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Jean-Bernard Lévy : « tout est organisé pour qu’EDF perde des clients ! »

Le patron d’EDF était invité, ce jeudi, sur le plateau de 12H, l’heure H, notamment pour évoquer la concurrence « qui se contente d’attendre que nous leur fournissions une électricité à prix bas. »

« Maintenant, ça suffit ! » Sans perdre son flegme, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a de nouveau tapé du poing sur la table pour protester contre la régulation du nucléaire, qui dessert son entreprise. « Depuis des années, EDF n’est pas heureux de la régulation du nucléaire qui a été mise en place, il y a 10 ans et qui nous semble aujourd’hui dépassée » explique-t-il sur le plateau de 12H, l’heure H, en rappelant que cette régulation avait été « mise en place à un moment où EDF avait tout le marché des particuliers. »

Il s’agissait alors de « contraindre EDF à vendre à un prix bas de l’électricité à ses concurrents pour qu’ils puissent prendre des parts de marché » souligne-t-il. « C’est fait ! Ils nous ont pris des parts de marché ! Chaque mois, nous perdons des clients parce que tout est organisé pour que nous perdions des clients. Maintenant, nous disons, ‘ça suffit !’ »

Et de marteler : « toute la charge des investissements pèse sur EDF et nos concurrents se contentent d’attendre (…) L’année dernière, on a perdu environ un million de clients mais on en a regagné 300 000 qui sont partis puis finalement revenus. » Une situation qui semble avoir fait réfléchir le Premier ministre qui entend définir une nouvelle régulation du prix de l'électricité à l’échelle européenne.

Pas de démantèlement d’EDF

Jean-Bernard Lévy est aussi revenu sur le plan « Hercule » qui permettra la réorganisation du groupe EDF. « Il s’agit de donner à EDF les meilleures perspectives possibles pour continuer dans les décennies qui viennent à jouer son rôle pour avoir une électricité compétitive et génératrice d’emploi. » En clair, l’exécutif cherche à séparer le domaine nucléaire, qui resterait totalement contrôlé par l’Etat, de celui des énergies renouvelables, qui pourrait être coté. Faut-il y un voir un démantèlement d’EDF ? « Le président de de la République a rappelé qu'EDF restera un groupe intégré donc il ne s’agit en rien d’un démantèlement, il s’agit d’organiser différemment EDF pour jouer un rôle majeur dans la transition énergétique, tout en continuant à mener nos missions de service public » souligne Jean-Bernard Lévy.

C’est donc plutôt une holding, avec deux entités, qui semble tenir la corde. « Nous ne serions pas la première entreprise dans laquelle une société en contrôle majoritairement une autre et utilise le bilan de la société fille pour faire lever des actifs » glisse le patron d’EDF, qui rappelle néanmoins qu’il existe « plusieurs scénarios » et qu’il dispose encore de 6 mois pour transmettre ses recommandations à l’Etat.

Justement, comment a-t-il perçu le discours teinté d’écologie d’Edouard Philippe ? « Je crois avoir entendu dans le discours du Premier ministre la volonté de concilier le développement économique et industriel, et donner une vision de l’écologie moderne » indique Jean-Bernard Lévy. « EDF est très à l’aise avec cela. D’abord parce que c’est l’actionnaire qui s’exprime et aussi parce que c’est ce que nous cherchons à faire à travers ‘Cap 2030’ que j’ai lancé à mon arrivée, il y a un peu plus de 4 ans. »