations de l’ANAH***, au moins 3.400.000 ménages (13%) sont aujourd’hui en précarité énergétique avec un taux d’effort énergétique supérieur à 10%. Il s’agit de ménages défavorisés ou modestes, souvent monoparentaux, que la dernière étude de l‘INSEE "Un nouveau regard sur la pauvreté et les inégalités en France" situe à 77% dans les 230 grandes aires urbaines de métropole, dont 65% dans les grands pôles urbains et 20% dans l’aire urbaine de Paris.

En cause, selon la dernière étude L’Observatoire National de la Précarité Énergétique (ONPE): la stagnation du pouvoir d’achat des ménages, l’alourdissement des charges liées au logement et l’habitat et à la mobilité domicile-travail, le coût important des travaux de rénovation susceptibles d’améliorer suffisamment l’efficacité énergétique des logements, avec un retour rapide sur investissement et l’étalement périurbain qui accroît la dépendance des ménages à la voiture individuelle pour les déplacements domicile-travail.

Des initiatives de tous bords avec le climat en ligne de mire

D’après les estimations de l’Agence Internationale de l’Énergie, près de 50 milliards de dollars par an seraient nécessaires afin d’atteindre un accès universel à l’énergie moderne d’ici 2030. Contre moins de 10 milliards investis chaque année actuellement.

L’innovation joue un rôle clé pour développer l’accès à l’énergie: grâce à des solutions décentralisées dans le solaire et l’hydraulique notamment, des progrès importants peuvent être effectués.

Cependant, beaucoup reste à faire. Les défis liés à l’accès à l’énergie dépendent de plusieurs facteurs qui divergent par pays: géographie, densité de la population, état des infrastructures de réseaux de transmission et de distribution d’électricité, politiques de financement, etc. Dans les régions fortement peuplées, étendre les connexions au réseau principal d’électricité est souvent plus économique, mais cette option coûte souvent trop cher pour les populations les plus isolées vivant en milieu rural en Asie ou en Afrique subsaharienne.

Afin d'atteindre l’accès universel à l’énergie moderne, toutes les sources et formes d'investissement ont leur rôle à jouer, reflétant les divers risques et les rendements des différentes solutions. Le financement pour l'accès à l'énergie devrait tirer parti de toutes les sources et instruments disponibles adaptés aux populations les plus pauvres: partenariats public-privé, prêts concessionnels, micro-crédit, etc. Les organismes étatiques doivent adopter une gouvernance forte et des cadres réglementaires afin de favoriser l’investissement. Les institutions multilatérales et bilatérales ont également leur rôle à jouer afin d’impliquer le secteur privé et d’encourager la multiplication de modèles économiques qui ont fait preuve de succès et de rentabilité. Le financement de l'aide au développement, quant à lui, doit se concentrer dans les régions les plus reculées où les investissements ne sont pour l’instant pas rentables.

Au final, réalisme, clarté et dialogue permettront aux parties prenantes, y compris les communautés locales, d’évaluer clairement les meilleures options pour élargir l'accès à l’énergie. Les programmes des donateurs doivent être gérés de manière efficace tant pour assurer que les bénéficiaires soient pleinement impliqués dès le départ que pour garantir la longévité et la pérennité des projets.

Et comme si les choses n’étaient pas assez simples, ce formidable chantier se déroule dans un contexte de «décarbonation complète de l’économie mondiale au cours de ce siècle» comme l’annonçait la chancelière allemande Angela Merkel à l’issue du sommet du G7 du 7 et 8 juin derniers. En rappelant deux objectifs précis: une réduction des émissions de CO2 de l’ordre de 40 à 70% et la transformation du secteur de l’énergie d’ici 2050.

Sans doute, la COP21 de décembre prochain intégrera-t-elle ces nouvelles -et très ambitieuses- exigences, sans en faire un problème de riche…

* 34% accidents vasculaires cérébraux; 26% cardiopathies ischémiques; 22% broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO), 12% pneumonie; et 6% cancer du poumon. Source Organisation Mondiale de la Santé.

** European Fuel Poverty and Energy Efficiency

*** Agence nationale de l’Habitat

Découvrez la réponse TOTAL

L'Accès à l'Energie pour tous : un programme phare pour Total

Après 7 années d’expérience dans le domaine du Développement Durable, Jean-Marc Fontaine est aujourd’hui Directeur Social Business et Sociétal. Il nous présente le programme Accès à l’Energie, lancé par Total pour répondre à la demande des plus démunis.

Yves Cappelaire