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Pourquoi Renault revient en F1

"Alors que la saison reprend ce dimanche en Australie, le constructeur français effectue son grand retour. Et pas seulement pour la gloire."

La Marseillaise retentira-t-elle sur les podiums de F1 cette année? Le grand retour de Renault en tant qu'acteur à part entière (châssis et moteur), après des années d’absence, augmente en tout cas les chances que l’événement se produise.

Le Grand Prix d'Australie, première manche (sur 21) de la saison 2016, dimanche à Melbourne, sera ainsi l’occasion d’observer les premiers tours de piste de l’écurie française, rebâtie à la hâte sur les décombres de Lotus.

Les marchés émergents dans le viseur

Mais au-delà des performances sportives et du prestige inhérent à la discipline reine des sports mécaniques, la firme au losange compte bien récolter les fruits de son investissement. "Nous ne sommes pas seulement de retour en F1 parce que nous pensons être compétitifs à un haut niveau et, à terme, pour gagner (...): c'est du business", avait ainsi prévenu son PDG Carlos Ghosn, début mars au Salon automobile de Genève.

Avant d'exposer la stratégie de son entreprise: "Dans les cinq ou six années à venir, nous allons mener une offensive importante sur les marchés émergents" à fort potentiel de croissance.

Renault vient en effet d'inaugurer une première usine en Chine, tandis que sa nouvelle petite voiture "low-cost", la Kwid, rencontre un vif succès en Inde. Le groupe vise également une expansion en Iran, mais aussi en Amérique du Sud et en Russie, au-delà des accidents de conjoncture. "Cela veut dire que Renault doit doper sa réputation dans les marchés émergents, et l'une des meilleures façons de le faire est la Formule 1", avait ainsi assuré le dirigeant.

Ventes de voitures sportives

La Chine, premier marché automobile mondial, s'éveille à la F1, confirme Tim Urquhart, analyste en chef du marché automobile au sein du cabinet IHS, cité par l’AFP. "Le marché des voitures sportives est en train d'exploser en Chine, qui devient de plus en plus un pays d'amateurs d'automobiles". Pour la firme de Billancourt, la F1, avec ses monoplaces hybrides, serait aussi cohérente avec sa "stratégie technologique au sens large, être le leader mondial des voitures électriques" via l'alliance avec Nissan.

En outre, le retour de Renault "représente une stratégie autour de la compétition qui va soutenir les ventes de voitures sportives portant le label RS", espère Jérôme Stoll, président de Renault Sport F1, en évoquant un doublement des volumes écoulés d'ici trois ans. Sans parler de la résurrection de la "berlinette" Alpine, annoncée le mois dernier, qui s'inscrit dans la même philosophie.

Un investissement moins coûteux qu'il n'y paraît

Renault, qui n'était plus que motoriste ces dernières années, reprend donc pleinement le contrôle de son image. "Lorsque vous développez des moteurs, vous avez le privilège d'être oublié lorsque vous gagnez et d'être mis en valeur lorsque vous perdez", s'était en effet agacé Carlos Ghosn l'an passé.

Reste la question de l'investissement, qui serait d'environ 300 millions d'euros pour 2016. Important dans l'absolu, mais sans doute tempéré par des contrats publicitaires et les accords confidentiels conclus sur les droits commerciaux de la F1. Une somme équivalente au budget publicitaire de l'entreprise en France, mais pour un public potentiel de 400 à 450 millions de téléspectateurs de Formule 1 dans le monde.

Yann Duvert avec AFP