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Jean-Pierre Clamadieu pressenti pour remplacer Isabelle Kocher à la tête d'Engie

La directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, et le président, Jean-Pierre Clamadieu.

La directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, et le président, Jean-Pierre Clamadieu. - ERIC PIERMONT / AFP

Le conseil d’administration qui se tient ce mercredi ne se prononcera pas sur l’avenir de la directrice générale d’Engie, dont l’issue ne fait guère de doute. Le président Jean-Pierre Clamadieu pourrait devenir PDG par intérim dans un mois. Les grandes décisions stratégiques sur les réseaux de gaz et le nucléaire en Belgique avancent en parallèle.

La page est presque tournée chez Engie. Le groupe décidera dans un mois de ne pas renouveler le mandat de sa directrice générale, Isabelle Kocher. Rien ne sera acté lors du conseil d’administration qui se tient ce mercredi. Pourtant, l’issue ne fait guère de doute comme BFM Business l'a révélé le mois dernier. "Personne ne s’oppose à son départ" nuance un proche du groupe. Le conseil d’administration souhaite changer de patron. Dans le détail, c’est en tout cas la position de ses quatre piliers que sont son président, Jean-Pierre Clamadieu, la présidente du comité des nominations Françoise Malrieu, et les deux "poids lourds" Ross McInnes et Fabrice Brégier. Seul l’Etat actionnaire à 24% peut s’y opposer. Mais là aussi, silence radio… "L’Elysée laisse faire", note cette source. "C’est une manière d’approuver".

"Qui ne dit mot consent" semble aussi le credo de Bercy. "Tout le monde est contre elle" ajoute une source proche du gouvernement. "Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire demande simplement à ce qu’Isabelle Kocher termine son mandat" explique un proche de Bercy.

Plusieurs dirigeants sur la sellette

Tout devrait se jouer le mercredi 26 février, la veille de la présentation des comptes du groupe. "A moins qu’un conseil extraordinaire ne soit convoqué une semaine avant pour ne pas agir sous la pression", note un proche du conseil. Selon plusieurs sources, Engie lancera ensuite un processus de recrutement du futur directeur général. Une recherche qui prendra plusieurs mois… et qui nécessitera la nomination d’un directeur général pour faire la transition. Selon nos informations, c’est Jean-Pierre Clamadieu lui-même, le président d’Engie, qui doit devenir PDG par intérim. Sa nomination ne fera qu’alimenter les critiques de ses détracteurs qui ont toujours cru à son ambition personnelle de prendre tous les pouvoirs à la tête d’Engie. Et de pousser Isabelle Kocher vers la sortie pour y parvenir. "Il n’a vraiment pas envie de redevenir opérationnel" promet l’un de ses amis. Contacté, l’intéressé n’a pas souhaité nous répondre.

Ces quelques mois lui permettront d’asseoir son empreinte sur un groupe qu’il préside depuis moins de deux ans. Des changements importants sont attendus. D’abord sur la gouvernance. En devenant PDG par intérim, Jean-Pierre Clamadieu enverra un signal fort en interne qu’aucun haut-dirigeant n’a l’envergure pour devenir directeur général. La faiblesse du comité exécutif est d’ailleurs l’un des arguments brandis par le conseil d’Engie pour justifier le départ d’Isabelle Kocher. "Beaucoup de départs vont suivre" prévient un bon connaisseur d’Engie. Seraient notamment ciblés le DRH, Pierre Deheunynck, très proche d’Isabelle Kocher, Yves Le Gélard le responsable du digital, lui aussi proche de la directrice générale du groupe. La directrice financière, Judith Hartmann, est depuis plusieurs mois dans le viseur du conseil à cause de la mauvaise communication financière d’Engie et sa mauvaise perception par les marchés.

Renflouer le nucléaire belge

Sur la stratégie, des grandes lignes seront esquissés lors de la présentation des comptes, dans un mois. D’abord sur l’avancement du nucléaire en Belgique, La grosse épine du groupe. Fin décembre, les provisions pour l’arrêt et le démantèlement des sept centrales d’Engie ont été revues à la hausse par les autorités belges de 11,5 à 14 milliards d’euros. Le groupe doit préciser le versement de 6 milliards d’euros pour cette enveloppe d’ici 2025.

Devrait ensuite venir l’ouverture du capital des réseaux gaziers de GRT Gaz, GRDF, Elengy et Storengy, voulue par la loi Pacte. L’opération prend du temps car Engie doit régler pour son réseau de distribution GRDF un impact fiscal de 2 milliards d’euros. Le groupe souhaite aussi regrouper ses deux filiales Storengy (stockage) et GRT Gaz pour ensuite faciliter une ouverture à des investisseurs. Deux chantiers clés sur lesquels le conseil d’administration veut avancer vite.

Reste l’arlésienne de la participation de 32,1% d'Engie dans Suez, selon les dernières données disponibles. La directrice générale d’Engie a tenté chaque année depuis 2016 de monter au capital du spécialiste de l’environnement, en vain. "Si elle part, il est au moins certain que ce scénario ne verra pas le jour" décrypte un proche de Suez. Selon plusieurs sources, le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu a une vision diamétralement opposée puisqu’il souhaite à terme s’en désengager. L’évolution de la gouvernance de Suez en est d’ailleurs l’illustration. Un nouveau président, extérieur au deux groupes, sera nommé dans un mois. Certains lui prête aussi la volonté, à terme, de fusionner Suez avec son rival Veolia. Une fois qu’Engie aura récupéré les activités de services à l’énergie de Suez. Cela passerait aussi par une vente des métiers de déchets. Un long chemin qui nécessitera de trouver un solide patron.