BFM Business

Luc Besson: les internautes ne lui disent pas merci

Luc Besson a touché 200 000 euros pour l'idée originale

Luc Besson a touché 200 000 euros pour l'idée originale - -

Le réalisateur avait lancé un site de financement participatif, WeAreProducteurs.com. Mais l'unique film produit a fait un bide, et les internautes n'ont retrouvé pour l'instant que 40% de leur mise.

Il y a un an et demi, Luc Besson et Orange lançaient en grande pompe un site de crowdfunding (financement participatif) baptisé WeAreProducteurs.com. Aujourd'hui lundi 1er octobre, les 12 615 internautes ayant investi 118 000 euros dans l'aventure ont enfin reçu le retour de leur investissement: il s'élève à seulement 40% de leur mise environ, selon WeAreProducteurs.

Un bilan peu surprenant, car l'unique film produit par WeAreProducteurs a fait un bide. Sorti le 7 mars, A l'aveugle, un thriller avec Jacques Gamblin et Lambert Wilson, n'a attiré que 230 000 spectateurs... Il en aurait fallu 800 000 pour que le film atteigne le point mort.

Toutefois, ce bilan n'est pas définitif. La vie du film va continuer en DVD, à la télévision, à l'étranger... procurant de nouvelles recettes. Deux autres versements interviendront donc dans 4 et 16 mois.

Une bonne affaire pour Luc Besson

Si l'opération est mitigée pour les internautes, elle s'avère en revanche très lucrative pour Luc Besson et ses sociétés: le studio de cinéma EuropaCorp et l'agence de publicité Blue Advertainment. D'abord, selon des sources industrielles, Orange a versé 3 millions d'euros à EuropaCorp et Blue pour développer le site (interrogé, l'opérateur téléphonique répond que ce montant est confidentiel). Cher payé pour un site web, dont le développement a été sous-traité à l'agence de pub FullSix et à un autre site de crowfunding, People For Cinema, qui a fourni clé-en-mains le système de gestion des internautes. En outre, Orange a payé 1,3 million d'euros pour diffuser le film sur sa chaîne OCS (le budget total du film était de 9 millions d'euros).

Ensuite, les internautes, qui devaient choisir un scénario entre cinq propositions, ont -heureux hasard- retenu une idée originale de Luc Besson, "avec près de 11 000 voix" en sa faveur, selon WeAreProducteurs. Pour cela, Luc Besson a empoché un minimum garanti de 200 000 euros, c'est-à-dire que cette somme lui revient quelque soit le succès du film. Ensuite, à partir de cette idée, le scénario et les dialogues ont été écrits par Eric Besnard, qui a touché... moins d'argent que Luc Besson (100 000 euros de minimum garanti).

Cette aventure devrait rester sans lendemain. Car le site web indique: "WeAreProducteurs, c’est terminé". Interrogé, EuropaCorp répond: "pour l’instant, il n’y a pas, à notre connaissance, d’autres films en développement, mais on ne s’interdit rien..."

Le titre de l'encadré ici

|||Les commentaires amers des internautes Les internautes participants à WeAreProducteurs pouvaient voter sur le choix du synopsis, du casting, de la date de sortie... Mais, sur le forum de WeAreProducteurs, ils se plaignent de ne pas avoir été suffisemment écoutés. Morceaux choisis. "C'est que nous avons plusieurs fois dit dans le forum que le scénario n'était pas terrible. Et en faisant changer la fin, on a carrément évité le ridicule. Je pense que nous aurions pu avoir un meilleur scénario si les scénaristes avaient un peu plus profité du projet en réfléchissant à nos commentaires. Au lieu de ça, nous avons parlé dans le vide pendant des mois... Et même si nous sentions venir le flop, nous n'avons jamais été pris au sérieux... Dommage... Ils avaient de quoi corriger le tir, mais ils ont préféré nous snober... Donner notre avis, c'était pourtant au départ tout l'intérêt de WeAreProducteurs..." 

"Le film aurait été bien meilleur si on nous avait écoutés, car il y avait vraiment de bonnes idées. Mais voilà, nous ne sommes pas du métier, alors notre parole, même si nous sommes les premiers spectateurs, n'a pas été prise à sa juste valeur"

"Il est évident que le marketing a été une vraie catastrophe !"

"Je savais bien que lors de la projection privée, j'avais vu un mauvais film"

Jamal Henni