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Affaire UraMin: Anne Lauvergeon met en cause Claude Guéant

Anne Lauvergeon est actuellement mise en examen dans le dossier UraMin

Anne Lauvergeon est actuellement mise en examen dans le dossier UraMin - Éric Piermont - AFP

"Désormais mise en examen dans ce lourd dossier, l'ex-patronne d'Areva a donné une autre interprétation des faits aux juges lors de son audition, révèle le JDD ce dimanche 15 mai. Le nom de l'ancien secrétaire général de l'Élysée y apparaît."

Anne Lauvergeon continue d'essayer de s'extirper de la lourde affaire UraMin. Pour rappel, Areva- dont l'État est l'actionnaire majoritaire -avait, en 2007, acquis cette entreprise minière canadienne possédant des permis d'exploitation en Namibie, en Afrique du Sud et en République centrafricaine, pour 1,8 milliard d'euros.

Il s'est ensuite avéré que les gisements convoités n'ont pas du tout donné les résultats escomptés, obligeant Areva à passer de lourdes provisions fin 2011 (1,5 milliard d'euros) quelques mois après le départ en février de la patronne du groupe Anne Lauvergeon, dont les relations avec Nicolas Sarkozy étaient tendues. Ce qui avait marqué le début de la descente aux enfers de l'entreprise.

Depuis 2014 deux enquêtes judiciaires ont été ouvertes sur cette affaire, faisant suite à un rapport de la Cour des comptes qui estimait que des informations avaient été dissimulées au conseil de surveillance et aux tutelles représentant l'État. 

Comptes inexacts?

Vendredi, Anne Lauvergeon a été auditionnée par les juges qui ont décidé de sa mise en examen, "Atomic'Anne" étant accusée de présentation et publication de comptes inexacts, et diffusion de fausses informations dans l'enquête sur la valorisation d'Uramin.

Concrètement, les juges tentent de savoir si oui ou non Anne Lauvergeon a tenté de minimiser les dépréciations d'actifs sur l'achat UraMin dans les comptes d'Areva en 2010, afin de se maintenir à la tête du groupe et cacher ainsi la débâcle sur ce dossier. Lors de son audition devant les juges, l'ex-sherpa de François Mitterrand a toutefois livré une autre version des faits, en s'appuyant notamment sur le témoignage de son ancien directeur financier.

Jusque là version officielle voudrait qu'Anne Lauvergeon ait plusieurs fois refusé d'écouter les avertissements de Sébastien de Montessus et Nicolas Nouveau, respectivement directeur et directeur financier de la branche Mines d'Areva, qui réclamaient d'importantes dépréciations sur le rachat d'UraMin. Ils seraient allés jusqu'à les évaluer à 1,8 milliard d'euros, soit 4 fois plus que le chiffre finalement retenu par Areva en 2010 (425 millions). Le parquet considérait alors qu'Anne Lauvergeon avait simplement décidé d'ignorer ces mises en garde pour sauver sa tête.

L'Élysée à la manoeuvre

Mais, comme le révèle le JDD, l'audition par la brigade financière le 21 avril dernier du directeur financier d'Areva, Alain-Pierre Raynaud, "dont le parquet ne semble pas avoir eu connaissance" était allée dans le sens d'Anne Lauvergeon.

Alain-Pierre Raynaud reproche à la direction des Mines de "ne pas avoir proposé de solution industrielle" mais seulement "comptables". Il explique alors qu'une des mines d'Afrique du Sud, revendue en 2013 à l'entreprise Peninsula, avait ensuite pu être exploitée six mois après sa vente et avait alors démontré tout son potentiel en termes de gisements. Il concluait que la branche Mines "n'avait pas fait son travail".

Du pain béni pour Anne Lauvergeon qui, vendredi lors de son audience, a surfé sur les paroles de son ancien directeur financier, et assuré ainsi aux enquêteurs que les ressources d'Uramin n'avaient pas été sous-évaluées.

C'est juste après qu'Anne Lauvergeon sort son atout maître, avec cette autre version des faits.

Elle indique avoir intercepté des documents confidentiels entre Sébastien de Montessus, directeur de la branche mines d'Areva, et Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Élysée. "Dans ces documents, il aurait été question, dans le dos, de la direction d'Areva, d'un projet de filialisation de la branche mines d'Areva, puis d'une introduction en Bourse, pour une privatisation", écrit le JDD.

Anne Lauvergeon assure que la manœuvre visait à "faire entrer les Qataris", in fine. Autrement dit, toutes les dépréciations exigées par la branche mines auraient surtout consisté à rendre la mariée plus belle, avant de vendre cette division aux Qataris. Voilà donc la deuxième version d'Anne Lauvergeon. À voir donc si les enquêteurs la jugeront crédible…

J.M.