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Ces investisseurs, de plus en plus nombreux, qui disent non à la stratégie climat de TotalEnergies

Ils sont une dizaine à avoir publiquement annoncé qu’ils voteront contre la stratégie climat de TotalEnergies lors de l’AG de ce mercredi 25 mai. Un groupe minoritaire qui ne devrait pas changer l’issue du vote, mais qui pourrait donner des idées à d’autres fonds, bien moins anecdotiques.

Le mouvement a pris de l’ampleur depuis l’an dernier et pourrait cette année faire tanguer l'Assemblée Générale de TotalEnergies. Alors que l'AG du groupe pétrolier français se tient dans un contexte perturbé ce mercredi 25 mai, plusieurs actionnaires ont décidé de dénoncer sa stratégie climat.

Parmi eux OFI AM, détenue par Macif et Matmut, et Meeschaert Amilton AM, qui avaient déjà voté contre cette stratégie l'année dernière. Aujourd'hui, les deux investisseurs renouvellent leur vote.

Encore trop d'investissements dans l'exploration

"L’enjeu pour nous, c’est d’avoir des engagements qui permettent de mesurer l’alignement avec un scénario 1,5 degré, et ça c’est encore manquant", rappelle Aurélie Baudhuin, directrice de la recherche ISR de Meeschaert Amilton AM, contactée par BFM Business.

"Beaucoup d’investissements sont encore réalisés dans l’exploration, or les explorations actuelles amènent à une durée de vie d’exploitation du gisement de 30 à 40 ans", ajoute-t-elle. Des investissements en exploration déconseillés par l’Agence Internationale de l’Energie.

Surprise: ils sont rejoints par des grands noms de la gestion d’actifs. Le néerlandais MN, Edmond de Rothschild Asset Management, La Financière de l’Echiquier, Mandarine Gestion, Sycomore AM s’apprêtent eux aussi à sanctionner TotalEnergies lors de l’AG. Dernières en date à avoir annoncé publiquement leur vote négatif: plusieurs filiales du Crédit Mutuel.

Des filiales du Crédit Mutuel parmi les frondeurs

Depuis trois ans, le Crédit Mutuel affiche régulièrement ses réserves sur la politique climat du groupe. En 2020, l’entreprise avait fait partie du collectif qui avait déjà déposé une résolution climat à l’approche de l’AG de TotalEnergies. L’année dernière, elle s’était abstenue. Comme 12% des actionnaires, selon une source de BFM Business.

Cette année, Crédit Mutuel "attend des efforts plus importants sur l’exploration" qui ne respecte "pas l’Accord de Paris", d’après la directrice RSE du Crédit Mutuel, Carole Le Moaligou, contactée par BFM Business.

Si "le Crédit Mutuel salue les efforts réalisés par TotalEnergies ces trois dernières années", il attend une accélération plus forte du géant pétrolier qui "en a les moyens". Une position partagée par Meeschaert AM qui ne veut pas qualifier son vote de "sanction".

La tension monte depuis plusieurs semaines

Depuis plusieurs semaines déjà, la pression était montée d’un cran. Courant avril, deux résolutions sur le climat avaient été déposées par plusieurs de ces actionnaires mécontents de la politique climat du groupe. Des résolutions à chaque fois déboutées par TotalEnergies. Face aux différentes annonces des actionnaires, le géant français ne tremble pas. Un porte-parole du groupe rappelle que ces fonds ne "représentent que 0,33%" du capital.

A côté de ces actionnaires, la société d’analyse financière et de conseil Proxinvest a donné la même indication à ses clients: "Nous recommandons un vote défavorable afin d’encourager le conseil d’administration à poursuivre ses efforts et à répondre aux attentes".

De plus en plus d’acteurs se positionnent clairement, alors que d’autres actionnaires réfléchissent toujours. Un fond influent nous confie que le vote d’aujourd’hui provoquait encore des discussions en interne à la veille de l’AG. Adopter une position de prudence ou attaquer publiquement le géant pétrolier français? Une seule chose est certaine: après avoir voté positivement l’année dernière pour saluer l’initiative du "Say on Climate", de plus en plus d’investisseurs s’interrogent.

L’an dernier, la résolution climatique avait ainsi été votée à près de 92%. Une claque pour les quelques actionnaires qui avaient tenté de monter une rébellion contre le projet du géant pétrolier, soutenus par des entreprises, dont Reclaim Finance, qui s’opposent régulièrement aux projets d’énergies fossiles.

Margaux Fodere