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Données personnelles : l’Allemagne tape fort sur Facebook

L'icône de l'application Facebook.

L'icône de l'application Facebook. - Johannes EISELE / AFP

La propension du géant à croiser les données de ses utilisateurs via son écosystème applicatif commence à sérieusement ulcérer les autorités qui exigent de stopper ces pratiques.

On sait que la plus grande richesse de Facebook, ce sont vos données personnelles qui permettent au réseau social de proposer aux annonceurs publicitaires des campagnes ciblées. Ce qu’on sait moins, c’est que Facebook profite de son écosystème applicatif pour croiser les données de ses utilisateurs et les exploiter commercialement.

En effet, la galaxie Facebook inclut le réseau social mais aussi et surtout Instagram et WhatsApp, soit pas moins de 2,7 milliards d’utilisateurs actifs. Et cette propension du géant à croiser ces données commence à sérieusement ulcérer les autorités qui exigent de stopper ces pratiques, notamment grâce au nouveau cadre réglementaire européen, le RGPD.

L'Autorité de la concurrence allemande vient donc d’ordonner au réseau social de limiter drastiquement cette collecte et ces croisements de données, à moins que les utilisateurs n'y consentent explicitement, comme le RGPD l’y oblige.

« Dans le futur, Facebook ne sera plus autorisé à forcer ses utilisateurs à accepter la collecte et l'attribution pratiquement sans restriction de données non issues Facebook à leurs comptes d'utilisateur Facebook. La combinaison des sources de données a largement contribué au fait que Facebook a été en mesure de créer une base de données unique pour chaque utilisateur individuel et d'acquérir ainsi un pouvoir de marché. À l'avenir, les consommateurs pourront empêcher Facebook de collecter et d'utiliser leurs données sans restriction », explique Andreas Mundt, le président de la Bundeskartellamt, le gendarme allemand de la concurrence.

Facebook tente de se justifier

Facebook a quatre mois pour se conformer à cette demande. En cas de refus, elle risque une amende pouvant atteindre au maximum 10% de son chiffre d’affaires annuel soit 4 milliards d’euros. Rappelons qu’en France, Google a été condamné pour non-respect du RGPD à 50 millions d’euros d’amende, une première.

Le roi des réseaux sociaux a immédiatement indiqué son intention d’interjeter appel de cette décision qu’il juge inéquitable. « Chaque jour, les gens interagissent avec des entreprises qui se connectent et utilisent les données de la même manière. Et tout cela devrait être - et est - un domaine d'intérêt légitime pour les régulateurs et les décideurs politiques du monde entier. Pourtant, le Bundeskartellamt tente de mettre en œuvre une norme non conventionnelle pour une seule entreprise », peut-on lire sur son blog officiel.

Le géant met également en avant les mesures prises pour éclairer les choix de ses utilisateurs : « Nous avons introduit de nouvelles expériences de confidentialité améliorées pour tout le monde sur Facebook, notamment en demandant à tous les internautes du monde entier de faire des choix sur les publicités qu'ils voient et plus encore. Nous introduirons bientôt Clear History, un outil où vous pourrez voir les informations que nous recevons des sites Web et des services qui utilisent nos outils commerciaux et les dissocier de votre compte. Le Bundeskartellamt a négligé la manière dont Facebook traite les données et les mesures que nous prenons pour nous conformer au RGPD ».

Facebook pointe également un élément de droit, estimant que ce ne sont pas aux autorités de la concurrence de se pencher sur les problèmes liés au RGPD mais aux régulateurs dédiés : « Le RGPD habilite spécifiquement les régulateurs de la protection des données - et non les autorités de la concurrence - à déterminer si les entreprises assument leurs responsabilités ».

Pour autant, ces arguments ont du mal à avoir de l’echo tant l’image de Facebook est désormais écornée. « Mark Zuckerberg doit sûrement se dire avec mélancolie qu’il est loin le temps où Facebook était une sympathique plateforme de mise en relation avec ses proches, ses amis et ses collègues. Même si presque quinze plus tard, le succès a été au rendez-vous avec quasiment la moitié des habitants de la planète inscrite au service, la réputation de Facebook s’est sérieusement désagrégée en 2018 », explique Olivier Cimelière, spécialiste des réseaux sociaux et Senior Account Director chez Euros / Agency.

« Plus audible »

« Le souci est que Facebook n’est presque plus audible. A force de slalomer avec morgue et d’éluder les questions embarrassantes comme le fit Mark Zuckerberg lors de ses auditions devant les parlementaires américains (et même de se payer le culot d’être absent en novembre dernier lorsque les élus britanniques du Parlement l’ont à leur tour convoqué), le PDG de Facebook a mangé son pain blanc réputationnel. Tout particulièrement sur le sujet sensible des données personnelles où il s’avère que l’entreprise est non seulement friable (comme par exemple le vol de données de 3 millions d’Européens abonnés à Facebook en octobre 2018) mais aussi et surtout cupide et mensongère », poursuit-il.

Et de confirmer cette avidité à collecter, croiser et exploiter les données de ses utilisateurs : « Le 5 décembre, le Parlement britannique a ainsi publiquement mis en ligne une série de mails internes à la société. On y apprend entre autres que Mark Zuckerberg comptait exploiter les données de ses utilisateurs en les vendant tout en assurant une surveillance renforcée des applis maison fonctionnant sur Android pour capter toujours plus de données ».

Bref, Facebook serait le roi du double-discours. « Pendant longtemps, Facebook (plus encore que les trois autres lettres des GAFA) s’est retranché derrière une communication totalement cosmétique, à la limite du « beatnik » digital qui rend le monde meilleur. Alors qu’en coulisses, c’est une toute autre histoire qui se pratique. Sans un changement radical de stratégie de communication, Facebook est condamné à s’enfoncer. Peut-être pas le moment le plus idoine à l’heure où les jeunes générations considèrent de surcroît la plateforme comme « un truc de vieux » ! », poursuit le spécialiste.

Olivier CHICHEPORTICHE