BFM Business

"Spicee est plus pointu et plus exigeant que Vice"

Alexandre Michelin a été un des candidats malheureux à la présidence de France Télévisions

Alexandre Michelin a été un des candidats malheureux à la présidence de France Télévisions - Lena Villa

ENTRETIEN - Alexandre Michelin, ancien directeur général de MSN pour l'Europe, est devenu mi-décembre directeur général du site de documentaires Spicee.

BFM Business: Quelle est votre ligne éditoriale?

Alexandre Michelin: D'abord, nous sommes très exigeants sur la qualité du contenu et la rigueur journalistique. Tous nos documentaires sont réalisés par des journalistes professionnels, qui sont rémunérés 300 euros la minute, soit le même prix que Vice.

Ensuite, nous voulons proposer des sujets qu'on ne voit pas ailleurs, en termes de formats comme de sujets. Pour un même sujet, Spicee propose ainsi plusieurs durées possibles, allant de 5 à 52 minutes. Et nous avons produit moult sujets qui avaient été refusés par des chaînes de télévision, comme un documentaire sur le captagon (une drogue de synthèse qui serait utilisée par certains terroristes, ndlr), que nous avons revendu à 17 chaînes -telle la RTBF- après les attentats du 13 novembre. Bref, il y a une plus grande liberté éditoriale et moins de formatage que dans une chaîne de télévision. 

Quelle est votre cible?

Les jeunes qui ne regardent plus la télévision. Et aussi les expatriés francophones qui ne peuvent accéder à bien des contenus à cause du géo-blocage. Notre cible est plus âgée et cultivée que Vice, qui propose des sujets moins pointus, moins exigeants. Pour résumer, Vice est un énorme succès d'audience qui cherche et trouve le clic; Netflix est un énorme supermarché de la vidéo; et Spicee est plutôt une épicerie fine du reportage et du doc.

Quels sont vos objectifs?

Nous visons 25.000 abonnés le plus rapidement possible, au plus tard d'ici trois ans, ce qui nous permettrait d'atteindre l'équilibre. Nous avons déjà recruté 1.000 abonnés en cinq mois. Nous proposons 3 nouveaux reportages par semaine, et nous avons déjà un stock de 60 heures de reportages. Ils sont accessibles soit via un abonnement mensuel de 9,90 euros par mois, soit à l'unité, à partir de 2,5 euros pièce.

Pourquoi avoir opté pour un modèle payant?

Nous croyons à ce modèle, qui se porte bien: regardez Spotify, iTunes, Mediapart, Le 1... Certes, il y a déjà beaucoup de vidéos disponibles gratuitement sur le web, mais c'est surtout de l'UGC (user generated content). Nous pensons qu'il peut y avoir une demande pour des contenus de qualité. Un de nos modèles est le site américain CuriosityStream, qui propose chaque mois un ou deux documentaires inédits en haute définition pour 5 dollars. Surtout, nous ne visons pas un marché de masse, mais une niche de gens prêts à payer. Si 1% des internautes s'abonnent à Spicee, cela nous satisfera largement!

Quels sont vos projets de développement?

Nous venons de lever 1,2 million d'euros auprès de Xavier Niel, Marc Simoncini, moi-même et l'agence Babel, qui nous fournit des reportages. Cela permet de financer nos prochains développements: une application pour Androïd et une version du site en anglais, afin de conquérir des abonnés non francophones. Nous voulons aussi développer la vente de nos documentaires aux chaînes de télévision, notamment à l'étranger, voire même décrocher des créneaux réguliers sur des chaînes. Fabriquer notre propre contenu coûte cher, mais ensuite nous possédons tous les droits, ce qui est une force.

Jamal Henni, Amélie Charnay et Simon Tenenbaum