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Cultiver des micro-algues sur vos façades

Le projet Symbio 2 lancé par  X-TU Architects vise à cultiver des micro-algues sur les façades des immeubles.

Le projet Symbio 2 lancé par X-TU Architects vise à cultiver des micro-algues sur les façades des immeubles. - X-TU

En 2030, ce sont 5 milliards d'êtres humains qui vivront en ville. Dans certains endroits d'Asie, les zones urbaines ont largement supplanté les cultures. Pourquoi ne pas rendre la ville productive et finalement consommatrice sous une autre forme ?

Imaginez un immeuble en plein cœur de Paris. Énergies, émissions de CO2, il consomme beaucoup. Changez totalement sa façade. A l'intérieur, mettez en place tout une série de photobioréacteurs contenant des micro algues. Des serres verticales font ainsi leur apparition qui permettront de cultiver à grande échelle ces plantes aqueuses si utiles à notre nature. C'est le miracle de la photosynthèse en plein béton. Ces "biofaçades" ne sont pas un rêve mais le projet lancé par un consortium très fier d'avoir "obtenu le soutien de l État et de la ville de Paris". Son nom: Symbio 2. Ce projet global représente de près de 5 millions d'euros dont 1,7 millions de subventions.

Des surfaces agricoles à moindre frais

C'est une femme Anouk Legendre, co-fondatrice du cabinet X-TU Architects qui a donné l'impulsion. Elle réfléchit activement depuis des années au bâtiment de demain. Quand on sait que 50 % des façades sont inutilisées, on comprend le potentiel. Déjà en 2007, un premier brevet a été déposé autour de ce concept. Trois tests de faisabilité ont été réalisés dont deux à La Défense sur le même principe: une culture dans des tubes ronds. Une rencontre avec le GEPEA, laboratoire de Recherche en micro algues a changé la donne. Pourquoi ne pas développer sur un plan à l'image des capteurs solaires? Trois acteurs ont rejoint le consortium Séché Environnement très concerné par la revalorisation des déchets , AlgoSource Technologies qui fait de la production et le cabinet OASIIS. Le projet est sur les rails avec un premier pilote à St Nazaire. La centrale de valorisation des déchets ménagers Alcéa à Nantes Métropole permet aussi de faire progresser le projet. Mais pourquoi des micro-algues sur un bâtiment? Les vertus de ces plantes sont bien connues. Santé, cosmétique, alimentation, elles peuvent remplacer la filière pétrochimique. Elles sont riches en protéines et très bénéfiques.15 000 à 20 000 tonnes sont produites dans le monde. Le marché se développe mais cette extension a un coût souvent très lourd. Les "biofaçades" deviennent des surfaces agricoles à moindre frais. Elles minimisent les besoins énergétiques. Comme les humains, les micro-algues ont besoin d une ambiance tempérée et le bâtiment est idéal.

Des villes toutes vertes ?

Le projet en est aux balbutiements. Il faut voir comment optimiser le concept,des ajustements seront nécessaires. La force de Symbio 2, selon ses concepteurs, est de laisser un espace entre les cultures et le bâtiment afin de limiter la consommation énergétique. Dans un premier temps, ces bâtiments de troisième génération produiront de la biomasse et contribueront à la passivité énergétique. L'étape suivante est déjà envisagée: la production d'énergie. Mais il est nécessaire de mettre en place une réalisation à grande échelle afin de limiter là encore les coûts. Sur une tour de 15 000 à 20 000 m², le principe est plus qu'envisageable. Pour les logements individuels, pourquoi ne pas travailler à l'échelle d'un quartier. ? C'est l'idée du "quartier Chimie verte" . Les bâtiments pourraient communiquer entre eux et échanger de l'énergie. N'allez pas pour autant imaginer que la ville va se teinter de vert. Les micro-algues prennent toutes les couleurs de la nature. Quand on les stresse un peu, elles virent au rouge. Les architectes ne manquent pas non plus d'idée: et si l'on plaçait un filtre bleu ? La première "biofaçade" pourrait voir prochainement, nous n'avons donc pas fini de découvrir les bienfaits de la nature. Et de la consommer autrement...

Nathalie Croisé