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Pour l'horlogerie suisse, la pandémie promet d'être bien plus dramatique que la dernière crise financière

La Rolex de Paul Newman.

La Rolex de Paul Newman. - AFP Photo - Philipps - Handout

Déjà affaibli par la situation politique à Hong Kong, le secteur a accusé une baisse drastique de ses exportations en avril dernier. Le retour à la normale s'annonce compliqué.

Pour l'industrie horlogère suisse, la pandémie de Covid-19 va être "plus difficile" à traverser que la crise financière de 2009. Ce constat que dresse le président de la fédération horlogère, Jean-Daniel Pasche, s'appuie sur un chiffre: en avril, les exportations ont chuté de 81,3%.

"Le chiffre est impressionnant mais pas surprenant. Le tourisme a été interrompu, de nombreuses entreprises horlogères ont dû arrêter la production et beaucoup de boutiques étaient fermées" estime celui qui dirige cette puissante fédération depuis 2002.

La catastrophe Hong Kong

Dans le détail, les exportations horlogères ont dégringolé de 83,2% vers Hong Kong, le marché qui fait office de porte d'entrée de l'Asie pour les fabricants de montres suisses, et de 86,4% vers les Etats-Unis, le deuxième plus gros marché horloger au niveau mondial.

Elles se sont également effondrées sur les grands marchés européens, la baisse se chiffrant à 96,4% pour le Royaume-Uni, à 82,1% pour l'Allemagne et à 94,3% pour la France. 

"On espère que cela va repartir"

Face à ces chutes d'une ampleur exceptionnelle, la Chine a fait figure d'exception, le repli se limitant à 16,1%. Le mois de mai va être "moins mauvais" avec le redémarrage progressif de l'activité économique, a jugé le patron de la fédération horlogère. 

"On espère que cela va repartir" souligne Jean-Daniel Pasche qui s'attend néanmoins à ce que 2020 soit une année dans le rouge pour l'horlogerie suisse, sans toutefois pouvoir à ce stade prévoir l'ampleur de la baisse. 

En 2009, l'horlogerie suisse avait connu un trou d'air en raison de la crise financière, mais la demande avait rapidement repris grâce à l'essor économique de l'Asie, en particulier de la Chine, qui avait fait exploser la demande pour les produits de luxe.

Redémarrage à venir

"Cette crise va être plus difficile que la crise financière" prévient le président de la fédération horlogère. De fait, le mois d'avril 2020 a été "le pire" jamais enregistré par l'horlogerie, selon René Weber, analyste chez Vontobel, dans un commentaire boursier. S'il s'attend à un redémarrage au cours des prochains mois, les exportations horlogères devraient encore enregistrer une baisse de l'ordre de -40 à -50% en mai, selon ses estimations.

En avril, l'analyste avait déjà dit s'attendre à ce que l'horlogerie suisse connaisse sa pire année en un demi-siècle, avec une contraction des exportations évaluée à près de 25%.

TL avec AFP