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Vivendi: Jean-Marie Messier s'explique sur son 'golden parachute'

Jean-Marie Messier alors à la tête de Vivendi en 2000, entouré de ses deux bras droits: Edgar Bronfman Jr et Pierre Lescure

Jean-Marie Messier alors à la tête de Vivendi en 2000, entouré de ses deux bras droits: Edgar Bronfman Jr et Pierre Lescure - -

L'ancien PDG de Vivendi a fait appel de sa condamnation pour "abus de bien sociaux" concernant son parachute doré de 20,5 millions d'euros. Paradoxe: il a été condamné bien qu'il n'ait jamais touché ce parachute...

La cour d'appel de Paris a continué, mardi 12 novembre, à se pencher sur le golden parachute de Jean-Marie Messier. Paradoxe: l'ancien PDG de Vivendi n'a jamais touché ce fameux parachute doré. Toutefois, il a quand même été condamné en première instance pour "abus de biens sociaux" à ce sujet.

Retour sur une histoire rocambolesque.

Quand J2M était contre les parachutes dorés

En 2000, dans son livre J6m.com, l'ex-PDG affirme être opposé aux parachutes dorés: "les golden parachutes ne se justifient pas, je m'engage à ne jamais en négocier..."

Treize ans plus tard, la présidente de la cour Mireille Filippini lui rappelle ses écrits. L'ex-PDG lui répond: "je sais ce que j'ai écrit dans ce livre..."

Et d'ailleurs, lorsqu'en 2001, J2M signe son contrat de travail, celui-ci ne comprend aucune indemnité de départ. "J'ai demandé spécifiquement qu'on enlève cette disposition, car j'étais contre", dit aujourd'hui Jean-Marie Messier.

La liste de courses de J2M

Mais, lorsque le PDG est poussé vers la sortie mi-2012, il réclame et obtient un parachute comprenant un chèque de 20,5 millions d'euros; la possibilité d'exercer ses stock options; le remboursement des travaux engagés dans son appartement new yorkais (936.000 dollars); une assurance maladie, vie et invalidité pour J2M et sa femme pendant 5 ans; le paiement de son personnel de sécurité pendant 9 mois; un collaborateur cadre choisi par J2M mis à disposition pendant 2 ans; et un chauffeur-garde du corps pour son épouse pendant 9 mois.

Au début de la négociation, J2M avait même tenté d'obtenir d'autres avantages (qui lui seront finalement refusées): rester président d'honneur et membre du conseil d'administration; continuer à utiliser l'avion du groupe; disposer d'un million d'euros plus un million de dollars à distribuer "à des oeuvres choisies par moi"; s'engager à "ne pas réintégrer Pierre Lescure", et à ne pas faire de procès contre J2M... "Avec de tels voyous, il faut être blindé", écrit-il aux avocats. Et il demande aussi: "peut-on aussi couvrir les 10 millions d'euros de dettes liés à la levée de mes stock options?"

"Cela faisait un peu beaucoup..."

La juge Filippini s'interroge: "n'y aurait-il pas eu plus de panache d'être constant dans vos idées, vous qui aviez dit haut et fort qu'un parachute doré était inadmissible?"

Réponse de J2M: "ce n'est pas un parachute doré, mais le résultat d'une transaction. Un parachute doré se négocie en position de force".

Mais la juge n'est pas convaincue: "cela ressemble quand même fort à un parachute doré...". Puis elle tique aussi sur le montant: "cela ne faisait pas un peu beaucoup? Vous n'étiez pas dans le besoin..."

J2M lui rétorque: "mon père était comptable. Ce chiffre représente plusieurs vies de son salaire. Oui, ce chiffre est énorme, considérable, et choque forcément. Mais j'avais des dettes. Et il y a clairement un préjudice énorme qui m'a été causé, et devait être réparé".

"J'en ai besoin pour vivre! Pitié!"

Las! Jean-Marie Messier ne touchera jamais ce joli parachute. D'abord, parce qu'il ne sera jamais approuvé le conseil d'administration. En effet, au dernier moment, les administrateurs le retirent de l'ordre du jour.

Furieux, J2M leur envoie un fax, rappelant que Vivendi vient d'accorder un généreux parachute à Edgar Bronfman Jr: "Bronfman n'en a pas besoin pour vivre. Moi, oui, pour vivre, et rembourser l'emprunt personnel fait pour lever mes options à 50 euros. Pitié! Respectez votre parole, respectez votre signature. Pitié". Un fax que J2M trouve aujourd'hui "pathétique".

Problème: selon la loi, ce parachute est une "convention réglementée", et doit donc être approuvé au préalable par le conseil. C'est donc pour cela que J2M a été condamné pour "abus de bien sociaux".

"Un homme d'affaires avisé"

A l'automne 2002, le nouveau PDG de Vivendi Jean-René Fourtou décide de faire trancher la question par un tribunal arbitral américain. Un tribunal devant lequel Vivendi chargera son ancien PDG pour éviter de l'indemniser. "Vivendi n'a reculé devant aucun moyen", dit aujourd'hui J2M.

Mais en vain: mi-2003, le tribunal arbitral juge légitime le parachute. Mécontent, Jean-René Fourtou fait appel devant la cour suprême de l'Etat de New York, mais sans succès...

Alors que J2M s'apprête enfin à toucher ses millions, il doit finalement y renoncer. En effet, le gendarme de la bourse américaine, la SEC, a engagé une action pour "fraude" contre lui et Vivendi. Un réglement amiable est négocié pour y mettre fin. L'accord, conclu fin 2003, prévoit que J2M renonce à son parachute, paye une amende d'un million, et ne peut diriger pendant dix ans une société cotée aux Etats-Unis. "Cette période de dix ans se termine fin décembre...", explique J2M à la juge.

Son avocat Francis Szpiner conclut: "pour un homme d'affaires avisé, M. Messier est particulièrement maladroit, car il a eu zéro euros".

Jamal Henni