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Engie lorgne Energias de Portugal

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- - Christophe Simon - AFP

Des contacts ont été pris entre les directions des deux groupes. Mais rien ne sera décidé avant l’arrivée du nouveau président Jean-Pierre Clamadieu. Spécialiste des énergies renouvelables, EDP, vaut plus de 11 milliards d’euros.

Engie repart à l’offensive. Après deux années de cessions, le groupe se relance dans une chasse aux acquisitions, comme l’avait annoncé sa patronne Isabelle Kocher il y a un mois. Selon plusieurs sources proches du groupe, Engie étudie depuis quelques semaines le rachat de la société portugaise EDP. Energias de Portugal, l’équivalent portugais d'EDF est spécialisé dans les énergies renouvelables avec des implantations importantes aux Etats-Unis et au Brésil.

Des contacts préliminaires auraient été pris entre les deux groupes. La directrice générale Isabelle Kocher aurait rencontré le patron d’EDP, Antonio Mexia, ce que l'entreprise portugaise dément. "Il y a eu des contacts à haut niveau, explique une source, chacun se renifle". Le projet d’acquisition a été étudié de près par la direction financière d’Engie. Mais aucune décision ne sera prise avant la prise de fonction du nouveau président, Jean-Pierre Clamadieu, le 18 mai prochain.

Les Chinois en embuscade

Le patron d’EDP semble être à la recherche de partenaire industriel pour contrer les appétits de son premier actionnaire. Il craint que le chinois Three Gorges, qui détient 21%, ne prenne le contrôle du groupe. Le gouvernement portugais souhaiterait aussi éviter un rachat par les Chinois. Du coup, le dossier circule auprès de plusieurs industriels européens. L’italien Enel serait aussi intéressé par ce rachat de cette entreprise valorisée à plus de 11 milliards d’euros.

Chez Engie, la direction financière a pointé les obstacles du projet. D’abord la présence de l’actionnaire chinois, difficile à gérer. Mais aussi la forte présence d’EDF au Brésil. Le groupe français y est déjà très implanté. Selon une source interne, le conseil d’administration a déjà demandé à la direction de ne plus lancer de nouveau projets dans ce pays, jugé instable.

Projet déjà étudié à deux reprises

Engie connaît bien ce groupe portugais. Son rachat avait déjà été étudié à deux reprises par le passé. D’abord en 2007, les discussions avaient tourné court. Puis en 2013 quand l’Etat portugais, en pleine crise financière, avait vendu ses parts. Engie et l’allemand E.On s’étaient fait doubler par le chinois Three Gorges.

Quoi qu’il arrive, cette étude illustre la réelle volonté d’Engie de réaliser une opération d’envergure dans les mois à venir. La directrice générale Isabelle Kocher devra s’accorder avec son nouveau président, Jean-Pierre Clamadieu. Mais aussi avec l’Etat, encore actionnaire à 24%. La dernière grande acquisition, le rachat d’International Power en 2011, a été totalement dépréciée à zéro au bilan. Au total, le groupe a passé plus de 22 milliards d’euros de provisions en trois ans. "L’Elysée surveille Engie de près" explique un proche des pouvoirs publics.

Matthieu Pechberty