BFM Business

Pourquoi la Chine s’intéresse tant au football

La Chine investit massivement dans le football.

La Chine investit massivement dans le football. - AFP

Peu populaire au niveau local, le football fait l’objet d’investissements massifs de la part des entreprises chinoises, à l’étranger comme sur le plan domestique. Le tout sous l’impulsion du pouvoir en place, qui poursuit un objectif très ambitieux.

La percée est fulgurante. En à peine trois ans, une trentaine de clubs de football européens sont passés, au moins en partie, sous pavillon chinois. En France, le FC Sochaux, l’AJ Auxerre ou encore l’OGC Nice sont dans ce cas. Tout comme 20% du capital de l’Olympique lyonnais.

Aucun championnat majeur n’a d’ailleurs résisté à cette vague venue d’Asie. En Italie, les deux équipes de Milan ont ainsi changé de propriétaires, tandis que des fonds chinois alimentent le capital de Manchester City ou de l’Atletico Madrid. Au total, des centaines de millions d’euros sont venus irriguer les clubs du vieux continent.

Pourquoi une telle débauche de moyens, alors que le football est loin d’être le sport le plus populaire en Chine? Justement pour inverser la tendance. Ces investissements massifs "sont le fruit d’une politique d’État, visant à renforcer son 'soft power (une manière douce d'étendre son influence, ndlr)'", rappelle Bastien Drut, économiste du sport et auteur de "Mercato: l'économie du football au 21ème siècle" (Bréal). Avec d’une part, la prise de contrôle de clubs européens, mais aussi "la volonté de développer le football sur le plan domestique."

Le Mondial 2030 dans le viseur

Pour cela, le pouvoir chinois a mis le paquet, avec la création de milliers d’écoles de football à travers le pays. Et la pratique de ce sport est désormais obligatoire à l’école. Premier objectif: augmenter les performances de l'équipe nationale, et à court terme la rendre incontournable sur le continent asiatique. L’idée étant de pouvoir se qualifier pour la Coupe du monde…que le pays souhaite organiser en 2030. A moyen terme, l’ambition affichée est de pouvoir y jouer les premiers rôles.

Outre les écoles de football, l’accent a été mis sur la professionnalisation de ce sport autrefois délaissé par les Chinois. Pour plaire aux autorités -ce qui leur procure un avantage certain dans une économie encore très régulée par l’État - les entreprises privées ont investi massivement dans des clubs locaux, n’hésitant à débourser des millions d’euros pour attirer certaines stars européennes. Les Argentins Tevez et Lavezzi, ou le Brésilien Oscar sont ainsi partis relever le "challenge sportif" en Superleague, la première division chinoise.

Changement de cap

Mais alors que le rouleau compresseur semblait en marche, les prises de participation dans les clubs étrangers semblent marquer le pas. "Cela vient d’un problème plus global, car Pékin souhaite limiter les sorties de capitaux, désormais et les investissements sont désormais limités à quelques secteurs", indique Bastien Drut. En clair: les entreprises peuvent investir à l’étranger, mais obéissent désormais à une logique de rentabilité. Le rachat par Orient Hontai Capital de l’espagnol Mediapro, géant des médias qui vient de rafler l’essentiel des droits TV de la Ligue 1, poursuit cette logique.

Aujourd’hui, les autorités chinoises souhaitent se concentrer principalement sur leur objectif que constitue la Coupe du monde 2030. "De gros moyens financiers ont été déployés en ce sens", confirme Bastien Drut, rappelant que "désormais, parmi les sponsors principaux de la Fifa, figurent beaucoup d’entreprises chinoises." Les groupes Wanda (tourisme, hôtellerie), Vivo (smartphones), Hisense (électroménager) Mengniu (produits laitiers) ou encore Alibaba (e-commerce) ont ainsi signé un partenariat avec l’organe dirigeant du football mondial. Et l'ordre établi pourrait bien être bousculé dans les prochaines années.