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Ce "double discours politique" que Greenpeace continue à dénoncer 

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- - Frédérick Florin - AFP

Invité de Business Durable sur BFM Business, le directeur de Greenpeace France, Jean-François Julliard explique le positionnement de l'organisation qu'il dirige vis-à-vis de la Conférence de Paris sur le climat, qui s’ouvrira dans moins de 50 jours à Paris.
>> Comment vous positionnez-vous, en tant qu’ONG, face à la COP21 ?

Jean-François Julliard : "Nous, ce qu’on dit chez Greenpeace, c’est qu’il ne faut surtout pas croire que la COP21 va être la baguette magique qui va nous sauver du dérèglement climatique. La COP21 n’est pas un point d’arrivée, c’est un point de passage important, déterminant, mais qui n’est qu’une étape vers une vraie transition énergétique."

>> Qu'attendez vous de l'accord qui va être conclu lors de ce sommet ?

J.-F. J. : "On attend moins de l’accord qui va sortir de cette COP21 que de ce que vont faire réellement, dans leurs pays, les dirigeants politiques qui vont venir à Paris. Si on a de beaux engagements pendant la COP21 et que rien ne se passe dans les pays, on aura tout perdu." 

>> Les ONG ne devraient-elles pas être à la table des négociations et parler avec les politiques ?

J.-F. J : "On parle avec les politiques et avec les entreprises. Ce qui compte pour Greenpeace, ce sont les politiques menées par les pays. L'accord n'est pas essentiel. En tout cas, il n'est pas suffisant. On ne pourra pas dire à Paris, à la fin de la COP21 : "c'est fini, on a réussi à sauver la planète du dérèglement climatique". Non. Absolument pas. Il faudra ensuite aller voir ce qu'il se passe concrètement dans tous les pays du monde, voir si les engagements pris par les uns, les autres sont respectés."

>> Est-ce que pour vous, finalement, la COP21 ne sert pas à rien ?

J.-F. J: Non, ce ne sont pas nos propos. Mais, elle n'est pas suffisante !

>> Votre organisation, Greenpeace, joue-t-elle encore un rôle de lanceur d'alerte aujourd'hui ? 

J.-F. J. : "Bien sûr ! On reste ce Greenpeace lanceur d'alerte, ce Greenpeace contre-pouvoir. On ne va surtout pas croire ou en tout cas prendre pour argent comptant les engagements ni des gouvernements, ni des entreprises. On a vu ce qui s'est passé avec Volkswagen, Greenpeace a été l'une des premières organisations à pointer du doigt la face obscure de Volkswagen et cette affaire-là, malheureusement, nous donne raison. On ne doit jamais prendre pour argent comptant les engagements de qui que ce soit. On va donc essayer de vérifier autant que possible les engagements qui seront pris par les uns, les autres."

>> Est-ce que vous pourriez quitter le rapport de force ?

J.-F. J. : "Non, car le rapport de force reste pour nous essentiel. Greenpeace est dans le rapport de force car cela nous permet de faire avancer les choses. On n'est pas dans le rapport de force pour être dans le rapport de force mais parce que ça nous permet de garder notre indépendance et de venir à un moment donné pointer du doigt - en toute indépendance - ce qui ne fonctionne pas. Notre combat est de rappeler sans cesse qu'il y a des solutions aujourd'hui qui existent, qu'on en connaît de plus en plus. Et puis, chez Greenpeace, on ne supporte pas quelque chose qui s'appelle l'hypocrisie."

>> Quelle hypocrisie dénoncez-vous ? 

J.-F. J : Quand on voit que beaucoup de dirigeants politiques continuent de monter aux tribunes des Nations-Unies, de dire "il faut sauver la planète, on doit prendre tel ou tel engagement" alors qu'à l'échelle de la planète, il y a encore deux fois plus de subventions publiques dans les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz), que dans les renouvelables, c'est cela la vraie hypocrisie. Pour nous, on ne peut pas dire "la COP21 c'est essentiel" et continuer à mettre autant d'argent dans des énergies qui sont responsables de ce dérèglement climatique. On est là pour continuer à dénoncer ce double discours politique. 

"Business Durable" est le magazine des entreprises qui prennent soin de la planète. Une émission présentée par Sidonie Watrigant sur BFM Business chaque samedi à 22 heures et le dimanche à 12 heures. 

Antonin Moriscot avec Sidonie Watrigant