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Electricité: le réseau mis sous forte tension

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- - BORIS HORVAT / AFP

Les réseaux électriques français et européens ont été fortement mis sous tension ce jeudi soir.

«La fréquence du système électrique français et européen est passée très en dessous de 50 Hz», soit la fréquence de référence lorsque le réseau électrique est équilibré. Une baisse qui aurait pu entraîner «des coupures importantes voire un black out» a indiqué la Commission de régulation de l'énergie dans un communiqué. 

Explications: une forte baisse de la fréquence s'explique lorsque la demande devient largement supérieure à la capacité de production du réseau électrique. Jeudi soir, l'équilibre entre l'offre et la demande était assuré pour la France, mais le problème se situait au niveau européen. «Le levier actionné a permis de sécuriser le réseau européen», explique RTE. Le pire a donc été évité.

Pour cela, RTE a fait appel aux consommateurs industriels, leur demandant de réduire instantanément leur consommation d'électricité de plus de 1500 MW pour faire remonter la fréquence. Une réaction qui a permis d'assurer la sécurité du réseau électrique et ainsi éviter tout risque de coupure en France et en Europe.

La cause de l'incident n'a pas été identifiée. RTE travaille avec ses partenaires européens afin de connaitre les raisons de cette baisse de fréquence. Une situation qui met en évidence l'interdépendance des pays européens. La consommation d'un pays pouvant avoir des conséquences sur celles des autres en terme d'approvisionnement. Mais l'objectif de cette politique énergétique européenne, c'est justement, à la base, d'assurer la sécurité de l'approvisionnement, mais aussi de maintenir la compétitivité des prix de l'énergie et de lutter contre le changement climatique.

Mi-novembre, RTE avait prévenu, estimant que la sécurité d'approvisionnement en électricité de la France devrait être assurée pour l'hiver mais anticipait toutefois une période de «vigilance» en janvier et février. Le groupe avait par ailleurs rappelé que, si besoin, notamment si les températures devenaient extrêmement froides ou que des moyens de production s'arrêtaient de manière fortuite, il était possible de faire appel à des mesures exceptionnelles.

Ces mesures vont de la baisse de tension sur le réseau à l'appel à des gestes citoyens d'économie d'énergie, en passant par le recours à la réduction de consommation de gros consommateurs industriels sélectionnés par appel d'offres, mesure appliquée lors de l'incident survenu cette semaine. Enfin, en dernier recours, des coupures de courant localisées et tournantes peuvent être organisées.

Incertitude sur l'avenir de la centrale à charbon de Cordemais

Pour éviter tout problème d'approvisionnement, le gouvernement anticipe, quitte à froisser les écologistes. Ainsi le ministre de la Transition écologique, François de Rugy rappelle que si le gouvernement s'est bien engagé à fermer toutes les centrales à charbon d'ici 2022, le calendrier dépendra de la nécessité d'assurer la sécurité d'approvisionnement. En clair, la centrale à charbon de Cordemais en Loire-Atlantique pourrait bien fonctionner au-delà de 2022 pour garantir l'approvisionnement de la Bretagne.

D'autant plus que les autres sources tardent à arriver. Des incertitudes entourent les dates de mise en service du réacteur EPR de Flamanville dans la Manche, ainsi que de la centrale à gaz à Landivisiau dans le Finistère. Deux sites censés couvrir les besoins électriques de l'ouest de la France après 2020. Dans la Manche, le démarrage du réacteur, initialement prévu en 2012, a finalement été repoussé en 2020. Dans le Finistère, la centrale à gaz devait être mise en service en 2016. La première pierre n'a toujours pas été posée.

A Cordemais, EDF teste un dispositif de cocombustion à base de biomasse, avec pour objectif de parvenir à un ratio de 80% de biomasse et 20% de charbon à l'hiver 2022-2023, avant d'atteindre le 100% biomasse à horizon 2025-2027, selon Gwenael Plagne, délégué syndical CGT d'EDF. Un essai a été validé en août.

Qualifiant ce projet «d'intéressant», les ministres estiment que l'utilisation de biomasse «pour un nombre d'heures limité aux besoins du réseau, pourrait le cas échéant s'accompagner d'une fraction de charbon, dans des proportions ne dépassant pas toutefois 20% des volumes totaux».

La possibilité de poursuivre l'activité sur le site de Cordemais au-delà de 2022 n'est donc qu'une hypothèse à ce stade. La décision définitive dépendra notamment d'une analyse que RTE doit remettre au ministère dans les prochaines semaines.

Concernant la centrale de Fessenheim qui doit fermer définitivement ses deux réacteurs nucléaires à l'été 2020, il n'y a pas d'inquiétude à avoir selon RTE sur la production d'électricité. En 2017, la centrale alsacienne n’a fourni que 1% de la production totale d’électricité en France. C’est bien moins que l’énergie solaire produite dans l’hexagone.

En Belgique, l'arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires en 2018 a eu de sérieuses conséquences sur les importations d'électricité. À tel point que le pays n'a jamais été aussi dépendant de l'étranger pour son électricité: 22% d'importation en 2018, contre 8% en 2017.

La paralysie de plusieurs réacteurs est la cause principale de ces achats mais pas seulement: les prix sont moins élevés à l'étranger, il est donc plus intéressant pour les fournisseurs de se fournir ailleurs.

Sandrine Serais