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Ski: pourquoi la fréquentation des stations françaises a chuté de 13% en dix ans

Pour la première fois, la France est tombée à la troisième place mondiale pour la fréquentation de ses stations derrière les Etats-Unis et l'Autriche.

Pour la première fois, la France est tombée à la troisième place mondiale pour la fréquentation de ses stations derrière les Etats-Unis et l'Autriche. - Pexels

Naguère première destination mondiale pour les amateurs de ski, la France a été dépassée par les États-Unis et l'Autriche. Et ce n'est pas une question de prix. Les stations françaises vont-elles remonter la pente?

C'est un titre qu'elle aurait bien aimé ne pas perdre. Au début des années 2010, la France était sans conteste la première destination mondiale des amateurs de ski. Mais voici deux saisons ce n'est plus le cas. Il y a deux ans, les États-Unis (au coude à coude avec la France dans les années 2000) lui sont passés définitivement devant. Et désormais l'Autriche fait elle aussi mieux que la France.

Précisément, durant la saison 2016-2017, la France occupait, avec un peu plus de 51 millions de journées-skieurs, la troisième place du podium, distancée donc par l'Autriche (52,1 millions) et les Etats-Unis (54,7 millions). Et si les poursuivants sont loin derrière, la situation est problématique pour l'Hexagone.

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En effet depuis la saison record 2008-2009 (58,9 millions de journées-skieurs), la fréquentation a chuté de plus de 13%. On pourrait penser que c'est à cause du prix des remontées et des séjours et de l'arbitrage des amateurs de ce sport coûteux en période de crise. Sauf que skier en France est plutôt moins ruineux qu'ailleurs. En moyenne, le forfait est par exemple l'un des moins onéreux du monde. Son prix est inférieur de 17% à celui qu'il faut payer en Suisse et de 11% par rapport aux tarifs autrichiens. Le forfait journée coûte ainsi en moyenne en France 38 euros, contre 43 euros en Autriche. Sans même parler de l'exorbitant forfait américain qui dépasse les 84 euros par jour!

L'Autriche investit beaucoup plus dans ses stations 

Si ce n'est pas une question de prix, comment s'explique le recul français? Interrogés, les professionnels du ski mettent d'abord en avant les mauvaises conditions météorologiques de ces dernières années. "Le savoir-faire et l’investissement des domaines skiables ont permis de réduire les conséquences d’un hiver particulièrement difficile. Somme toute, pour un hiver aux températures exceptionnellement douces et aux précipitations tardives, l’activité globale a bien résisté", explique Domaines skiables de France (DSF). 

Mais l'enneigement tardif n'est pas la seule raison. Les stations françaises pâtiraient surtout d'un manque d'investissement par rapport à leur rivales, notamment autrichiennes. Sur ces quinze dernières années, l'Autriche a investi en moyenne 500 millions d'euros par an dans ses stations contre 300 millions en France. "L'Autriche a fait de gros efforts pour se moderniser et pour offrir une meilleure expérience client à ses skieurs, analyse Virgile Caillet, le délégué général de l'Union sport & cycle. Qualité des services, facilité d'accès, enneigement des pistes... Les stations françaises ont pris du retard ces dernières années." 

Le sous-investissement français se traduit notamment par une plus faible capacité à produire de la neige artificielle. Résultat: avec 30%, le taux de couverture du domaine skiable français est l'un des plus faibles d'Europe. Il est ainsi de 48% en Suisse et de 60% en Autriche. 

Des contraintes administratives et des charges

Paradoxalement, en voulant maintenir un forfait abordable pour démocratiser le ski, la France a privé les stations de moyens qui dans le même temps ont vu leurs charges fortement augmenter. Depuis 2000 par exemple, le coût de remontées mécaniques a grimpé de 96% et les salaires de 55%. À cela, pestent les professionnels, s'ajoutent les taxes comme celles sur les remontées mécaniques de la loi Montagne et des contraintes administratives comme la difficile sortie des baux immobiliers qui a rendu vétuste le parc de logements dans les stations françaises. Ainsi, 75% des lits en résidence secondaire ont été construits avant 1990.

Bref des problèmes structurels auxquels pourrait venir s'ajouter une désaffection de la clientèle internationale. Il faut savoir que les étrangers représentent 27% de la fréquentation des pistes en France et notamment les Britanniques qui pèsent à eux seuls 10% du nombre de journées-skieurs. Or avec le Brexit qui se profile, les professionnels craignent une désaffection dans les années à venir.

Des skis de grandes marques loués gratuitement

Bref, un demi siècle après le plan neige qui a transformé le domaine skiable français en créant les stations dites de troisième et de quatrième génération, les professionnels du ski souhaitent un électrochoc pour remettre la France au premier plan du ski mondial. Les représentants de DSF multiplient les allers-retours aux États-Unis pour tenter de voir comment la première économie mondiale parvient à attirer autant de monde avec des forfaits aussi chers.

De leur côté, les industriels eux multiplient les initiatives dans les stations pour développer le marché comme le Ski Force Winter Tour qui va mettre gratuitement à disposition cette année des paires de skis de grandes marques (Head, Salomon, Rossignol, Atomic...) aux clients des stations. Car si la fréquentation du ski baisse, les ventes de matériel tiennent pour le moment plutôt bien le choc. Le marché du ski et de la chaussure est parvenu à se maintenir en 2017, à 250 millions d'euros.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco