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La Cité du cinéma de Luc Besson à Saint-Denis peine à se remplir

La pluie s'est invitée à l'inauguration

La pluie s'est invitée à l'inauguration - -

Le complexe imaginé par Luc Besson a été inauguré vendredi, mais les locataires ne se bousculent ni pour les bureaux ni pour les plateaux de tournage.

"J'espère voir des stars...", confie en arrivant une des invitées à l'inauguration vendredi 21 spetembre de la Cité du cinéma de Saint-Denis, le projet initié par Luc Besson. Elle en sera pour ses frais. Certes, des stars viendront: Sophie Marceau, Jean Dujardin, Jamel Debbouze, Robert de Niro, Michelle Pfeiffer... Mais plus tard, lors d'un dîner privé, évitant ainsi d'avoir à frayer avec la presse et les institutionnels. D'ailleurs, même de ce côté-là, pas de VIP non plus. Les politiques se comptent sur les doigts d'une main: l'élu local Patrick Braouezec, le député du département Bruno Le Roux, et l'inévitable ancien ministre de la Culture Jack Lang. Car la Ministre en titre -pourtant disponible selon son agenda officiel- a sêché ces agapes. Aurélie Filippetti a envoyé un petit mot, promettant de venir le 29 octobre. Point d'Arnaud Montebourg non plus. Pourtant, le matin même, Christophe Lambert, le bras droit de Luc Besson, avait annoncé sur BFM Business que le Ministre du Redressement productif "sera présent"... Même le directeur général de la Caisse des dépôts, Jean-Pierre Jouyet, pourtant principal financier de l'opération et annoncé sur le carton d'invitation, s'est fait excuser et remplacer
par son directeur du développement territorial... Autre absente: Emmanuelle Mignon, la boîte à idées de Nicolas Sarkozy, qui a ensuite été secrétaire générale d'EuropaCorp, le studio de Luc Besson.

Les visiteurs sont d'autant plus frustrés que des malabars leur interdisent l'entrée du plus grand plateau où se tourne un film: Malavita, réalisé par Luc Besson lui-même, avec Robert de Niro, Michelle Pfeiffer et Tommy Lee Jones. En revanche, on leur propose de visiter longuement les autres plateaux, désespérément vides...

La nouvelle chaîne de télévision TVous ne vient pas à Saint-Denis

Car cette Cité a bien dû mal à se peupler, malgré le discours optimiste de Christophe Lambert: "On arrive à la remplir. Dix-sept sociétés sont installées. Il y a moins de 2000 mètres carrés de bureaux restant à louer", claironnait-il sur BFM Business ce matin.
En réalité, c'est 4500 mètres carrés qui sont encore vacants. Et la liste des 17 sociétés est difficile à obtenir. Rien dans le dossier de presse diffusé vendredi. Dans l'annuaire, on ne trouve que sept sociétés, dont seulement trois n'appartenant pas à Luc Besson. Et après enquête, on ne trouve finalement que cinq sociétés, toutes minuscules, n'appartenant pas à la galaxie Besson (Cf ci-contre).

Pire: la nouvelle chaîne de télévision TVous, qui devait venir, a fait faux bond: "TVous n'est pas techniquement en mesure de s'y installer cette année, mais réétudiera la question pour la rentrée prochaine", indique-t-elle. Déjà, il y a un an, Luc Besson avait enregistré la défection des industries techniques du producteur tunisien Tarak Ben Ammar (post production, tirage de copies...), qui avait promis de venir mais a ensuite fait faillite.

Pour Luc Besson, la question du remplissage de la Cité est cruciale: il s'est engagé auprès des promoteurs à payer de sa poche pendant deux ans les loyers de 85% des bureaux, même si ceux-ci sont vides, comme l'avait indiqué Capital. Soit un engagement de 14 millions d'euros.

Quand Luc Besson rêvait de faire venir le CNC à Saint-Denis

Alors, pour remplir ses bureaux, le père du Grand bleu tire à toutes les sonnettes. Il a même tenté -en vain- de convaincre le gouvernement précédent d'installer à Saint-Denis le Centre national du cinéma (CNC), aujourd'hui installé dans le cossu 16e arrondissement de Paris. "Luc Besson ne voyait même pas que cela poserait un gros problème de conflit d'intérêt", se souvient un ancien conseiller.

Depuis, le réalisateur de Nikita a eu autre une idée: créer une école de cinéma gratuite, baptisée l'Ecole de la cité, qui formera 60 étudiants par an, et surtout remplit 1000 mètres carrés dans la Cité. Et pour la financer, il a eu une autre idée: faire appel à des mécènes. Là encore, difficile d'obtenir des noms: rien sur le site web de l'école ou dans la plaquette distribuée vendredi. La rumeur évoque les noms de Pinault, TF1, M6 ou Canal Plus...

Et côté plateaux de tournages, cela ne se bouscule pas non plus. Le second épisode des Schtroumpfs est venu occuper les plateaux trois semaines. Sinon, le planning est occupé par des productions Besson. D'abord, Malavita (un mois de tournage). Ensuite, Taken 2, venu tourner des raccords pendant une semaine. Puis, 20 ans d'écart avec Virginie Efira. Enfin, le Figaro évoque un tournage en novembre avec Kevin Costner -il s'agirait de Three days to kill sur un scénario de Luc Besson.

Là encore, il y a eu plusieurs déceptions. On avait espéré la comédie romantique Punch love de Joel Hopkins, mais elle s'est finalement tournée uniquement en extérieurs. Luc Besson a dû aussi repousser à plus tard deux autres de ses projets: un grand film de science-fiction en 3D, et un thriller avec Angelina Jolie. Comble du comble: le remake d'Angélique, marquise des anges par Ariel Zeitoun, une co-production EuropaCorp, ne sera pas tourné à la Cité du cinéma, jugée trop chère, mais à Prague...

Bref, le "Hollywood-sur-Seine" n'est pas encore une usine à rêves. Certes, Christophe Lambert s'extasie que "les étudiants sont assis à côté de Tommy Lee Jones à la cantine". Mais, en réalité, cela n'arrive pas. "On ne va pas à la cantine, car un repas coûte une dizaine d'euros. C'est bien trop cher pour nous...", explique une poignée d'élèves de l'école Louis Lumière, qui déplore n'avoir encore eu aucun échange avec les autres locataires de la Cité. "Mais on espère en avoir bientôt..."

Mise à jour: dans ses comptes, EuropaCorp indique: "au 31 mars 2013, les contrats de sous-location conclus par [la société personnelle de Luc Besson] Front Line avec des sous-locataires, pour les locaux non utilisés par EuropaCorp, couvrent environ 85% des surfaces restant à sa charge et qu'elle n'occupe pas".

Jamal Henni