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Babyloan et Total : la micro-finance au service de l’accès à l’énergie

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Babyloan et Total se sont associés pour développer la toute première plateforme de financement participatif de microcrédit spécialisée dans l’accès à l’énergie. Ce partenariat doit permettre au grand public de financer des projets dédiés à cette thématique et développer l’accès au micro-crédit pour les petits entrepreneurs de ce secteur. Regards et ambitions croisés entre Arnaud Poissonnier, le fondateur de Babyloan, et Philippe Cabus, responsable de l’activité « Accès à l’Energie ».

Total et Babyloan, ce sont a priori deux univers très éloignés, comment s’est fait la rencontre ?

Arnaud Poissonnier : C’est la rencontre d’une ambition commune à Total et Babyloan : celle de vouloir prendre des initiatives dans le financement participatif des énergies renouvelables. Lors du forum Convergences, qui se tenait il y a deux ans à Paris, les équipes de Total ont fait la connaissance de Babyloan, qui exposait. Notre histoire commune a commencé !

Philippe Cabus: La discussion avec Babyloan s’est engagée de manière naturelle. Nous voulions compléter le portfolio de projets de micro-finance appliqués à l’énergie et Babyloan était très intéressé. Je salue ici l’ouverture d’Arnaud, qui a très vite « accroché » pour travailler sur un projet commun.

Sur quels bénéfices mutuels vous êtes vous retrouvés ?

A.P. : Il y en a plusieurs. D’abord, travailler avec Total, c’est intégrer beaucoup de méthode et de professionnalisme, notamment dans la gestion de projet, qui est très structurée.

Ce partenariat nous permet également de rendre concret un projet qui nous tenait à cœur : le financement des énergies renouvelables et l’accès à énergie. Il nous manquait les ressources pour développer cette ambition et, dorénavant, nous les avons.

Il existe aussi une vraie complémentarité terrain. Babyloan doit recruter et auditer des IMF et, dans certains pays, les équipes de Total nous apportent leur soutien.

Enfin, en matière de communication, les moyens du Groupe, dédiés à ce projet emblématique, le premier au monde, sont très utiles.

Instituts de micro-finance

P.C : Pour ce qui n’est pas notre cœur de métier, mais où nous voulons aller, nous devons trouver les bons partenaires, par exemple des start-ups et des entrepreneurs sociaux. La relation Total et Babyloan se nourrit de nos expertises mutuelles. C’est une manière différente d’aborder l’innovation.

L’énergie et la micro-finance. Quel est l’état des lieux aujourd’hui ?

A.P. : Le monde de la micro-finance s’est très peu positionné sur le financement des énergies renouvelables locales et l’accès à l’énergie. Il est donc difficile de trouver des acteurs et des partenaires qui répondent à nos critères, très exigeants, de fiabilité et de sécurité. Mais cela commence à fonctionner. Nous avons déjà trois IMF référencés et autant vont les rejoindre sous peu. Nous souhaitons en réunir rapidement une dizaine.

P.C : L’accès à l’énergie est un marché qui ne demande qu’à décoller. L’offre de solutions solaires de Total n’a été lancée qu’en 2010 et son succès est dû principalement aux meilleures performances techniques des produits. Aujourd’hui, le financement apparaît comme un facteur-clé pour passer à une plus grande échelle. D’autant plus que les projets liés à l’énergie sont ceux qui plaisent le plus et génèrent le plus d’adhésion du côté des prêteurs.

Babyloan, c’est du prêt d’argent désintéressé. Quels sont les avantages et les limites du modèle ?

A.P. : Ce concept représente une innovation incroyable, presqu’une révolution dans le monde de la philanthropie. Auparavant, les donateurs se tournaient vers une cause portée par une ONG. Le jour où Kiva a imaginé le prêt solidaire pour le micro-crédit, une autre façon d’aider a été inventée : prêter pour une cause bien déterminée, le micro entrepreneur. Un marché a été créé.

Mais j’y vois deux limites. La première, c’est que tout nouveau concept demande une « évangélisation » du marché. Il y a besoin d’un gros travail de marketing et cela prend du temps et des moyens. A fortiori quand Babyloan n’a pas ou peu de budget marketing…

La deuxième, c’est la difficulté d’identifier des projets dans les meilleures conditions de sécurité financière et de pérennité. C’est pour ça que notre enjeu est de bien sélectionner les IMF.

P.C : Je ne dirais pas que cette activité est désintéressée. Les prêteurs vont faire vivre leur argent par le développement économique. Certes, ce prêt n’est pas rémunéré, mais il ne s’agit pas de don. L’argent circule et est réinvesti, créant de l’activité et du développement. Le prêteur est un acteur du changement.

Le micro-crédit a montré certaines limites, comment vous en prémunir ?

A.P. : Au début du micro-crédit, inventé par Muhammad Yunus, les médias ont présenté celui-ci comme un remède révolutionnaire à la pauvreté. Il y a quatre ou cinq ans, on s’est aperçu que les choses n’étaient pas si simple et des scandales, liés au surendettement notamment, sont apparus. Oui, il y a eu des excès et des erreurs, mais ils restent marginaux et, globalement, ce monde reste sain. Chez Babyloan, nos process sont éprouvés et permettent d’être vigilants sur ce point.

P.C : Il n’y a pas de système parfait ou miraculeux. Babyloan a su développer et mettre en pratique des règles précises de qualification des IMF. Notamment sur des critères financiers et de bonnes pratiques en matière d’impact social. L’audit qu’ils mènent est une démarche longue, sérieuse et validée par un comité d’experts externes. Nous faisons confiance à ce savoir-faire et à cette expertise.

Quelles sont les ambitions que vous nourrissez avec la plateforme Babyloan / Total ? Et à quel terme ?

A.P. : Babyloan est le leader européen et le numéro deux au niveau mondial. C’est-à-dire un véritable acteur global du micro-crédit. Notre croissance passe par un certain nombre de projets dont celui avec Total.

Sur ce projet, nous devons montrer que nous sommes capables d’être un acteur contributif du secteur de l’énergie, en arrivant à financer deux mille projets.

Enfin, nous espérons que ce sera une occasion de recruter de nouveaux prêteurs.

P.C. : Être présent d’ici deux ans sur une dizaine de pays pour financer au moins deux mille micro-entrepreneurs est notre ambition. Mais cela doit se faire avec une création de valeur sur l’ensemble de la chaine. Car l’objectif de Total, ne l’oublions pas, c’est l’accès à l’énergie au plus grand nombre. Ce qui signifie utiliser tous les moyens pour aller jusqu’au fameux « last mile ». Babyloan est un des outils qui y contribueront. Au final, c’est le nombre de personnes impactées qui sera l’indicateur important. Nous visons, à horizon 2020, vingt-cinq millions de personnes en Afrique.

Est-ce du business ou de la philanthropie ?

A.P. : Du social business ! Nous sommes une start-up sociale, à la croisée des chemins entre la philanthropie désintéressée et le business profitable. Je suis convaincu que les sujets d’intérêt général, autrefois réservés aux subventions et aux dons, peuvent être conduits par des entreprises commerciales. Je rêve de le prouver !

P.C. : L’innovation est dans les produits mais aussi dans la façon de conduire cette activité. En d’autres mots, on peut faire du business différemment. Les attentes en matières de profitabilité ne sont pas les mêmes, certes, et le temps consacré certainement plus long. Mais il ne s’agit pas de travailler à fond perdu. Ce ne serait pas pérenne.

Comment jugez-vous les ambitions du groupe Total à travers son engagement pour une énergie meilleure, et plus précisément le volet accès à l’énergie ? Avez vous constaté de telles démarches chez d’autres énergéticiens ?

A.P. : Ce qui est intéressant chez T otal, c’est que le développement des énergies renouvelables est une véritable ambition portée par une vraie légitimité. C’est une démarche stratégique et l’évolution logique du développement d’un métier. J’y vois une cohérence d’ensemble.

P.C. : Il n’y a pas de compétition dans ce domaine ; il y a de la place pour tout le monde. Plus nombreux nous serons, mieux ce sera pour les 1,3 milliard de personnes qui n’ont pas accès à une énergie fiable à l’heure où je vous parle !

Quelles seront les conditions du succès et comment le mesurerez-vous ?

A.P. : Nous observons que les prêteurs sont friands de ce genre de projets. Ce sera un bon accélérateur de développement pour atteindre nos objectifs.

Historiquement, Babyloan a développé sa communauté de prêteurs grâce aux medias. 40 % d’entre eux venaient grâce à la visibilité dont nous jouissions. Mais depuis trois ans, c’est moins le cas. Ce projet peut intéresser à nouveau les media et nous faire retrouver cette visibilité qui permet de recruter de nouveaux prêteurs.

Nous ne savons pas encore si la typologie des prêteurs va évoluer mais, si c’est le cas, ce sera un vrai succès. Nos « babyloaniens » sont très militants et très engagés. Nous espérons que les prêteurs intéressés par la thématique de l’accès à l’énergie vont l’être encore plus !

P.C. : Bien sûr, des indicateurs chiffrés tels que le nombre de projets qui vont remonter et seront financés par les IMF, le nombre de pays, la qualité des IMF et le fait qu’ils aient intégré des projets accès à l’énergie dans leur programme et le nombre de personnes impactées sont importants. Mais notre vœu est aussi que ce partenariat avec Babyloan donne lieu à une activité qui grandisse, dure dans le temps, dépasse ses objectifs et nous ramène son lot de bénéfices imprévus.

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