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Pourquoi de plus en plus de touristes boudent le Mont Saint-Michel

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Transports surchargés, axes routiers encombrés, prestations médiocres sur le site... Deux rapports pointent les défaillances d'un site qui a perdu un million de visiteurs en une décennie.

Les conditions d'accueil au Mont Saint Michel et leur financement sont épinglés dans deux rapports, l'un de la Cour régionale des comptes (CRC), l'autre du Conseil économique et social régional (CESER). "Une série de dysfonctionnements et de problèmes ressort de manière récurrente au sujet de l'accueil touristique" sur ce site classé au patrimoine mondial de l'Unesco, constate le CESER dans une "contribution" de décembre 2017.

Le conseil évoque notamment des "navettes surchargées", des "axes routiers régulièrement encombrés", une "qualité des prestations offertes par les commerçants du Mont (restaurants, hébergements, boutiques de souvenirs, musées privés) fréquemment décriée". Comme la fameuse omelette de La Mère Poulard facturée 35 euros minimum aux touristes. 

Un tiers de touristes en moins

Si "des pistes d'amélioration" sont en cours d'étude, "il apparaît que la qualité de la prestation offerte n'est pas à la hauteur de la renommée mondiale du site", résume le CESER, admettant toutefois que le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont (RCM) apparaît comme "une réussite esthétique".

Nombre de ces difficultés sont liées au fait que les collectivités locales ont choisi de confier en 2009 la gestion des navettes menant de la côte au mont à une entreprise privée (Transdev, détenue à 70% par la Caisse des dépôts, et à 30% par Veolia), "choix peu judicieux", a estimé une mission interministérielle. Ces navettes sont déficitaires.

Résultat: si le site reste l'un des plus visités de France hors région parisienne, il a perdu quelque 1 million de touristes depuis quelques années. Ils étaient 3,5 millions chaque année à la fin des années 2000 selon l'Unesco à visiter l'abbaye classée au patrimoine mondial de l'Unesco, ils n'étaient plus que 2,5 millions en 2016.

Un barrage coûteux à l'entretien 

La CRC s'inquiète de son côté d'un "défaut de financement de l'entretien des ouvrages hydrauliques" (barrage) qui est "susceptible de compromettre le fonctionnement du site". Cet entretien est évalué à 2,5 millions d'euros par an.

Car, pour que le mont redevienne une île lors de certaines grandes marées, un barrage a été construit en amont sur le Couesnon, rivière qui enlace le mont. L'eau retenue est lâchée quotidiennement sur le rocher pour le désensabler et permettre à la mer de l'entourer plus souvent. Or, selon le CESER, "l'envasement du Couesnon", lié au barrage, "risque de réduire la puissance des chasses du barrage, et va conduire à répéter le dragage du Couesnon, plus tôt que ce qui était initialement prévu".

Trouver d'autres sources de financements

Parmi les pistes de financement, la CRC évoque notamment "une participation financière du Centre des monuments nationaux (qui gère l'abbaye, ndlr) qui encaisse annuellement des recettes de l'ordre d'une dizaine de millions" d'euros, mais aussi une augmentation des tarifs du parking du Mont.

L'État a confié en avril au préfet Adolphe Colrat la mission de trouver un modèle économique pour la "première destination touristique en France après Paris" selon le CESER. 

F.Bi. avec AFP