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Areva: le procès Uramin retardé par une bataille judiciaire

Anne Lauvergeon a été mise en examen pour "publication de comptes inexacts" dans l'affaire Uramin.

Anne Lauvergeon a été mise en examen pour "publication de comptes inexacts" dans l'affaire Uramin. - Xavier Leoty-AFP

Les juges ont terminé leur instruction sur les faux comptes d’Areva. Mais le parquet s’interpose pour demander d’autres mises en examen. L’affaire ne sera pas renvoyée en procès avant début 2018.

La justice s’écharpe sur l’affaire Uramin. Cela fait trois ans que la police et le parquet national financier enquêtent sur les faux comptes du géant du nucléaire Areva. En jeu: la valorisation de la société minière Uramin, qui détenait des gisements d’uranium en Afrique. Achetée en 2007 pour 1,8 milliard d’euros, elle a été dépréciée dans les comptes d’Areva à deux reprises en 2011. L’ancien patron de la filiale des mines de l’époque, Sébastien de Montessus, avait réclamé ces provisions pour pertes en 2009 et 2010. Devant les juges, il a assuré que la présidente d’Areva, Anne Lauvergeon avait refusé de le faire pour éviter un scandale financier alors qu’elle militait pour être reconduite à son poste mi-2011.

L’an passé, les trois juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke, Claire Thépaut et Charlotte Bilger ont mis en examen Anne Lauvergeon pour "publication de comptes inexacts et diffusion de fausses informations" ainsi que son numéro deux, Gérald Arbola pour les mêmes motifs. L’ex-directeur financier Alain-Pierre Raynaud l’a été pour "complicité". Le 23 mars dernier, les juges ont signifié avoir terminé leur instruction. "Ils étaient prêt à renvoyer en procès, tout le monde s’y préparait" expliquent plusieurs sources proches du dossier.

Une faille qui pourrait profiter à Anne Lauvergeon

Mais le Parquet national financier (PNF) s’est interposé en demandant aux juges de procéder à d’autres mises en examen. En l’occurrence, celles de Sébastien de Montessus, entendu en tant que témoin assisté, et de son directeur financier de l’époque, Nicolas Nouveau. "Le parquet demande qu’ils soient mis en examen pour obstruction aux commissaires aux comptes, explique une source. Au motif qu’ils ne leur ont pas fourni toutes leurs informations". Le PNF cible surtout Sébastien de Montessus qui, après avoir demandé à passer d’importantes provisions en tant que patron des mines en 2009-2010, n’a pas réitéré ses demandes lorsqu’il est devenu membre du directoire d’Areva mi-2011. Quant à Nicolas Nouveau, il est un peu tard pour le mettre en examen alors qu’il a été auditionné pendant près de 60 heures par les juges... "Le parquet craint que le dossier d’instruction ne soit pas assez solide pour condamner Anne Lauvergeon, explique une source. Il veut s’assurer d’un 'grand procès'".

Quoi qu’il en soit, les juges d’instruction ont rejeté la demande du parquet qui a aussitôt fait appel. La décision finale de la chambre d’instruction ne sera pas rendue avant fin 2017 ou début 2018, selon plusieurs intervenants. Ce bras de fer tendu reflète l’opposition forte entre les trois juges et le procureur du PNF. "Quand les juges et le parquet se disputent, ça arrange tous les prévenus!" commente un proche du dossier. Les avocats des trois mis en examen n’ont pas souhaité commenter cette situation. Mais cette faille dans l’appareil judiciaire n’est pas de bon augure avant un procès qui sera, sans aucun doute, décidé par les juges d’instruction. Avoir un parquet qui ne soutient pas l’instruction conduira inévitablement à ce qu’il requière une relaxe des prévenus. Une aubaine pour Anne Lauvergeon.

Matthieu Pechberty