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Philarmonie de Paris: un gouffre financier en perspective

Cette salle de concert sera installée dans le parc de la Villette

Cette salle de concert sera installée dans le parc de la Villette - -

Cette salle de concert du parc de la Villette à Paris qui doit ouvrir dans deux ans va coûter 387 millions d'euros aux contribuables.

A l'automne 2014 doit ouvrir dans le parc de la Villette la Philarmonie de Paris, une grande salle de concert de 2 400 places dédiée au répertoire symphonique. Le projet avait été lancé en 2006, et l'architecte Jean Nouvel retenu en 2007.

Mais le projet fait aujourd'hui scandale en raison de son coût exhorbitant: 387 millions d'euros, plus du double de ce qui était prévu initialement (173 millions d'euros). Une addition salée en comparaison d'auditoriums similaires à l'étranger: "le coût d'une telle réalisation devrait se situer entre 100 millions d'euros (coût actualisé du Symphony Hall de Birmingham ou du Bridgewater Hall de Manchester) et 150 millions d'euros (coût des trois auditoriums du Parco della Musica de Rome)", indiquait en 2003 le rapport Belaval-Auberger.

Lundi 22 octobre, le sénateur UMP Yann Gaillard a publié un rapport accablant sur le projet. Selon lui, une partie du surcoût est due aux modalités du choix du groupe Bouygues pour construire le bâtiment. Il fustige "le recours contestable à un marché négocié, sans publicité ni mise en concurrence". Officiellement, le groupe de BTP a été retenu en 2010 car l'appel d'offre mené l'année précédente avait été infructueux: les deux offres déposées par Bouygues et Vinci étaient largement au-dessus du budget demandé. Mais le rapport estime, tout comme une mission de l'Inspection des finances en 2009, qu'il aurait été possible et préférable de faire jouer la concurrence.

Exploitation déficitaire

Qui va payer la facture? Initialement, il était prévu que l'Etat finance 45% du projet, la ville de Paris 45%, et la région Ile-de-France 10%. Toutefois, aucun document n'a jamais formalisé cette répartition... Et la région n'a budgété que 20 millions d'euros, ce qui, après l'explosion du budget, représente moins de 10%. Des négociations sont donc en cours pour obtenir un coup de pouce supplémentaire de la région...

A noter que la ville de Paris, pour financer le projet, a décidé de recourir à des obligations sur 15 ans, et a ainsi levé 152 millions d'euros en 2011 via la Société Générale. Elle devra donc payer 75 millions d'euros d'intérêts... Un temps, l'Etat a aussi envisagé un financement similaire, avant d'y renoncer au vu de son coût élevé.

Mais l'hémorragie ne s'arrêtera pas une fois la salle ouverte, au contraire. Car l'exploitation de la salle sera structurellement déficitaire, et nécessitera donc des subventions publiques. Même là, l'addition sera plus salée que prévue. Le budget prévisionnel estimait qu'une subvention annuelle de 17,4 millions d'euros était nécessaire. Mais, selon l'Inspection des finances, ce calcul se basait sur des hypothèses "fragiles et optimistes", et la subvention grimperait plutôt jusqu'à 20,7 millions d'euros par an.

Sauvé par Sarkozy

Enfin, la salle ne devrait être ouverte qu'à l'automne 2014, avec deux ans de retard, et neuf ans après la date de lancement du projet...

Le rapport révèle "qu'au cours de quelques mois en 2010, le projet a été sérieusement sur la sellette. En décembre 2009, un rapport confidentiel accablant était rendu par l'Inspection des finances, envisageant - entre autres solutions - l'arrêt pur et simple du chantier. Il est tout à fait vraisemblable que l'année 2010 a donné lieu à un bras de fer entre le ministère de la culture et celui du budget, tranché en faveur du projet par le Président de la République". A l'époque, le conseiller culturel de Nicolas Sarkozy était Eric Garandeau, qui aurait eu un rôle décisif pour sauver le projet, selon Bercy. Début 2011, il quitta l'Elysée pour devenir président du Centre national du cinéma.

Le projet a été maintenu par la nouvelle ministre de la culture Aurélie Filippetti. Avait-elle vraiement le choix? "Compte tenu de son état d'avancement, il semble peu probable, même en cas de dépassement de l'enveloppe, de stopper le chantier. En effet, des coûts importants résulteraient de son arrêt", conclut le rapport sénatorial.

Jamal Henni