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Cinq idées reçues sur environnement et consommation

En matière de consommation dite "responsable", les idées reçues méritent quelques nuances.

En matière de consommation dite "responsable", les idées reçues méritent quelques nuances. - Daderot

En matière de consommation, beaucoup de "vérités" sont régulièrement assenées auprès de l’opinion publique sans être un minimum questionnées. Voici une sélection d'entre elles, généralement bien ancrées, et qui pourtant, méritent quelques nuances. Et vous, qu’auriez-vous répondu ?…

1. Un produit qui vient d’un pays lointain a systématiquement un plus fort impact carbone que celui qui est produit localement

Faux

Cela fait partie des arguments qui reviennent en boucle: consommer local permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et les "locavores" seraient la future et incontournable forme de consommateurs de demain.

Pourtant la réalité est plus complexe. Avant de jeter l’opprobre sur la mangue du Pérou ou l’agneau de Nouvelle-Zélande, il faut considérer les impacts d’un produit de façon plus globale. D’après Caline Jacono, Directrice de l’Association Bilan Carbone, "la composition réelle d’un produit, c’est 80% d’intrants (ndlr : tout ce qui permet de faire grandir un agneau ou pousser un mangue) d’origines différentes. Or, ces apports extérieurs ne sont pas toujours comptabilisés dans les mesures carbone d’un produit". S’arrêter donc à la seule notion de transport du produit, c’est réduire le périmètre de mesure de façon exagérée, surtout quand le transport est mutualisé et bénéficie d’économies d’échelle.

Ainsi, une tomate du sud de la France, vendue à Rungis, qui a grandi au soleil, peut avoir moins d’impact carbone que son équivalent poussé en Ile de France sous des serres chauffées.

Pour consommer en toute connaissance de cause, l’affichage environnemental semble être la solution la plus efficace. C’est à dire une indication précise du "coût environnemental" des produits. C’était un des enjeux du Grenelle de l’Environnement qui est toujours en expérimentation. La question sous-jacente étant ce qu’il faut indiquer et ce que le consommateur non-spécialiste peut comprendre.

Enfin, n’oublions pas que c’est souvent en fin de boucle, chez le consommateur, qu’un pic carbone se produit, quand il s’agit de cuire ou chauffer !

Le véhicule électrique en ville. La solution ?
Le véhicule électrique en ville. La solution ? © Pixabay

2. Le véhicule électrique est la meilleure solution à la pollution des villes

Faux… et vrai

La pollution des villes est un sujet plus que préoccupant au point que l’OMS a classé l’air des villes cancérigène. Environ 80% des décès prématurés liés à la pollution de l’air extérieur résultent de cardiopathies ischémiques et d’accidents vasculaires

Mais l’étude de l’ONG pointe un ensemble de polluants qui ne sont pas seulement issus de la circulation automobile. Il existe bien d’autres sources d’émissions de polluants ou de particules: industrie, chauffage, agriculture et même habitudes de cuisson, en ce qui concerne l’air intérieur.

Selon Air Parif, en Île-de-France, "l'industrie rejette un tiers des particules fines émises dans la région, toutes activités confondues. Les activités domestiques, entreprises, commerces, artisanat, en particulier le chauffage (dont le chauffage au bois) produisent un quart de ces particules rejetées dans l'air francilien. Idem pour le trafic routier".

Ne se focaliser que sur la circulation revient donc à ne chercher à résoudre qu’un quart du problème.

De plus, remplacer le parc de véhicules thermiques par leurs équivalents électriques, entrainerait une forte demande de production électrique dans les villes sous forme de pics. Ce que le réseau ne peut à l’heure actuelle satisfaire. Cette solution, de long terme, devrait donc s’accompagner d’une démarche de production locale intelligente et décarbonée, autrement appelée smart-grids.

Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi au plus près de la source de pollution, en ville, au bord des axes de circulation, que les dangers sont les plus forts, notamment pour les personnes les plus sensibles. Les villes de demain doivent donc relever le défi de la circulation urbaine via un ensemble de solutions, parmi lesquelles : transports en commun, libre-service partagé, transports doux et véhicules personnels non polluants… dont le véhicule électrique.

La cuisine rassemble un équipement électroménager qui pèse sur la facture énergétique du foyer
La cuisine rassemble un équipement électroménager qui pèse sur la facture énergétique du foyer © Gnangarra

3. Dans une cuisine, c’est le poste "chaud" le plus énergivore

Faux

Les appareils électroménagers qui produisent du chaud (fours électriques ou micro-ondes, plaques de cuisson) le font en général de façon rapide et sur une courte période. C’est la raison pour laquelle ils sont généralement puissants et consomment de l’énergie à un instant t.

Mais paradoxalement, ce sont les appareils qui produisent du froid qui représentent la plus grosse consommation d’énergie dans la cuisine. Réfrigérateurs et congélateurs sont responsable de 23,3% de la consommation électrique d’une famille moyenne (2700 kWh/an hors chauffage et eau chaude*).

C’est parce qu’ils sont en marche 24 heures sur 24 que leur impact est si grand.

En moyenne, un réfrigérateur consomme 450 kWh/an*, un congélateur 550 kWh/an* quand un four en consomme la moitié mois.

Il est donc important, d’une part, de s’équiper d’appareils sobres, les catégories A et au-dessus et, d’autre part, de régler la température qui, à conservation égale, consomme le moins : 4°C pour le réfrigérateur et -18°C pour le congélateur.

Un degré supplémentaire demandera 10% d’énergie en plus.

* chiffres ADEME

La France va-t-elle se couvrir d'éoliennes ?
La France va-t-elle se couvrir d'éoliennes ? © Pixabay

4. La transition énergétique, ça n’est que de l’écologie !

Faux

S’il est vrai que le projet politique a été porté par les écologistes, et que sa dénomination exacte, "projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte", utilise une sémantique plutôt orientée, les applications de cette volonté politique sont bien plus vastes et dépassent les seuls enjeux environnementaux.

Pour rappel, les grands axes de cette loi sont les suivants : 

1. Réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030 et diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050 (facteur 4). 

2. Réduire notre consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à la référence 2012 en visant un objectif intermédiaire de 20% en 2030.

3. Réduire notre consommation énergétique primaire d’énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à la référence 2012.

4. Porter la part des énergies renouvelables à 23% de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32% de la consommation finale brute d’énergie en 2030.

5. Porter la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% à l’horizon 2025.

6. Créer un objectif de performance énergétique de l’ensemble du parc de logements à 2050 

7. Lutter contre la précarité énergétique

8. Affirmer un droit à l’accès de tous à l’énergie sans coût excessif au regard des ressources des ménages.

D’un point de vue économique, développer les énergies renouvelables sur le territoire national, c’est être moins dépendant des importations d’hydrocarbures, gaz et pétrole, ou d’uranium.

La facture énergétique de la France, qui a reculé de 4,6% par rapport au record de 2012, atteignait malgré tout près de 66 milliards d’euros en 2013. Si la note pétrolière et charbonnière a diminué, la gazière a, quant à elle, augmenté pour la troisième année consécutive, du fait de la seule hausse des prix. (source: Bilan énergétique de la France pour 2013. Ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de L'Énergie)

Réduire de 30% cette facture (point 3), c’est alléger d’une vingtaine de milliards notre balance du commerce extérieur, dont le déficit en 2013 se montait à 61,2 milliards, quasiment le montant de nos importations énergétiques. 

20 milliards qui peuvent profiter à l’économie française et qui peuvent être réinjectés dans des projets de production d’énergies renouvelables ou de smart-grids à l’échelle nationale ou territoriale. Projets souvent portés par des PME et start-up qui ont des besoins de financement et de partenariat auprès de grands groupes énergéticiens.

Corollaire de ce potentiel développement économique, l’emploi pourrait bénéficier de l'essor de ces nouvelles entreprises spécialisées. Emploi local, car l’avenir de l’énergie passera d'abord par les territoires qui ont tous des configurations, des besoins et des spécificités différents. Les exemples du Pacte Électrique Breton ou de territoires comme la Martinique ou la Guadeloupe -et quelques autres-, prouvent que la compétence territoriale peut fonctionner efficacement.

Enfin c’est un véritable pari technologique qui se joue avec la conversion d’un modèle énergétique "basique" et gourmand vers un modèle "intelligent": mieux produire et mieux consommer. C’est donc via l’innovation que va se jouer la réussite de cette transition, donc par la formation, le savoir-faire des entreprises et, sans doute, un nouveau modèle de collaboration créative à inventer entre les grands énergéticiens nationaux et ces mondes plus agiles et plus réactifs. De grands groupe tels que GDF Suez, Air Liquide et quelques autres ont déjà initié des programmes de soutien et de collaboration avec des viviers de start-up. L’avenir proche devrait confirmer cette tendance.

La transition énergétique n’est donc pas une vision environnementale de la production et de la consommation d’énergie, mais bien un cap global dans lequel les projets pourront se dérouler de manière pérenne et les gouvernances territoriales s’affirmer. 

C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter !

Les gaz à effet de serre sont responsables du dérèglement climatique
Les gaz à effet de serre sont responsables du dérèglement climatique © Pixabay

5. Le CO2 est le principal gaz à effet de serre

Faux… et vrai

Il existe cinq principaux gaz à effet de serre (GES) : 

la vapeur d'eau (H2O) ;

le dioxyde de carbone (CO2) ;

le méthane (CH4) ;

le protoxyde d'azote (N2O) ;

  • l'ozone (O3).
  • Auxquels on ajoute quatre gaz industriels, appelés hydrocarbures halogénés :
  • les hydrochlorofluorocarbures, (HCFC) ;
  • les chlorofluorocarbures (CFC) ;
  • le tétrafluorométhane (CF4) ;

l'hexafluorure de soufre (SF6).

Le principal GES, c’est l’eau sous sa forme gazeuse: la vapeur. Il est responsable de l’effet de serre, dont il faut rappeler qu’il est nécessaire au développement de la vie sur Terre, à hauteur de 72%. Mais la caractéristique de la vapeur c’est qu’elle ne se fixe pas, car elle devient précipitation (pluie, neige,…). Sa durée de séjour dans l’atmosphère est d’environ deux semaines.

  • Il en est tout autre du tristement célèbre CO2. Ce gaz n’est pas un polluant et est présent naturellement dans l’atmosphère avec une durée de vie d’environ cent ans. S’il est désigné aujourd’hui comme responsable de l’amplification de l’effet de serre qui conduirait à un dérèglement climatique, c’est parce que l’activité humaine, industrie, transport, agriculture, habitat, est responsable de sa surconcentration dans l’atmosphère. 
  • C’est le GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat), qui tire régulièrement la sonnette d’alarme au vu des mesures effectuées depuis 1988, qui est en charge de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles ainsi que les stratégies de parade. 
  • Son dernier rapport, très alarmiste, est paru en octobre dernier.
Yves Cappelaire