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Pourquoi les super-héros n'ont pas fini de truster le box-office

Vous risquez clairement de revoir Batman et Superman sur vos écrans

Vous risquez clairement de revoir Batman et Superman sur vos écrans - Warner Bros - Montage BFMbusiness.com

"Batman V Superman: L'Aube de la Justice est sorti mercredi dans les salles françaises. D'ici à 2020, pas moins d'une trentaine de films de super-héros vont encore débarquer au cinéma. Y a-t-il un risque d'overdose pour ce genre très en vogue? Pas forcément. Explications."

Nombreux sont les enfants qui se sont un jour posé la question: qui de Superman ou de Batman est le plus fort? La réponse se trouve peut-être dans le film Batman V Superman: L'Aube de la Justice, sorti mercredi 23 mars dans les cinémas français.

La confrontation de ces deux super-héros a de quoi rameuter les foules. En tout cas, la Warner a sorti le grand jeu pour y arriver. Selon Variety, elle aurait mis "facilement" 150 millions de dollars sur la table en dépenses de marketing, soit plus de la moitié du budget du film qui tournerait autour de 250 millions dollars.

Une débauche de moyens qui a de bonnes chances d'être rentable. Les derniers films de super-héros ont (presque) tous bien marché. Les deux derniers Batman ont dépassé le milliard de dollars de recettes. Et, souligne Variety, les six derniers Marvel ont en moyenne emmagasiné 875 millions de dollars. Deadpool, dernier film de super-héros en date, n'a pas dérogé à la règle. Il a rapporté 731 millions de dollars à la 20th Century Fox malgré son statut de film violent qui l'a amené à être interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis, le privant ainsi d'un public potentiel.

Les nouveaux Western?

Mais est-ce que le public va continuer de répondre présent? Pour cette seule année 2016, pas moins de six films de super-héros sont au programme. Et d'ici à 2020, un trentaine est programmée. Au point de risquer une overdose?

Interrogé par l'International Business Times, Michael Nathanson, analyste chez MoffettNathanson, reconnaît qu'il se demande si le marché n'est pas en train d'atteindre un point de saturation. L'illustre Steven Spielberg lui-même affirmait à l'Associated Press en septembre dernier que "nous étions tous présents lorsque le film de western est mort et il y aura un temps où les films de super-héros connaîtront le même sort".

Pas si sûr. "On peut voir la généalogie du film de super-héros dans le western. Mais ce dernier genre est beaucoup plus marqué culturellement. Les paysages sont emblématiques de l'Amérique et les films sont simplistes avec une vision manichéenne. Les super-héros sont à la fois plus universels et plus complexes", objecte Nolwenn Mingant, maître de conférences à l'Université de Nantes, spécialiste de l'économie du cinéma hollywoodien et auteur de Hollywood à la conquête du monde: Marchés, stratégies et influences (CNRS Editions).

Une force à l'export

Pour la chercheuse, le film de super-héros est désormais un genre à part qui a connu une importante inflation depuis le début des années 2000 et les Spider Man de Sam Raimi. Et malgré l'avalanche de superproductions avec Iron Man, Batman et les autres, le marché va rester friand de super-héros. "Il y aura toujours deux ou trois films qui sortiront du lot. Il peut, individuellement, y avoir des échecs, des films qui capotent. C'était le cas de Green Lantern (en 2011, ndlr). Mais le genre en lui-même perdure", assure la chercheuse.

Pourquoi les super-héros ne sont pas près de s'essouffler? "Premièrement c'est un genre qui s'exporte très bien, le marché étranger représentant 70% des recettes", rappelle Nolwenn Mingant. Ces blockbusters sont même particulièrement conçus pour l'export. Axés sur l'action avec des dialogues réduits, ils sont plus faciles à doubler ou à sous-titrer. De plus, ils conviennent particulièrement "à des marchés, comme l'Asie, qui apprécient particulièrement les effets spéciaux et le cinéma en 3D", ajoute la chercheuse. Surtout, la Chine, le deuxième marché mondial pour le cinéma, a mis en place un système de quotas pour les films étrangers. Or une importante partie de ces quotas est réservée aux seuls films en 3D. Du coup les films de super-héros arrivent plus facilement à pénétrer ce marché, précise Nolwenn Mingant.

Des héros dans leur temps

L'autre avantage est que les films de super-héros peuvent être remodelés à l'envi. Conçus d'abord pour plaire aux adolescents, un segment très rentable, ils peuvent être "rebootés" pour toucher un public plus large ou plus adulte. Nolwenn Mingant cite l'exemple des Batman réalisés par Christopher Nolan qui ont été beaucoup plus noirs que les précédents.

À l'inverse, Sony a réalisé à partir de 2012 une nouvelle série de films Spider Man où le héros était joué par un jeune acteur, Andrew Garfield. L'idée était de permettre aux adolescents qui avaient loupé les premiers films des années 2000 de s'identifier au personnage principal. Deadpool, lui, joue la carte de l'humour trash avec des scènes de sexe parfois explicites et une violence tournée en dérision. "L'avantage d'un genre est qu'il peut se décliner à l'infini avec des variations multiples. On peut avoir des films noirs, drôles, complexes…Ce qui permet de toucher des marchés divers", résume Nolwenn Mingant.

Le dernier avantage de ces films est qu'ils sont en phase avec leur temps. L'émergence de ces films dans les années 2000 s'est faite après les attentats du 11 septembre. "Même si on a donné beaucoup d'épaisseur à leur personnalité, ces héros gagnent toujours à la fin. Ils ont un côté extrêmement rassurant par rapport à cette peur qui a été réactivée avec les récents événements en Europe", conclut la chercheuse.

Les super-héros ont donc encore de beaux jours devant eux. Paul Dergarabedian, analyste média chez Rentrak affirme même à Bloomberg qu'"en 2030-2035 le public sera encore nombreux à se déplacer pour voir les films Marvel".